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Les requins du prêt privé se regroupent autour de Granby

Le nombre d’entreprises actives serait encore plus important qu’on le croyait

Roger Lafrance
Photo courtoisie Roger Lafrance, qu’on voit ici dans les bureaux de l’ACEF, dit avoir été estomaqué par le nombre d’entreprises actives dans le prêt privé dans la région de Granby.

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Pas moins de 14 entreprises de la Montérégie-Est offrent des prêts rapides à des taux annuels pouvant atteindre plus de 150 %.

C’est ce qu’a découvert l’ACEF Montérégie-Est, un organisme de défense des droits des consommateurs, dans la foulée d’un reportage de notre Bureau d’enquête, publié en janvier.

« C’est grâce au Journal de Montréal qu’on a découvert ça », a expliqué hier Roger Lafrance, conseiller budgétaire de l’ACEF, en entrevue téléphonique.

Ce dernier dit s’être intéressé à la situation sur son territoire, car notre reportage sur l’industrie du prêt désignait Granby comme la « capitale des prêts privés » au Québec.

Exploiter les plus vulnérables

« Non seulement [ces entreprises] exploitent des consommateurs vulnérables de façon éhontée, elles opèrent sans même respecter la Loi sur la protection du consommateur », dénonce l’ACEF Montérégie-Est dans un rapport détaillé dévoilé hier.

Il semble même que la situation soit encore pire que ce qu’avait alors révélé notre Bureau d’enquête, selon l’ACEF.

En effet, dans le seul secteur de Granby/Bromont, 14 entreprises seraient actives dans le prêt privé rapide à haut taux d’intérêt.

La plupart de ces entreprises proposeraient « des prêts variant entre 300 et 1500 $ livrables dans la journée de la demande », selon leur site internet.

« Elles chargent des frais de crédit abusifs, allant jusqu’à 150 % et 223 % lorsqu’on transforme l’ensemble des frais en taux d’intérêt annuel », souligne l’organisme de défense des consommateurs.

Selon Roger Lafrance, une loi entrée en vigueur en 2018 pour encadrer le prêt privé au Québec serait aisément bafouée par ces firmes avides de profit.

« Nous constatons que ces entreprises ne respectent pas la loi ou qu’elles la contournent aisément en transformant ces prêts en contrats de crédit variable afin de facturer en toute légalité des frais exorbitants aux consommateurs », dit-il.

Pas de surveillance

Selon l’ACEF Montérégie-Est, le gouvernement fait très peu pour protéger des consommateurs vulnérables qui font appel à ce genre de microprêt livrable dans la journée. « Tout le système est basé sur les plaintes reçues. Mais il y a beaucoup de consommateurs vulnérables qui utilisent ces prêts qui ne vont jamais faire de plainte », explique M. Lafrance.

Selon lui, plusieurs consommateurs ne sont même pas au courant que ce qu’ils acceptent comme contrat est illégal.

À son avis, il reviendrait à l’Office de protection du consommateur (OPC) et au ministre de la Justice du Québec, M. Simon Jolin-Barrette, de se pencher rapidement sur cette situation afin de trouver des solutions.

De manière plus générale, Roger Lafrance dit constater que l’accès au crédit traditionnel est actuellement un problème pour beaucoup de personnes à faible revenu.

« Beaucoup de gens se font dire non par une banque pour du crédit, donc ils se tournent vers ce genre de financement alternatif. C’est un problème global », décrit-il.

Le reportage de notre Bureau d’enquête, publié en janvier dernier, exposait le fait que d’ex-délinquants reconvertis en financiers, de même que des liaisons de la mafia et des Hells Angels évoluent dans l’industrie du prêt privé au Québec.

Malgré tout, la majorité détient un permis de l’OPC, comme l’exige la loi.