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Un deuxième été sans travailler?

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Photo Adobe Stock Au Québec, plus de 20 000 postes sont vacants dans le secteur du commerce de détail, alors que le taux de chômage chez les jeunes dépasse les 13 %.

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Les jeunes Québécois ont-ils perdu le goût de travailler ? Pendant que des milliers d’entreprises cherchent désespérément des employés, moins de jeunes semblent vouloir un travail. Du jamais-vu en plus de dix ans ! 

Depuis le début de la pandémie, il y a 38 000 jeunes en moins sur le marché du travail. Le taux de chômage chez les jeunes est passé de 8,7 % à 13,1 %. Le nombre de chômeurs âgés de 15 à 24 ans a bondi de 46 % entre janvier 2020 et aujourd’hui.

Comment expliquer cette situation ? Les statistiques démontrent donc clairement qu’ils sont moins nombreux à la recherche d’un emploi. Au Canada, il n’y a jamais eu aussi peu de jeunes depuis plus de 10 ans sur le marché du travail. Même lors de la crise financière de 2009, on comptait 140 000 salariés, de 15 à 24 ans, de plus au travail. 

Peu importe les raisons qui expliquent cette désaffection, on constate les conséquences catastrophiques pour des milliers d’entreprises. Les restaurateurs s’arrachent les cheveux pour trouver des cuisiniers et des serveurs. Les terrains de golf réduisent leurs heures d’ouverture, faute de personnel. Plus de 20 000 postes demeurent vacants dans le secteur du commerce de détail au Québec. 

Expérience de vie

À quel âge avez-vous commencé à travailler ? Pour ma part, j’ai reçu ma première paye à 16 ans. Je brassais de la peinture dans une quincaillerie familiale de Montréal. Ce n’est pas mon salaire de 7,30 $ l’heure, qui s’évaporait souvent les samedis soirs, que je garde précieusement en souvenir, mais bien l’expérience acquise. 

Mon collègue Jean-Jacques m’a montré comment conseiller les gens et mon patron Dominique m’a appris l’importance de garder les planchers bien propres. Je me souviens aussi de cette soirée d’hiver où mon gérant Alain m’a conseillé de ne jamais parler de politique avec les clients. J’ai beaucoup acquis en brassant de la peinture à 16 ans, et je suis toujours fier de l’afficher aujourd’hui sur mon curriculum vitae. 

Pourquoi ? 

Alors, pourquoi autant de jeunes tournent-ils le dos aux jobs d’été ? Est-ce que le gouvernement Trudeau et ses généreux programmes d’aide y sont pour quelque chose ? 

Au Québec, plus de 359 000 jeunes de moins de 25 ans ont touché la Prestation canadienne d’urgence l’an dernier (jusqu’à 14 000 $), soit plus de la moitié de ceux qui sont actifs sur le marché du travail. Et ajoutez à cela 140 000 étudiants qui ont reçu la Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants (jusqu’à 11 000 $). Soixante mille jeunes Québécois ont aussi touché des prestations de Prestation canadienne de la relance économique (jusqu’à 19 000 $). 

Bref, au cours de la dernière année, plus d’un demi-million de jeunes ont reçu des chèques du gouvernement fédéral au Québec.

Trop généreux ? 

Il était non seulement souhaitable, mais indispensable que le gouvernement fédéral intervienne au début de la pandémie pour aider les jeunes à joindre les deux bouts. Payer son appart, ses factures scolaires et son épicerie, quand l’économie est fermée, était devenu impossible. 

Mais les chèques ont continué à rentrer, même lorsque l’économie s’est remise en marche. C’est probablement l’un des facteurs qui ont contribué à amplifier la pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs. 

Qui est à blâmer ? Quand vous aviez 18 ans, si on vous avait offert 500 $ par semaine pour rester à la maison, en auriez-vous profité ? 

Vraisemblablement, plusieurs jeunes ont mis une bonne partie de leurs prestations de côté, ce qui leur permettra de passer l’été 2021 sans travailler. Au lieu de brasser de la peinture en juillet, ils viendront à la quincaillerie en acheter quelques gallons pour décorer leur appart ! 


Pierre-Olivier Zappa anime chaque jour l’émission À vos affaires sur LCN dès 18 h 30