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Le quotidien autour d’une microbrasserie

Julie Myre Bisaillon
Photo Audré Kieffer L'écrivaine Julie Myre Bisaillon

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Après avoir parlé de la vie quotidienne sur une ferme maraîchère des Cantons-de-l’Est dans un savoureux premier roman, Des réguines et des hommes, Julie Myre Bisaillon revient cette année pour raconter à ses lecteurs le quotidien d’une table gourmande et d’une microbrasserie de la région. En partie autobiographique, le roman est un délice page après page. Il fait honneur à la cuisine fraîche et au houblon !  

Avec beaucoup d’humour, de franchise et un sens de l’observation sans faille, Julie Myre Bisaillon entraîne les lecteurs dans son coin de pays et donne envie de s’installer sur la terrasse de sa microbrasserie pour savourer une blanche, une lager ou une IPA.

Chum et Chérie, les héros du roman Des réguines et des hommes, sont de retour. Cette fois, ils répondent à l’appel de Maude, son chum et un ami, qui sont brasseurs, et l’équipe décide de se lancer en affaires. Leur idée est bien de leur temps : ouvrir une taverne rurale, une sorte de resto de cuisine locale doublé d’une microbrasserie.

Le roman raconte comment ce projet prend forme, entraînant des moments saugrenus et toutes sortes de situations inattendues. Nath et Meg, les deux serveuses, en voient de toutes les couleurs.

Le cuisinier déchaîné

Plusieurs anecdotes sont tirées de l’aventure réelle de Julie Myre Bisaillon, professeure à la faculté d’Éducation de l’Université de Sherbrooke, qui gère le resto d’été Le Cuisinier déchaîné à Cookshire-Eaton, dans le Haut-Saint-François. La microbrasserie Les Onze comtés est adjacente.

« Mes romans sont toujours teintés de ruralité, et j’aborde l’humour noir. Au début, je me demandais si j’allais faire une suite à Chum et Chérie ou si j’allais les inclure dans une nouvelle trame. On retrouve donc Chum et Chérie, dans un autre projet. On est des gens de projets, nous autres : on a la ferme, on a le resto. Le livre est basé en grande partie sur des faits vécus que j’ai amalgamés, transformés. »

L’écrivaine a campé l’histoire dans un resto en construction. « J’aborde à la fois les personnages de la ruralité et les personnages de la restauration. Je pense que je me moque un peu de tout le monde, à travers ça. » Mais gentiment, quand même.

Nouvelle ruralité

Maude, un personnage clé du roman, a 41 ans. Elle a abandonné son poste de prof dans un cégep pour revenir à la campagne. Julie Myre Bisaillon s’est d’ailleurs un peu inspirée de l’histoire d’une de ses copines pour bâtir le personnage. 

<strong><em>Des bières et des femmes</em></strong><br>Julie Myre Bisaillon<br>Éditions Hurtubise<br>246 pages
Photo courtoisie
Des bières et des femmes
Julie Myre Bisaillon
Éditions Hurtubise
246 pages

« Maude, c’est une fille qui a quitté la campagne pour aller étudier, mais qui est toujours restée proche des valeurs de la campagne et de l’entreprise familiale. Elle a toujours eu un pied entre les deux. Elle aime la bière et veut en faire avec sa gang. Ce que je voulais aborder à travers ce personnage, c’est la gestion d’une entreprise. Il y a quelque chose de bien groundant. »

Julie décrit une nouvelle ruralité. « On dirait qu’on est une gang de jeunes, avec le resto et la microbrasserie, à s’être un peu réapproprié notre ruralité, et attirer des gens qui ne seraient jamais venus prendre une bière chez nous, parce que ça ne se pouvait pas, dans le temps. C’est une réalité qui est plus moderne, culturellement et touristiquement ancrée. »

« Je dépeins vraiment le portrait qu’on a. Il y a un mélange des genres qui est très intéressant dans la nouvelle ruralité. À la campagne, il y a un endroit où tu te regroupes : c’est le resto du coin, la micro du coin. De plus en plus, à travers le Québec, il y a des endroits comme ça. Des gens de toutes sortes d’horizons vont se retrouver, autour de la bière. » 

Extrait

« J’ai dû ouvrir ma première bière vers l’âge de 13 ans. En arrière de l’école secondaire. À la campagne, on n’avait pas le choix de notre parcours, il était balisé par la seule école secondaire de la région. On rêvait de partir, ou pas. Moi, je rêvais de partir. Au-delà de la destinée tracée par une longue lignée familiale d’agriculteurs. Au-delà de mon frère qui allait peut-être m’en vouloir de lui laisser la responsabilité, à lui seul, de reprendre la ferme. 

Je m’en allais. Et je ne pensais pas revenir. Sauf peut-être pour faire les foins de temps en temps. » 


  • Julie Myre Bisaillon est professeure à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke.
  • Elle est aussi la conjointe d’un producteur maraîcher.
  • Son premier roman, Des réguines et des hommes, s’inspirait de leur vie commune dans les Cantons-de-l’Est.