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Être sauvé par l’amour

Fatou Diomé
Photo courtoisie, Astrid di Crollalanza L’écrivaine française Fatou Diomé

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Avoir de quoi vivre est-il suffisant quand on manque d’amour, de contacts humains et quand le cœur n’y est pas ? À travers différents personnages remplis d’humanité, l’écrivaine française Fatou Diomé s’interroge sur cette grande question dans un nouveau recueil de nouvelles fascinant, poétique, superbement écrit : De quoi aimer vivre.

Avec un regard vif, intense, malicieux par moment, et une plume généreuse, Fatou Diomé explore la très riche palette des sentiments amoureux dans son recueil de nouvelles. Elle rappelle aux lecteurs, à travers les péripéties de ses personnages – et même celles d’une narratrice qui lui ressemble – que vivre sans amour équivaut à mourir un peu.

Grâce à elle, on croise le destin d’un boxeur macho repentant, d’un handicapé qui vient au secours de personnes invalides, d’un pêcheur de Niodior, d’un amoureux aveuglé par la passion.

« On parle toujours de quoi vivre. Je trouve que l’assiette pleine, ça ne suffit pas pour donner envie de vivre », commente-t-elle, en entrevue. 

« Donc il faut d’autres raisons pour aimer vivre. Avoir de quoi vivre, c’est un combat. C’est vrai : les gens luttent pour gagner leur vie, pour avoir de quoi vivre. 

<strong><em>De quoi aimer vivre</em></strong><br>Fatou Diomé<br>Éditions Albin Michel<br>220 pages
Photo courtoisie
De quoi aimer vivre
Fatou Diomé
Éditions Albin Michel
220 pages

« D’ailleurs, quand on est jeune et qu’on se dit, ah, plus tard, quand j’aurai du travail, un salaire, tout ira bien ! Bien... je trouve que c’est un rêve très innocent parce que quand on grandit, on se rend compte que gagner sa vie, avoir le pain quotidien, ça ne suffit pas pour avoir la joie de vivre. »

Fatou Diomé donne pour exemple son personnage d’Octave, qui rêve d’avoir une femme dans sa vie pour être heureux de vivre. Puis celui d’un boxeur qui cherchait du respect et de la considération. « À force de tout régler avec l’uppercut, il a fini par se faire mal. »

Elle-même dit qu’elle n’a pas toujours une joie de vivre. « Je pense que, comme tous les humains, il y a des fois où on est plus content de vivre et il y a des fois, peut-être, où c’est plus difficile. Et on cherche des raisons pour s’accrocher. Je pense que c’est pareil pour tout le monde, en fait. Un jour, on réfléchit plus, on est plus maussade. Un jour, on est plus joyeux. Ce que j’aime bien, c’est de trouver les raisons à tout cela. »

L’amour est-il à son avis un moteur puissant pour traverser les épreuves et surmonter les obstacles que la vie nous présente ? « Moi, j’ai l’amour de la vie. J’aime les gens, d’une manière générale. 

« Nous, les humains ensemble, c’est ça que j’aime. Je trouve que c’est illusoire d’accrocher tout son espoir sur les épaules de quelqu’un. C’est la quête de la dignité. Chacun doit lutter. » 

Elle croit à l’échange, au dialogue, à une forme de solidarité où, ensemble, on fait les choses. « Se tenir la main, c’est bien. Mais chacun peut avancer avec ses deux épaules aussi. Et quand on se tient la main, c’est quand même plus joli ! » 


  • Fatou Diomé est née au Sénégal et vit à Strasbourg, en France, depuis plus de 20 ans.
  • Elle a connu un succès retentissant avec Le ventre de l’Atlantique, traduit en une vingtaine de langues.
  • Elle a publié plusieurs romans, dont Kétala, Celles qui attendent et Les veilleurs de Sangomar.
  • Elle a visité le Québec plusieurs fois et rêve de revenir pour rencontrer ses lecteurs.