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Musique: les élus se penchent sur l’autoproduction

Une motion déposée à l’Assemblée nationale réclame que la SODEC reconnaisse l’autoproduction

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Voilà un moment que certaines personnes du milieu de la musique attendaient depuis 20 ans. Dans une motion déposée hier à l’Assemblée nationale, la députée Christine St-Pierre a demandé que la SODEC reconnaisse l’autoproduction.

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«C’est un moment historique!» a déclaré le stratège numérique Guillaume Déziel, instigateur d'une lettre ouverte signée par plus de 120 artistes qui dénonçait la situation des autoproducteurs. 

Ceux-ci représentent 80% des membres de la SOPROQ et ne peuvent bénéficier des mêmes subventions que les «producteurs reconnus». 

Dans sa motion, Mme St-Pierre a notamment demandé que la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, apporte «les modifications nécessaires pour favoriser l’admissibilité des artistes autoproducteurs aux programmes de financement de la SODEC». 

La motion a été adoptée à l’unanimité par les partis à l’Assemblée nationale. 

Quelle est la suite des choses? «Les artistes vont se mobiliser pour s'assurer que les critères d'admissibilité à tout éventuel programme à la SODEC rencontrent bien les attentes et les réalités du milieu et garantissent une diversité culturelle», explique Guillaume Déziel. 

Réactions positives

Les réactions positives à la suite de cette motion ont été nombreuses chez les artistes hier.  

«Lorsque j’ai entendu la retransmission audio du vote unanime des partis sur la motion reconnaissant le statut des autoproducteurs à l’Assemblée nationale, j’ai ressenti une véritable émotion, a confié le musicien Jean-Robert Bisaillon, qui s’est grandement impliqué pour l’autoproduction. Les industries culturelles ont nié le phénomène et travaillé si longtemps pour empêcher les artistes autoproduits de jouer sur leur terrain que je ne pensais pas vraiment que ça changerait un jour.» 

«Pourtant, il y a 20 ans, en 2000, chez Local distribution, nos artistes autoproduits ou travaillant pour des micro-labels – ils étaient tout près d’un millier – s’appelaient DJ Champion, Les Trois Accords ou encore Patrick Watson, poursuit-il. Les artistes autoproduits auraient déjà pu faire partie d’une chaîne de valeurs saine et structurante pour l’avenir. Maintenant que les parlementaires se sont prononcés, il est temps de mettre fin à ce régime inéquitable.» 

«Ça me donne l'impression que, pour la première fois, l'artiste producteur est en voie d'être reconnu, indique l’auteure-compositrice Catherine Durand. Je suis productrice de mes albums depuis 17 ans. J'ai toujours eu à me battre, à chacun de mes albums. Le financement n'a jamais été garanti. Il est temps que ça change, parce que le milieu a beaucoup évolué.» 

«Tout le système de subvention est construit pour favoriser les gros joueurs, alors qu'ils sont de moins en moins majoritaires, ajoute-t-elle. Il faut que les artistes producteurs puissent avoir une part équitable de l'enveloppe de subvention. On crée autant d'emplois que les producteurs reconnus (on engage des musiciens, des techniciens, on paie des studios, des relationnistes de presse, des pisteurs radio, on achète de la pub, etc.), alors on doit être reconnus aussi, et avoir les mêmes opportunités que les plus grosses boîtes.» 

«Sans équivoque»

«C'est sans équivoque! On franchit une étape fondamentale en s'engageant dans la bonne direction: rediriger le pouvoir (l'argent) vers les artistes qui souhaitent se produire eux-mêmes. Excellente nouvelle!» a déclaré le musicien et membre fondateur des Vulgaires Machins, Guillaume Beauregard. 

«C’est une excellente nouvelle, que cette lettre ait eu un impact et une reconnaissance auprès du gouvernement, mentionne la chanteuse jazz Sonia Johnson. À titre de signataire, j’ai produit, par moi-même, depuis 2005, quatre albums de musique de niche, en jazz. J’ai investi des milliers de dollars de ma poche et fait travailler une multitude d’intervenants culturels: musiciens, ingénieurs, vidéastes, relationnistes de presse, promoteurs, etc. Un accès au soutien de la SODEC est une nécessité pour les autoproducteurs, au même titre que pour les entreprises incorporées. Merci à Guillaume Déziel d’avoir porté nos voix.» 

La ministre a déjà agi

Du côté du cabinet de la ministre de la Culture et des Communications, l’attaché de presse Louis-Julien Dufresne a mentionné au Journal que la ministre Nathalie Roy avait déjà demandé à la SODEC de se pencher sur cette réalité afin de trouver des pistes de solutions. «La motion vient “répondre” à un problème qui est déjà en partie résolu de par l'action entreprise par la ministre», dit-il. 

«Notre gouvernement a accordé près d'un demi-milliard de dollars au milieu culturel depuis le début de la pandémie, dont des mesures de relance du côté de la SODEC, indique l’attaché de presse. Les artistes autoproduits ont accès à certains programmes mis sur pied dans le cadre du plan de relance culturelle, soit celui de l’aide temporaire à la représentation de spectacles et le volet 2 du programme d’aide aux initiatives innovantes, relance culturelle.» 

«Le programme temporaire d’aide à la représentation exige des producteurs (producteurs-diffuseurs et autoproduits) qu’ils paient les artistes et les artisans, de même que les salles de spectacle lorsqu’ils reçoivent des compensations pour les spectacles annulés, reportés ou [...] qui ont lieu», poursuit-il. 

«Rappelons que les artistes autoproduits incorporés ont accès aux crédits d’impôt spectacle du gouvernement du Québec et que les personnes physiques dans le domaine du cinéma sont soutenues par le programme d’Aide à la création émergente. [...] Les artistes autoproduits incorporés en musique ont aussi accès aux nouveaux programmes d’aide de la SODEC, comme l’aide au développement entrepreneurial.»

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