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Nos artistes à l’étranger: des rêves sur pause...

La pandémie mondiale a un impact majeur sur la carrière des artistes québécois à l’étranger

Kingdom Street
Photo d'archives Patrick Donovan et Paméla Lajoie

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Ce n’est pas d’hier que les artistes québécois entretiennent le rêve, souvent très tôt dans leur carrière, de vouloir exporter leur humour, leur musique, leur talent. Aujourd’hui, de Messmer à Kim Gingras, en passant par Isabelle Boulay et Cœur de Pirate, les artistes de chez nous sont très nombreux à briller à l’international. Mais l’impossibilité de voyager durant la pandémie les a complètement freinés, et pour certains, l’impact d’une longue absence en territoire étranger sera grand sur leur carrière en dehors de nos frontières.  

« Pour moi, tout sera à recommencer », confie Jérémy Demay à l’autre bout du fil.  

Jérémy Demay
Photo d'archives, Stevens LeBlanc
Jérémy Demay

Humoriste d’origine française qui est ironiquement connu ici, mais pas du tout en France, Jérémy Demay avait décidé, avant la pandémie, qu’il était temps pour lui d’aller conquérir son territoire natal. « J’avais envie d’un nouveau terrain de jeu », explique-t-il. 

Il avait fait quelques apparitions à la télé, entre autres à Surprise sur prise sur France 2, puis commençait à écumer les petites salles et les « comédies club ». Mais, ce n’était pas assez pour s’être inscrit dans la mémoire et qu’on se souvienne de lui après un an et demi d’absence, explique-t-il.  

Si la situation le permet, Jérémy Demay retournera passer tout l’automne en France pour présenter son spectacle Enfin vivant et recommencer le travail. « Un ‘‘show’’ qui s’appelle Enfin vivant après une pandémie mondiale, c’est presque un coup marketing », se réjouit-il en riant. 

Mariana Mazza avait également déjà commencé à semer quelques graines du côté européen. Mais comme pour Jérémy Demay, « tout va être à refaire à nouveau là-bas », indique son producteur, Éric Young, du Groupe Entourage, qui voit grand en Europe pour sa protégée. 

Mariana Mazza
Photo d'archives
Mariana Mazza

« Mariana devant lancer son spectacle à L’Européen (une salle parisienne) après quelques séjours où on l’avait présentée aux gens du milieu de la télé. Elle avait fait la première partie de Messmer durant neuf soirs à l’Olympia de Paris. Avec sa nouvelle tournée ici, son film Maria et ses autres projets, ce sera difficile d’y aller à l’automne. On regarde pour y retourner à l’automne 2022. Ça retarde le projet de plus de deux ans. Ce n’est pas rien », soulève Éric Young.  

Et une percée à l’étranger, « ça ne s’improvise pas, ajoute-t-il. Ça se prépare plusieurs mois, années d’avance ». 

L’importance des réseaux sociaux 

La pandémie a aussi mis les freins à des artistes musicaux comme le duo pop Kingdom Street, qui juste avant la pandémie, a signé un contrat de disque avec Columbia, une filiale de Sony. Mais la pandémie a empêché Paméla Lajoie et Patrick Donovan de s’y rendre à l’automne pour faire la promotion entourant le lancement de cette chanson.  

« C’est important de se faire voir par les gens du milieu, et on n’a pas pu », raconte Patrick Donovan.  

Mais les artistes musicaux ont un avantage sur les humoristes, estime-t-il, puisque leur musique peut continuer à jouer sur les radios là-bas et ainsi s’ancrer dans la tête des gens, tandis qu’un humoriste doit impérativement être présent sur scène.  

« Nous, on a réussi à accumuler une bonne communauté sur les réseaux sociaux avec l’aide d’une youtubeuse française. Ça nous a apporté plusieurs milliers de nouveaux abonnés », explique-t-il.  

Si le ballon des rêves internationaux s’est dégonflé pour les artistes en début de carrière outre-mer, la pandémie a aussi été un frein même pour les Québécois les plus connus en territoire étranger.  

Partie remise 

Vedette en France, Jean-Marc Généreux explique que la pandémie a agi comme un « gros frein à main » sur tous ses projets européens. « Ils ont annulé Danse avec les stars, j’avais une fiction qui s’en venait, on parlait d’un ‘‘one-man-show’’... Ça n’a pas mis du sable dans l’engrenage, ç’a mis du béton dans l’engrenage », souligne le chorégraphe coloré.  

« Il y a trois éléments quand tu veux aller travailler à l’international, détaille-t-il. Ça prend un justificatif de ton pays, ça prend un pays qui veut recevoir des gens, et ça prend des projets. Avec la pandémie, ç’a tout pourri. Mettons que le projet peut continuer, mais que les deux pays ne s’entendent pas pour les entrées et les sorties des frontières ? C’est tout un questionnement. »  

Les artistes questionnés par Le Journal ne croient pas que la pandémie aura un impact à long terme sur le déploiement de nos talents à l’international. « Ce n’est que partie remise », souligne la moitié de Kingdom Street, Patrick Donovan. 

La fin d’une grande aventure ?  

Comme de nombreux autres danseurs québécois, Kim Gingras et Vincent Noiseux font la fierté des Québécois aux côtés des artistes les plus populaires de la planète depuis une dizaine d’années. Mais la pandémie les aura forcés à une réflexion quant à la suite du pan international de leur carrière. 

La pandémie a amené Vincent Noiseux, qui a dansé avec Beyoncé, Ricky Martin, Shania Twain et Janet Jackson, à faire une triste réflexion.  

Le danseur Vincent Noiseux
Photo courtoisie
Le danseur Vincent Noiseux

« Je vais avoir 36 ans dans un mois, explique-t-il. Pour un danseur, c’est quand même un âge avancé. Et les grandes tournées ne reprendront pas avant 2022. Je vais avoir 38 ans. Une personne qui a 21 ans peut se permettre d’être deux ans sans travailler et reprendre avec plusieurs années devant elle. Moi, ça ne veut pas nécessairement dire que la demande va être aussi forte pour mon casting. J’ai cette pression-là de me dire : ‘‘Est-ce que je dois me recycler complètement et trouver autre chose ?’’ » 

Vincent Noiseux est resté à Los Angeles durant la pandémie, où il a sa résidence avec son amoureux. Il est revenu au Québec la semaine dernière et restera jusqu’à la fin septembre pour aligner de petits contrats ici. 

Le danseur souligne que les choses sont aussi difficiles pour les jeunes danseurs qui venaient de commencer à Los Angeles. « Ça rend la chose extrêmement difficile pour les jeunes ne serait-ce que pour le visa de travail, qui dure seulement trois ans et qui coûte 4000 $ à 6000 $. Pour quelqu’un qui était en plein milieu d’un visa de travail de trois ans, se faire enlever un an et demi d’opportunités c’est extrêmement difficile. »  

« J’ai vu beaucoup de danseurs qui venaient d’arriver à Los Angeles ça ne fait pas longtemps et qui sont retournés au bercail », ajoute-t-il.  

Kim Gingras réfléchit aussi 

Kim Gingras
Photo courtoisie, Taylor James
Kim Gingras

Est-ce que la pandémie fera en sorte qu’on verra moins de talents québécois éclore à l’international dans les prochaines années ? « J’espère que non, souhaite Kim Gingras. C’est là qu’on va voir qui veut vraiment percer malgré les hauts et les bas. Oui, ça va peut-être freiner des déménagements et il y a moins d’opportunités pour eux de se prouver en ce moment. Et je pense que ça va faire un clean up des gens comme moi, qui ont 35 ans, qui dansent encore, mais qui se questionnent à savoir s’ils veulent encore faire ça. Ça va faire de la place pour les jeunes ». 

Kim Gingras a même quitté son condo de Los Angeles qu’elle habitait depuis huit ans. Mais elle confie que cette réflexion avait déjà commencé avant la pandémie. 

Elle confie qu’elle est prête à faire des allers-retours de nouveau, mais la quarantaine obligatoire a compliqué les choses, dit-elle. « J’ai encore ma carte verte pour plusieurs années et je suis encore représentée par une agence de Los Angeles ».  

Un risque « financier énorme » pour Messmer  

Kingdom Street
Photo d'archives

Au moment où la pandémie a frappé, Messmer était en pleine tournée de son spectacle Hypersensoriel, pour lequel 150 représentations étaient prévues dans une centaine de villes européennes, la plupart dans des salles de plus de 5000 sièges. Il est l’un des meilleurs vendeurs de billets d’Europe. 

Le report d’une tournée aussi imposante signifie un risque financier « extrêmement périlleux », indique son producteur Éric Young. 

« Pour nous, c’est un énorme manque à gagner de plusieurs millions d’euros, dit-il. [...] À chacun de ses passages, on lui planifie une campagne de promotion avec des émissions de télé, de la publicité, pour mousser les ventes. Les montants de la mise en marché, on ne les récupérera pas. » 

Messmer confie que le prix de cette popularité en Europe est d’y passer six mois par année depuis presque dix ans. Il n’y a pas mis les pieds depuis mars 2020. Il ne connaît pas encore les impacts à long terme de cette absence prolongée. Mais il se désole de ne rien pouvoir faire en virtuel pour garder le contact avec le public, comme peut le faire un humoriste ou un chanteur.  

« Je pense qu’avec toutes les années d’efforts qu’on a mises les premières années, lorsqu’on va annoncer le retour des spectacles, les gens savent qui je suis et seront au rendez-vous. [...] Mais en ce moment, si on annonce de nouvelles dates, on vend zéro billet. Les gens n’achètent pas du tout », explique celui qui est devenu papa pour la 4e fois durant la pandémie.  

Un momentum raté pour Étienne Drapeau  

Kingdom Street
Photo courtoisie, Kevin Millet

Étienne Drapeau fait partie des artistes qui s’apprêtaient en entreprendre la conquête d’un nouveau marché.  

Trois jours avant qu’on commence à parler de l’arrivée de la COVID en sol américain, Étienne Drapeau venait tout juste de faire les paiements à deux compagnies de promotion et marketing à New York et à Miami, qui ont mis en branle une campagne pour faire connaître son projet latino Fiesta aux 52 millions d’hispanophones qui vivent aux États-Unis.  

Profitant de la vague d’intérêt pour la musique latine, sa chanson Las Mujeres Que Ame était en 60e position BDS du réseau Music Choice, tout près de noms comme Daddy Yankee. 

« Je m’en allais faire une semaine de relations de presse aux États-Unis », confie-t-il à regret au Journal.  

S’il n’y retourne pas, Étienne Drapeau perdra l’argent qu’il a investi. 

« Ce qui m’attriste le plus c’est la question du timing. Si j’y retourne, la chanson a redescendu dans les palmarès et elle n’est plus d’actualité. » 

« Il y a quelque chose en moi qui me dit qu’il ne faut pas que je lâche le morceau, même si ça me prend tout mon petit change. J’ai trop travaillé pour aller là. Ce n’est pas vrai que je vais laisser mes rêves tomber à l’eau à cause de la pandémie », dit celui qui vient aussi de faire paraître son premier extrait en France en carrière. 

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