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Des livres qu’on écoute partout

Businesswoman relaxing listening to music outdoors
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En marchant, en courant ou en roulant à vélo, en faisant la vaisselle ou en tondant le gazon, dans l’auto ou en avion : en adoptant le livre audio, les Québécois découvrent qu’ils peuvent se faire lire une histoire tout en vaquant à presque toutes leurs occupations.

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Olivier Gougeon a découvert le livre audio lors d’une randonnée à bicyclette, sur une piste cyclable. Il est immédiatement devenu un adepte.

« Mon écoute a été un moment extraordinaire parce que, comme beaucoup de gens, je ne trouvais plus le temps de m’asseoir pour lire assez à mon goût. Ça m’a vraiment redonné envie de me plonger dans des romans. Depuis, j’oscille entre les livres audio et les livres papier », partage le directeur général du Salon du livre de Montréal.

Comme l’indiquent les auditeurs que nous avons interrogés (voir ci-contre), le livre audio semble répondre à plusieurs besoins, par exemple passer le temps lors de longues randonnées en voiture et pendant une convalescence, se plonger dans l’œuvre d’un auteur célèbre ou assouvir sa passion pour la littérature après avoir perdu la vue.

La directrice de l’Association nationale des éditeurs de livres, Karine Vachon, y voit un outil parfait pour s’attaquer au faible taux de littéracie des Québécois, entre autres des enfants qui souffrent de problèmes de dyslexie.

« En plongeant dans le livre audio et en faisant le lien avec le livre papier, ça peut développer leur sensibilité et leur intérêt à la lecture. C’est important parce qu’au Québec, il y a encore beaucoup de gens qui ne lisent pas ou ont des problèmes de lecture. Le livre audio peut répondre à ce besoin », explique-t-elle.

Aller en profondeur

Il représente aussi, dans une période pandémique où le travail et nos loisirs sont tributaires des Zoom et Netflix de ce monde, une excellente façon de se détendre sans devoir regarder un écran.

En outre, estime Christian Jetté, de Groupe Livres Québecor, le livre audio permet de mieux approfondir nos connaissances qu’une recherche dans internet.

« On voit comment l’instantanéité des réseaux sociaux et du web limite la capacité des gens à comprendre les problèmes complexes de notre société, alors que le livre, en général, permet de pousser avec des dossiers qui sont documentés, sérieux, d’aller en profondeur dans les sujets », dit-il.

Spécialiste de la communication et auteur du livre audio Je suis un chercheur d’or. Les mécanismes de la communication et des relations humaines, qui figure parmi les meilleurs vendeurs au Québec, Guillaume Dulude avance de son côté que ce format peut combler chez certains un déficit de relations humaines.

« C’est une hypothèse un peu audacieuse, mais on peut suspecter que les gens veulent entendre des humains leur parler et que ça les fait sentir moins seuls. Il y a quelqu’un qui nous raconte quelque chose et tu embarques dans un monde imaginaire. Je pense que certains passages particulièrement émotionnels sont plus marquants lorsqu’ils sont dits à haute voix par une personne qui nous le conte. »

Les jeunes au rendez-vous

Selon Marie-Ève Groulx, de Vues et Voix, un portrait type du consommateur de livres audio ressort des sondages. Première observation, les femmes sont plus jeunes que les hommes à adopter le format.

« On retrouve beaucoup de femmes de 25 à 35 ans avec un certain niveau d’éducation, qui ont de bons emplois, mais qui n’ont pas le temps de lire et qui écoutent en faisant leur ménage ou leur sport », dit-elle.

Les hommes embarquent plus tard, poursuit Mme Groulx, et pour des raisons différentes. « Beaucoup de gens parlent de rattraper une certaine culture générale et admettent avoir toujours eu de la difficulté à lire pour diverses raisons, que ce soit par manque d’intérêt ou dyslexie. »

Portraits de consommateurs  

« LE LIVRE AUDIO M’A SAUVÉ »

Reid Duns
Photo courtoisie
Reid Duns

Les livres audio ont été la bouée de sauvetage de Reid Duns quand il a été victime d’une commotion cérébrale qui l’a contraint à l’inactivité pour une période de six semaines, l’hiver dernier.

« En six semaines, j’en ai lu sept », raconte cet enseignant de Québec, grand amateur de romans et sportif.

Il avait pourtant déjà tenté d’adopter le format du livre audio pour agrémenter ses séances de vélo stationnaire. Sans succès. « Je n’avais pas aimé l’expérience. »

Sauf que lorsqu’il s’est retrouvé oisif à cause d’une commotion cérébrale, le livre audio s’est imposé.

« C’est tout ce que je pouvais faire, relate-t-il. J’en écoutais quatre ou cinq heures par jour. Mentalement, c’est ce qui m’a sauvé. »

UN COMPAGNON DE ROUTE

Myriam Faucher
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Myriam Faucher

 La route est longue entre Québec et Boston. Avec un livre audio, ça passe plus vite.

 C’est ce qu’a découvert Myriam Faucher--- quand elle a habité dans la capitale du Massachusetts avec son copain pendant quelques années.

« À un moment donné, nous étions tannés d’écouter de la musique et la radio dans le Vermont, c’est mince. Par hasard, j’ai trouvé l’application Ohdio. Il y avait la bande dessinée Paul dans le nord. L’habitude est restée. »

En plus d’égayer ses trajets automobiles, le livre audio est devenu pour Myriam Faucher sa nouvelle façon de relaxer avant de s’endormir pour la nuit. « J’ai écouté les quatre tomes de La frousse autour du monde, de Bruno Blanchet. Ça endort tellement bien. Pas parce que le livre est ennuyant, mais parce que ça me fait penser à autre chose que ma to-do list ou le travail. »

UN OUTIL ESSENTIEL POUR UN NON-VOYANT

Louis Lévesque
Photo courtoisie
Louis Lévesque

Ce n’est pas parce qu’il a perdu la vue que Louis Lévesque allait mettre de côté sa passion pour la littérature.

Grâce au Centre d’accès équitable des bibliothèques, un service destiné aux Canadiens incapables de lire des imprimés, il a pu rapidement se tourner vers le livre audio quand sa vision l’a abandonné, il y aura bientôt dix ans.

« Assez rapidement, en réadaptation, on m’a présenté différents outils », se rappelle-t-il.

Son iPhone constamment à proximité, il a toujours au moins un livre en cours d’écoute.

« Je vais en chercher entre un et trois par semaine. Je ne les termine pas tous. Vu qu’on a du choix, on se permet parfois de faire la fine bouche », dit M. Lévesque, qui gobe autant des récits de fiction que des bouquins traitant de sujets scientifiques.

À LA RESCOUSSE D’UNE ADEPTE DE PROUST

Kristiane Dion
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Kristiane Dion

Le livre audio peut avoir des vertus insoupçonnées. Comme rendre plus accessible l’œuvre d’un grand écrivain.

Enseignante retraitée de Gatineau, Kristiane Dion n’y arrivait pas. Chaque fois qu’elle plongeait dans l’œuvre de Marcel Proust, elle finissait par abandonner. « Je me perdais. C’était difficile au niveau de la concentration », avoue-t-elle.

Puis elle a tenté l’expérience en audio. Bingo !

« J’ai acheté Marcel Proust en disques compacts, une boîte de 120 CD. Ça m’a pris un an, en écoutant des bouts chaque soir. C’est devenu un compagnon précieux pour moi », partage-t-elle.

Pourquoi Proust est-il soudainement devenu plus facilement fréquentable en audio ? « Me le faire dire aidait mon imaginaire. Ça apporte une dimension supplémentaire à l’œuvre », croit Mme Dion.