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Ce qui distingue les vieux des jeunes

Correspondances d'Eastman
Photo courtoisie

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Il y a des adultes qui cachent leur âge. C’est peine perdue en général, car avec internet et les réseaux sociaux, quiconque peut accéder à cette donnée. Donc, il faut en conclure que ce sont des vieux, et pour être plus précis des vieilles, qui pratiquent cette réticence à révéler leur date de naissance. Les jeunes, par contre, sont prêts à falsifier leur pièce d’identité afin de se vieillir pour accéder à certains privilèges interdits, l’alcool et la drogue en particulier. 

Ceux qui croient que Jean Lesage est une autoroute, qu’Aristote est un restaurant grec, que César est un casino à Las Vegas, que Gabrielle Roy est une bibliothèque à Québec ou que Lionel Groulx est un métro à Montréal ont encore des années devant eux avant de recevoir leur pension de vieillesse.

Et il est plutôt facile de deviner l’âge des lecteurs de journaux ou des gribouilleurs des réseaux sociaux en observant le français écrit de ces personnes. Moins il y a de fautes de syntaxe, plus elles sont avancées en âge. 

Cours classique

D’ailleurs, si l’on veut y introduire des nuances, il faut départager les plus vieux qui ont été formés dans le cours classique et ceux qui n’ont connu que le cégep. Car l’enseignement des humanités du cours classique permettait à ces générations, une élite d’alors, d’entrer de plain-pied dans la philosophie, c’est-à-dire dans le monde des idées, et ce, en possédant des connaissances qui facilitaient l’apprentissage du français. 

Correspondances d'Eastman
Photo Stevens LeBlanc

Au cours des décennies qui ont suivi la création des cégeps, l’on a pu constater un affaiblissement progressif dans les matières non scientifiques, une constatation qu’a même reconnue l’exceptionnel pédagogue Guy Rocher, ce grand sociologue devant l’éternel et autrefois membre de la commission Parent, qui était à l’origine de la révolution en éducation. Hélas, on a sacrifié le cours classique avec le latin et le grec, plutôt que de l’offrir à l’ensemble des jeunes de l’époque en l’adaptant, évidemment.

Un autre paradoxe, assez drôle, dira-t-on. Au Québec, les plus vieux sacrent moins que les plus jeunes, qui s’en font même une gloire. Mais seules les générations ayant vécu dans la culture catholique, plutôt fondamentaliste, connaissent aujourd’hui le vrai sens des sacres. C’est-à-dire, ils savent ce que sont un calvaire, un tabernacle, un ciboire, un calice et bien évidemment, qui était le Christ. 

Incompréhension

Les plus jeunes éduqués sans référent religieux connaissent tous les sacres sans savoir à quoi ces mots se rapportent. De même, ils sont aussi incapables d’identifier nombre de chefs-d’œuvre de la peinture occidentale depuis le Moyen-âge. La dernière Cène leur semble un dîner entre hommes ! L’Annonce faite à Marie, un face-à-face entre une créature ailée mythique et une jeune femme docile peut-être ? Et la crucifixion, une torture insupportable à regarder.

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Nombre de jeunes sans culture religieuse ou sans culture tout court risquent donc de s’ennuyer dans les musées. Alors que les vieux, cultivés ou pas, identifieront ces tableaux qui leur sont historiquement familiers.

Les vieux ont l’avantage de leur mémoire. Ils ont souvent conservé des lettres et des photos de famille. Hélas, les jeunes baignés dans la culture de l’instant engrangent leurs souvenirs, vite oubliés sur iCloud où ils sont confinés jusqu’à la fin des temps, dans un « nulle part » sidéral.