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On fait fausse route pour les aînés

Résidences privées pour aînés
Photo d'archives

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Cent cinquante millions par année, c’est ce que le gouvernement propose d’investir pour améliorer les soins à domicile pour les aînés ; 1,5 milliard en tout, c’est ce qu’il veut plutôt dépenser pour construire ses nouvelles maisons des aînés.

Et la facture n’a pas fini de monter.

On dira que l’investissement promis dans le béton est ponctuel, alors qu’augmenter le budget des services, c’est plus cher parce que ça se répercute dans le temps. Fadaises. Les maisons des aînés auront besoin d’être munies de personnel et il faudra dépenser pour maintenir les actifs. 

Dans 25 ans, on nous expliquera sans doute que si le plafond des maisons des aînés coule, c’est qu’on avait omis de considérer le coût de leur entretien lors de leur construction confiée au plus bas soumissionnaire.

  • Écoutez la chronique de Claude Villeneuve sur QUB radio:

Placer ses parents

Ce n’est pas d’hier qu’au Québec, on choisit l’option de « placer nos vieux » plutôt que de les garder dans leur maison. Si la proportion d’aînés qui se trouvent en CHSLD est à peu près similaire ici à celle qu’on trouve dans les autres provinces, ce sont 18,4 % des sages Québécois qui se trouvent en RPA, alors que cette part se situe entre 5 % et 10 % ailleurs au Canada.

Les gens qui se trouvent présentement en hébergement sont beaucoup de la première génération à avoir placé leurs parents. On se demande toutefois si les baby-boomers qui sont de plus en plus nombreux à atteindre le quatrième âge auront envie de faire le même choix pour eux-mêmes.

En fait, presque tous les aînés, si vous leur donniez vraiment le choix, préféreraient vieillir et même mourir chez eux que dans une maison faite pour ça, aussi chromée soit-elle. De même, tous les enfants et petits-enfants sont plus prompts à visiter les grands-parents dans la maison où on fête Noël et où on trouve toujours quelque chose de sucré à grignoter dans le garde-manger que dans une résidence aux murs de teintes pastel.

Pourtant, on continue à faire le choix inverse au Québec, en consacrant 85 % des fonds consacrés aux aînés à les faire vivre en hébergement, pour 15 % à domicile, où c’est moins cher et plus confortable pour tout le monde. Au Danemark, comme le démontre Annie-Soleil Proteau dans son documentaire La dernière maison, la proportion est de 73-27 en faveur du maintien dans les milieux.

Larmes de crocodile 

C’est à croire qu’on est d’accord avec ça au Québec, alors que François Legault a marqué les esprits lors de la dernière campagne en promettant ses maisons des aînés, alors que les engagements en matière de soins à domicile sont toujours reçus dans l’indifférence. Le béton, ça en jette plus que les infirmières et les préposées qui se promènent avec leur petite trousse.

On aurait espéré que la pandémie changerait le discours, mais il semble que nos doléances pour ces vieux confinés à leur chambre n’étaient en fait que des larmes de crocodile.

Dans un Québec qui tirerait des leçons de son passé ancien et récent, on exigerait que le gouvernement mette plus de ressources dans le maintien à domicile que dans les CHSLD, parce qu’on se dirait que la place des aînés, c’est au sein de nos communautés.