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Explosion des cas de sextorsion au Québec

La pandémie a exacerbé ce phénomène où les enfants les plus sollicités par les prédateurs ont moins de 8 ans

Quebec
Photo Stevens LeBlanc La lieutenante-détective Marie-Manon Savard, responsable de l’Unité de l’exploitation sexuelle des mineurs du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), s’inquiète de voir que les cas de sextorsion à Québec ne cessent d’augmenter.

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Le phénomène de sextorsion a littéralement « explosé » au Québec pendant la pandémie et les victimes sont de plus en plus jeunes.

C’est ce qu’affirment plusieurs experts et corps policiers spécialisés en la matière, en expliquant ce fléau notamment en raison des enfants « plus présents que jamais sur internet », en raison de la pandémie.

« Tous les jours, j’ai des dossiers de sextorsion qui entrent. Souvent, des jeunes de 11 ou 12 ans, autant gars que filles. Il y a par exemple une demande de geste de masturbation en ligne, la personne prend une capture d’écran puis demande de l’argent ou plus de vidéos en menaçant d’envoyer les images à tous ses contacts », explique la lieutenante-détective Marie-Manon Savard, responsable de l’Unité de l’exploitation sexuelle des mineurs du Service de police de la ville de Québec (SPVQ).

« C’est fréquent et, sérieusement, c’est inquiétant », ajoute la lieutenante-détective.

À Québec seulement, l’Unité de l’exploitation sexuelle des mineurs procède à environ une arrestation de sextorsion, qui combine les infractions de leurre et d’extorsion, par semaine.

Et ce nombre pourrait être « beaucoup plus élevé » si l’unité bénéficiait d’effectifs supplémentaires, affirme-t-elle.

De plus en plus jeunes

Qui plus est, les prédateurs sollicitent des enfants de plus en plus jeunes sur le web. 

« Le groupe le plus sollicité ce sont les 8 ans et moins. Probablement que du point de vue des prédateurs, les enfants de cet âge-là sont plus faciles à manipuler, il est plus facile d’obtenir leur silence et par conséquent, d’éviter de se faire dénoncer », affirme René Morin, porte-parole du Centre canadien de protection de l’enfance. 

  • Écoutez l'entrevue de René Morin avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:  

De plus en plus, les cas de sextorsion sont commis entre personnes d’âge mineur, soulignent les experts. « Les gens ont cette mauvaise perception que la personne qui commet le leurre est un homme adulte, alors que c’est faux. Toutes les tranches d’âge peuvent être poursuivies par cette infraction », affirme de son côté Joanny St-Pierre, procureure aux poursuites criminelles et pénales et coordonnatrice du Comité de concertation en matière de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants sur Internet.

« C’est très malheureux. On connaît des situations très tragiques liées à cette problématique. Il y a même eu des jeunes qui se sont enlevé la vie en raison de ça », ajoute M. Morin.

« Là pour toujours »

Par ailleurs, le fait que certains jeunes se dénudent volontairement sur les réseaux sociaux dans le but d’obtenir plus de clics inquiète aussi les experts. 

« Lorsqu’on publie, c’est là pour toujours et ça peut continuellement revenir », indique Antoine Normand, PDG de l’entreprise québécoise BlueBear, qui a créé un logiciel aujourd’hui vendu à plus de 100 corps policiers partout sur la planète, afin d’automatiser le traitement de quantités d’images et de vidéos saisies.

  • Écoutez la chronique judiciaire de l’ex-juge Nicole Gibeault à QUB radio

Des millions d’images

Lors de perquisitions, les quantités d’images saisies augmentent également de façon « fulgurante », soutient M. Normand. « Aujourd’hui, saisir des millions d’images chez un même individu, ce n’est plus rare », ajoute celui qui participe régulièrement à des rencontres policières des quatre coins du globe, dans le but de peaufiner son expertise.

La plupart du temps, précise M. Morin, les délinquants tissent un lien de confiance avec leur future victime sur des réseaux sociaux bien connus, comme Instagram, Messenger, Snapchat, TikTok, Omegle, ou encore sur différents jeux vidéo interactifs en ligne.

Puis, après quelque temps, ils invitent l’enfant à poursuivre la conversation sur un site privé, tel que Skype ou WhatsApp, ou même Teams ou Zoom, privilégiés pour leurs réunions « encryptées ». « Il y a autant de façons de commettre le leurre que de façons d’accéder à internet », rappelle la procureure. 

Les signalements en hausse   

  • Augmentation de 88 % des signalements de cas d’exploitation sexuelle d’enfants sur internet au pays, depuis le début de la pandémie      
  • 40 signalements de sextorsion par mois            

3 types de sextorsion les plus fréquents :  

1. Le crime organisé

Les prédateurs sont la plupart du temps organisés et basés en Afrique de l’Ouest. Ils se font passer pour une jeune femme qui s’ennuie et veut de la compagnie, dans le but d’appâter des hommes âgés de 20 à 70 ans. Après avoir obtenu des photos explicites de la victime, ils exigent d’importants montants d’argent.

2. Le prédateur adulte

Un adulte se rend sur un réseau social ou sur un jeu vidéo interactif en ligne pour clavarder avec un mineur, en se faisant passer pour quelqu’un de son âge. Après avoir tissé une relation de confiance, il invite l’enfant à le rejoindre sur une plateforme privée. C’est à ce moment que l’enfant se fait convaincre de se déshabiller ou de prendre des positions à caractère sexuel. Souvent, le prédateur exigera plus de fichiers compromettants, sous la menace de publication.

3. Deux mineurs entre eux  

L’échange débute souvent par du sextage, soit l’envoi de sextos explicites de façon volontaire, ou sous la menace. Le jeune prédateur exigera ensuite plus de contenu, menaçant de publier les photos déjà reçues. 

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