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Un juge aux blagues des années 1950

Un plaignant peu flatteur envers le magistrat Dugré

Juge Gérard Dugré
Photo courtoisie, Parole de Droit Le juge Gérard Dugré, de la Cour supérieure du Québec, a été nommé en 2009.

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Un des plaignants contre le juge Gérard Dugré, visé actuellement par des procédures disciplinaires, a dressé un portrait peu élogieux de ses démêlés en cour avec lui.

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Marcel Gouin a été surpris et « offusqué » par l’humour douteux du juge de la Cour supérieure du Québec lors de l’audition de sa cause, qui l’opposait à un associé d’affaires, en 2017, devant le magistrat.

« On n’est plus en 1950. Peut-être y a-t-il des choses qui se disaient à cette époque-là qui ne sont plus de mise aujourd’hui », a-t-il relaté, hier, lors de son témoignage devant le Conseil canadien de la magistrature.

Ainsi, durant la cause de M. Gouin, alors qu’il était question de contrats avec le festival Juste pour rire, le juge Dugré n’a pas pu s’empêcher de demander à la blague à l’un des avocats présents : « Votre client n’est pas accusé d’agression sexuelle encore ? »

Le juge faisait référence au fondateur du festival, Gilbert Rozon.

Sept dossiers

Le magistrat fait l’objet de sept dossiers distincts de plaintes contre lui. Des auditions du Conseil de la magistrature sur le sujet ont lieu tout le mois de juin à Montréal. Dans la majorité des cas, on lui reproche un comportement et des commentaires inappropriés en cour.

Marcel Gouin a également été dérouté par une succession de propos hors sujet de la part du juge Dugré. 

« Il a parlé abondamment de la commission [John] Gomery [...], il parlait de films avec Tom Cruise, il parlait de romans. Il parlait de toutes sortes d’affaires, comme si c’était une conversation dans un dîner. »

Faire rire la greffière

« J’ai l’impression, a poursuivi M. Gouin, qu’une grosse partie de sa démarche était d’essayer de faire rire la greffière [au procès]. La greffière, c’était son public. »

Résultat : une cause qui s’est étirée inutilement, selon lui. 

« Aussitôt qu’on essayait d’expliquer quelque chose, il nous coupait. Ce qui aurait dû prendre trois minutes a fini par prendre deux heures. »

En outre, M. Gouin estime que le juge a fait preuve de partialité à son égard. 

« Ce que j’ai senti, c’est qu’il ne voulait pas l’information. Son idée était faite dès le départ. »

Le juge Dugré, qui ne siège pas actuellement, a droit à son salaire lors des procédures du Conseil de la magistrature. Sa défense est entièrement payée par l’État.

Si des torts devaient lui être adressés, le Conseil aurait deux choix : l’émission de blâmes à son endroit ou la destitution. 

Les juges ne peuvent pas faire l’objet de suspension les privant de leur salaire, en raison du principe de l’indépendance judiciaire.

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