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Culs serrés, peine-à-jouir et faces de carême du déconfinement

Terrasses 3 Brasseurs
Photo Laurent Lavoie

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Ils en deviennent lassants: depuis vendredi, on en retrouve plusieurs, dans l’espace public, pour sortir leur face de carême en grondant l’insouciante population, qui se serait jetée tête première dans le déconfinement. 

Alors que c’était jour de fête, de libération, de libations, ils prenaient leurs grands airs pour nous expliquer de ne pas abuser de nos maigrelettes libertés regagnées et de conserver longtemps la psychologie du craintif confiné. 

Mieux: ils n’étaient pas loin de nous inviter à nous déconfiner volontairement à pas de tortue, comme si le simple fait de se transformer en écumeur de terrasses pour quelques jours transformait le déconfiné joyeux en bombe virale dont il faudrait se méfier. 

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Terrasses!

Vil jouisseur! Funeste buveur! Affreux mangeur! Odieux séditieux! Pervers fêtard! Ouach! La vie! Ouach! Le plaisir! La COVID, manifestement, a excité le puritain qui dormait en plusieurs. 

Quant aux jeunes rassemblés dans les parcs, heureux de renouer avec les plaisirs élémentaires de leur âge, des leaders normalement plus éclairés ne se sont pas gênés pour les gronder, à la manière d’enfants irresponsables.   

  • Écoutez la chronique de Mathieu Bock-Côté au micro de Richard Martineau, sur QUB radio:   

Et d’un coup, les grands moyens: interdisons l’alcool dans les parcs après 20h!

Comprenons-nous bien: quand les parcs sont transformés en dépotoirs, c’est inacceptable, et les retrouvailles ne devraient pas être jugées incompatibles avec le savoir-vivre et les gestes sanitaires nécessaires. 

Mais sur le fond des choses, on aurait envie de répondre méchamment aux sermonneurs qu’ils sont à la fois des culs serrés et des peine-à-jouir, qui ont pris le pli du confinement covidien et ne parviennent plus à s’en défaire, comme s’ils y trouvaient, aussi étrange que cela puisse paraître, un confort mental. 

On en trouve peut-être même pour se désoler, avec le retour à la normale, de ne plus pouvoir jouer aux curés et de ne plus avoir l’occasion de sermonner et de culpabiliser une population apeurée, toujours à la recherche de règles plus strictes et d’un bouc émissaire à dénoncer. 

Si certains ne se sentent pas prêts à replonger dans la vie sociale, très bien. Tous n’assimilent pas leur vision du bonheur à un banquet ne se terminant jamais. Comme on dit, que chacun aille à son rythme. 

Mais dès lors que les autorités, qui ne manquent pas de prudence, autorisent la réouverture des terrasses, faut-il vraiment transformer en suspects ceux qui en profitent? 

Responsabilité

Nous avons tous compris que la pandémie n’est pas terminée et que, pour plusieurs mois encore, nous ne vivrons pas dans une belle insouciance, que les autorités ont un œil sur la situation sanitaire et qu’elles déconfinent prudemment. Nous savons aussi, et il est essentiel de le redire, que seule la vaccination massive nous sortira de ce bourbier. 

Mais cela dit, il est normal que nous assistions à des explosions de joie.

C’est un slogan qui circule depuis un an: il faudrait vivre avec le virus. Longtemps, on s’est demandé ce qu’il voulait dire. Nous le savons maintenant. 

Cela veut dire recommencer à vivre. À vivre intelligemment, certes. Mais à vivre vraiment.