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«Rire, c’est libérateur!» - Jean-François Mercier

«Rire, c’est libérateur!» - Jean-François Mercier
TOMA ICZKOVITS / AGENCE QMI

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Beaucoup de gens ont d’abord connu l’humoriste pour son personnage du «gros cave». Au fil des ans, on a découvert, à travers ses confidences sur des périodes de sa vie où il était malheureux, un Jean-François Mercier qui n’est pas si confiant ni insouciant que ça. Aujourd’hui, je m’entretiens avec mon ami, qui a la nostalgie de faire rire! 

Jean-François, comment vis-tu la situation actuelle?

Il y a un an, je faisais mon «show» dans de grosses salles. À la mi-mars, je m’en allais jouer trois jours à L’Assomption et à Québec. Et je ne sais pas si tu te souviens, mais à l’époque, la COVID-19, c’était la grippe! (rires) Je n’en revenais pas! Je me disais que c’était un tournage pour «Les 400 coups» ou «Surprise sur prise!». Voyons donc! J’allais faire mon année avec ces trois jours-là de spectacle! (rires) Tout cela pour dire que ça m’est rentré dedans. Ma vie personnelle est assez plate. Mais ma vie sur scène, elle, est extraordinaire!

Arrives-tu à écrire?

En ce moment, je n’écris plus rien. Parce que je me demande ce qui va être drôle après la pandémie. On le sait, il y a des modes dans l’humour; à un certain moment, l’humour absurde avait la cote. Claude Meunier était le roi! Et après, on est passé à autre chose. Donc, qu’est-ce qui va rester après ça? Veut, veut pas, en humour, on regarde ce qui se passe dans la société, on le vit, on le ressent puis on le raconte.

Personnellement, je manque d’adrénaline; celle de pouvoir monter sur scène et de captiver 20 000 personnes lors d’un festival, par exemple. Qu’est-ce qui te manque le plus?

Ce qui arrive en ce moment, je le prends un peu comme une cure de désintoxication. Je me sens un peu pas correct de dire ça, mais j’essaie de me recentrer sur les vraies choses... les vraies valeurs. Une grosse partie de mon humour est un humour de «mononcle», ce qui, quant à moi, n’est pas une mauvaise chose. Disons que ce n’est pas très à la mode en ce moment. Dans la société, présentement, je sens que je suis de trop. Le climat du politiquement correct et de la censure font qu’on ne peut plus être drôle. En humour, des fois, on peut dire quelque chose qui n’est pas la réalité. C’est une création. On peut mettre de côté la bonne personne qu’on est le temps d’un «show», rire à gorge déployée d’affaires qui sont grossières, qui dépassent la limite. Une fois le spectacle fini, on retrouve la bonne personne qu’on est. Ce n’est pas l’humour, le problème... Rire, c’est spontané. C’est libérateur.

Bien des gens ont aussi dit qu’ils avaient besoin d’aller au gym pour leur santé mentale!

Moi, la machine qui me fait le plus mal, c’est la balance! (rires) Quand on s’entraîne et qu’on va au gym, il y a une vie sociale qui est liée à ça. Avant la pandémie, j’allais au gym et je voyais mes voisins pendant que je promenais mon chien. Je ne fais pas d’activités tripantes. Je suis un gars qui a toujours reporté sa vie à plus tard. «Un jour, je vais essayer telle ou telle chose»... On n’est pas «YOLO» (acronyme de «you only live once»: «on n’a qu’une vie»). On est de la génération qui pense: il faut travailler fort, sinon, on a du mal à accepter le bonheur. Si je sens que je n’ai pas travaillé «pour», je me sens coupable de profiter de la vie.

Tu as commencé à pratiquer ton métier tardivement...

Souvent, dans la vie, on pense qu’on choisit des choses. Mais il y a plein d’affaires qui nous sont inculquées par la morale sociale et notre éducation. Je regarde ça rétrospectivement et j’ai toujours voulu être humoriste. Mais, pour toutes sortes de raisons, je pensais que ce n’était pas fait pour moi et que je n’y aurais pas ma place. On m’avait dit que je ferais «la grosse piastre» comme actuaire, qu’il en manquait. J’ai donc fait un bac à 30 ans.

Pourquoi as-tu tant hésité avant de suivre ton cœur?

Je suis sorti de l’université à la fin des années 1980 et tout le monde perdait sa job. Alors, même si on avait une job de« marde», on la gardait! J’ai toujours été bon à l’école, et là, je baissais mes aspirations. J’ai fait plein d’affaires et je n’étais pas heureux. Quand je me suis lancé en humour, j’étais conscient que ça pouvait ne pas marcher. Beaucoup de gens veulent faire ça. Il n’y a rien de plus valorisant, de plus fou que de dire: «Fermez-vous, c’est moi qui vais parler et vous allez passer une excellente soirée.» On ne peut pas se sentir plus «hot» que ça! Sur scène, j’ai confiance pour le «show», mais pour être honnête, je n’ai pas vraiment confiance en moi.

  • Sa tournée «En cachette» se poursuit. On s’informe au jeanfrancoismercier.com. La saison 2 de son émission «Rire sans tabous» est sur Crave.

Quelques faits saillants

  • Il est sorti de l’École nationale de l’humour en 1997.
  • Outre «Les Bougon, c’est aussi ça la vie» (2004), il a participé aux textes de «Radio Enfer», «Les Mecs comiques», «Un gars, une fille» et «3X rien».
  • C’est en 2006 qu’il a amorcé sa première tournée «Le show du gros cave».
  • Il a animé «Un gars le soir», «talk-show» humoristique sur les ondes de V, de 2010 à 2013.
  • En 2011, il tenait l’affiche... sur les pancartes pour les élections fédérales canadiennes! Une candidature qui a fait grand bruit!
  • Toujours en 2011, il raflait l’Olivier de l’année.
  • En 2015, son spectacle «Subtil, sensible, touchant» lui a valu un billet d’or (50 000 billets vendus).