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L’improvisation retrouvée: Raymond Cloutier, un acteur-auteur pas ordinaire

L’improvisation retrouvée
Photo courtoisie L’improvisation retrouvée
Sources, manifeste et manuel
Raymond Cloutier
Les Presses de l’Université de Montréal

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Avec Raymond Cloutier, on ne risque jamais de s’ennuyer. Esprit libre et critique, il n’a pas peur de se mouiller et d’aller au front lorsque la situation le nécessite. Son titre un peu ambigu a piqué ma curiosité... 

Comment une improvisation pourrait-elle être retrouvée si elle est le fruit d’un moment unique, qui ne revient pas, alors que l’impro, c’est « inventer sans cesse », ne pas se répéter, « comme si c’était la première fois » ? Or Raymond a beaucoup écrit sur l’improvisation, « la mère de l’art dramatique », et ses débuts de créateur, avec le Grand Cirque ordinaire, en sont imprégnés. Il faut lui faire confiance, surtout qu’il assume ses contradictions, ce qui est signe d’une grande sagesse.

Raymond Cloutier a marqué la scène culturelle québécoise de multiples façons, au théâtre, au cinéma, au petit écran, à la radio, en littérature, et au Conservatoire d’art dramatique où il a formé plusieurs générations d’acteurs.

Dans cet ouvrage, il s’explique sur sa démarche artistique, modèle assez unique en son genre et fruit d’une époque qui ne reviendra jamais. C’est le comédien et professeur Paul Hébert qui lui donnera la piqûre de la scène. À ses côtés, il apprendra pendant deux ans, à raison de deux soirs par semaine, le jeu de rôles et de mains. En 1964, il entre au Conservatoire d’art dramatique de Montréal pour suivre une formation d’acteur pendant trois ans. Mais Raymond n’est pas heureux dans cet univers trop classique et traditionnel. « On nous disait de ne pas trop penser, d’être des outres, des réceptacles, disponibles, prêts à recevoir le texte, les indications, le costume, tous les éléments qui construiraient le personnage. » 

La Révolution tranquille viendra également secouer les colonnes du temple culturel. « Ma génération assistait à une révolution de la pratique théâtrale et des réflexions sur l’état des lieux », constate-t-il. Sa rencontre avec le professeur Marc Doré, au Conservatoire de Québec, fut « le tremplin qui donna à mon imagination la permission et la prétention d’exister ». C’est ainsi qu’est né l’acteur-auteur Raymond Cloutier, inspiré également par le Russe Constantin Stanislavski et son œuvre phare, La formation de l’acteur. « Dès lors, j’ai su qui j’étais et quelle sorte d’acteur je voulais être », écrit-il.

Le grand Cirque Ordinaire

Créateur à l’imagination fertile qui sait faire place à ses désirs et ses intuitions, Raymond se donnera corps et âme à son métier. À son retour d’Europe, en compagnie de cinq jeunes comédiens, il fonde le Grand Cirque ordinaire, où il pourra enfin mettre en pratique ses désirs de transformer le « beau milieu ».

Il avait besoin d’une famille artistique, d’un clan de création pour le faire, il l’a maintenant trouvé. Les créations spectacles du GCO, portées aux quatre coins du Québec des années soixante-dix, laisseront plus d’un spectateur médusé et transformé.

Dans la deuxième partie de son ouvrage, intitulée Manifeste, Cloutier se fait polémiste et aborde la question de la pratique de l’art, qui ne devrait être soumise à aucun diktat. L’art n’est pas démocratique, clame Cloutier, tout comme nous ne sommes pas tous des artistes à notre naissance. « L’art qui compte et comptera ne peut être que tourné vers l’exploration, l’expression de soi, le plaisir du geste, la nécessité de la parole, la beauté du son. »

C’est aussi l’occasion pour Cloutier de s’expliquer sur sa condamnation, maintes fois entendue, de la banalisation de l’improvisation avec l’arrivée de la Ligue nationale d’improvisation qui a transformé l’acte créateur en une joute sportive où le public est invité à voter pour le meilleur. 

En troisième partie, Cloutier propose, à partir de ses expériences professionnelles, « cinquante années de pratique », un manuel où il entend « mettre en lumière les principes de l’improvisation dramatique libre et indiquer un chemin et des stratégies pour la réussir », avec en prime quelques petits trucs et secrets.

À vous de jouer maintenant !