/weekend
Navigation

Trois Espagnoles à la conquête de New York

Maria Duenas
Photo courtoisie, Ricardo Martin

Coup d'oeil sur cet article

Aventures, passions, victoires, vengeances : l’écrivaine espagnole Maria Duenas, qui nous a donné l’inoubliable roman, L’espionne de Tanger, adapté en série télé, propose une nouvelle saga au cœur de New York dans les années 1930 avec Les trois filles du Capitan. À travers le destin de jeunes Espagnoles, elle rend hommage à toutes les femmes qui ont eu le courage de vivre la grande aventure de l’émigration. 

Nous sommes à New York, quelques années avant la Seconde Guerre mondiale. Dans une des enclaves de la colonie espagnole établie dans la 14e Rue se trouve El Capitan, un petit resto de quartier. 

Il est tenu par les trois filles d’Emilio Arenas, mort accidentellement sur les docks du port de New York. Victoria, Mona et Luz n’ont pas le choix : même si elles rêvent de rentrer chez elles, elles doivent retrousser leurs manches et refaire leur vie. Elles rêvent de transformer le petit resto en night-club latino de première classe !

« On entend souvent parler des immigrants irlandais ou italiens, mais rarement des Espagnols qui se sont établis en Amérique », fait remarquer l’écrivaine, en entrevue depuis Madrid. 

« Même ici, la plupart des gens n’ont pas entendu parler des Espagnols qui ont émigré aux États-Unis. Nous avons un lien historique avec l’Amérique latine, donc la plupart des gens sont partis pour Cuba, l’Argentine ou d’autres pays latino-américains. »

« Ici, tout le monde a un grand-père, un oncle ou un membre de la famille qui est parti dans ces pays. Mais on sait peu de choses de ceux qui sont partis pour les États-Unis. » Et encore moins de celles qui sont parties.

Étant titulaire d’un doctorat, la romancière a adoré la partie « recherche » de son travail. 

« J’ai découvert que c’était une histoire fascinante. Les Espagnols se sont éparpillés dans plusieurs régions et n’ont pas établi de communautés comme les Irlandais ou les Italiens l’ont fait à New York, par exemple. »

Des endroits disparus

Elle a fait plusieurs voyages aux États-Unis pour voir les quartiers qu’elle décrit dans son roman. 

« Pendant trois ou quatre ans, j’y suis allée régulièrement, aux 4 à 5 mois. J’ai rencontré beaucoup de gens âgés qui sont arrivés à New York lorsqu’ils étaient bébés, et qui sont maintenant dans les 80 ou 90 ans. J’ai aussi discuté avec des gens nés à New York de parents espagnols. »

« J’ai pris contact avec la communauté de Cherry Street, de la 14e Rue, de Brooklyn, et je suis même allée à Tampa pour rencontrer des membres de leur famille. Malheureusement, beaucoup d’endroits mentionnés dans le roman n’existent plus. C’était génial de parler à tous ces gens — j’avais du matériel pour baser ma fiction, une fois que je connaissais bien la réalité de ces communautés. »

Hommage aux femmes

Les trois filles du Capitan personnifient ces femmes qui ont émigré. 

« Beaucoup d’hommes et de femmes ont émigré, mais il semble que les récits soient toujours racontés du point de vue des hommes. Parfois, ils étaient les premiers à partir, à trouver un emploi, à s’organiser une nouvelle vie. Ensuite, leur épouse, leur fiancée ou leur famille arrivaient. »

Ces hommes ne voulaient pas rester seuls et ne voulaient pas se marier à une étrangère parce qu’ils voyaient leur séjour à l’étranger comme transitoire. 

« Ils voulaient épouser une femme de leur pays. Les femmes qui partaient de très petits villages ruraux pour vivre à l’étranger n’avaient rien. Elles ne parlaient pas la langue. Elles ont été très courageuses. Elles ont surmonté toutes sortes d’obstacles dans leur nouvelle vie. Je trouvais qu’il fallait leur rendre hommage. »

  

  • Maria Duenas est Espagnole.   
  • Elle est docteure en philologie anglaise.   
  • On lui doit le best-seller L’espionne de Tanger, grand succès international vendu à plus de 12 millions d’exemplaires et adapté en série télévisée.   
  • Les trois filles du Capitan s’est vendu à plus de 700 000 exemplaires en Espagne.   
  • Elle a aussi écrit Demain à Santa Cecilia (1 million d’exemplaires vendus) et Soledad, bientôt porté à l’écran.      

EXTRAIT  

« Le soir de l’enterrement, les trois sœurs Arenas allèrent se coucher sans avoir obtenu de réponse. Épuisées, confuses, le ventre et le cœur tenaillés de sentiments mêlés, la même question leur martelait les tempes : Et nous, alors, qu’est-ce qu’on va devenir ?

Elles souffraient au plus profond d’elles-mêmes de la mort de leur père, l’homme qu’elles commençaient juste à connaître après toute une vie jalonnée d’absences. Mais une autre source d’angoisse se superposait à leur chagrin. Elles étaient conscientes de la signification de cette perte : la disparition du seul lien qui les unissait à cette ville étrangère aux hivers interminables, une mégalopole de seize millions d’habitants, un désert infini de désolation aux yeux des Espagnoles. »