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Mort après une téléconsultation

L’aîné de Montréal avait reçu le mauvais diagnostic

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Photo courtoisie Jean-Claude Beaudoin est décédé l’an dernier d’une tamponnade cardiaque.

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Un aîné montréalais est mort l’an dernier d’un malaise cardiaque au lendemain d’un rendez-vous au téléphone avec son médecin de famille ayant mené au mauvais diagnostic, un exemple qui illustre les périls de la téléconsultation, selon des experts.

Âgé de 65 ans, Jean-Claude Beaudoin souffrait notamment d’asthme, d’anémie et d’hypercholestérolémie quand il a eu son médecin au bout du fil pour des douleurs au ventre et des nausées. 

Ce dernier a cru à une gastro, mais le lendemain, son patient mourait chez lui d’une tamponnade cardiaque, soit une accumulation de sang dans le cœur qui l’empêche de pomper.

« Dans les circonstances et compte tenu des antécédents médicaux et des facteurs de risque cardio-vasculaires de M. Beaudoin, une référence en centre hospitalier aurait été sans aucun doute plus appropriée », soutient la coroner Géhane Kamel dans le rapport publié après ce décès. 

Elle rappelle que la prudence est de mise et demande au Collège des médecins de réviser la qualité de l’acte professionnel.

  • Écoutez l’entrevue du Dr Marc-André Amyot, vice-président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec

« Préoccupant »

D’ailleurs, tant le Collège que des médecins d’urgence ont rappelé les omnipraticiens à l’ordre ces derniers mois sur le recours extrêmement répandu à la téléconsultation.

« C’est préoccupant », reconnaît le président du Collège, le Dr Mauril Gaudreault. 

« Ça ne veut pas dire de revenir comme avant et de ne plus en faire, mais ça doit être bien fait et bien encadré », poursuit-il, ajoutant que des groupes de travail planchent actuellement sur des balises pour éviter les dérives et limiter l’accès à la téléconsultation.

« La majorité des consultations en médecine nécessitent que le patient soit vu pour un examen », dit le Dr Gaudreault.

Mais alors que le Québec se déconfine, la téléconsultation reste omniprésente. 

Hier, Le Journal a tenté d’avoir des rendez-­vous auprès de plusieurs cliniques de Montréal qui offraient seulement l’accès à un médecin au téléphone.

« C’est encore un problème [...] et il y a encore du travail à faire », remarque le Dr Gilbert Boucher, président de l’Association­­­ des spécialistes en médecine d’urgence du Québec (ASMUQ).

Il affirme voir des patients se rendre à l’urgence pour des bouchons dans les oreilles parce qu’ils ont été incapables de voir un médecin en cabinet, par exemple.

 Il estime aussi que peu de médecins à distance demandent à voir leur patient en personne le lendemain, pour un suivi.

Résultat, les urgences sont bondées alors que les mois de mai et juin sont traditionnellement moins occupés, dit-il.

« La pandémie a le dos large », lance quant à lui le président du Conseil de la protection des malades, Paul Brunet. 

« Ils sont tous au téléphone », déplore-t-il, alors que cette pratique devrait selon lui relever de l’exception.

Près de la moitié

Les dernières données de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) montrent que de février à décembre 2020, la téléconsultation comptait pour près de la moitié des services facturés par les omnipraticiens (41 %).

De la mi-mars 2020 à la fin janvier 2021, environ 16 000 médecins de famille et spécialistes ont vu plus de 4,5 millions de patients à distance, coûtant près de 722 millions $ à la province.