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Changement d’huile sur le ring

Simon Kean et Vincent Auclair
Photo courtoisie Simon Kean et son entraîneur Vincent Auclair en pleine session d’entraînement au Mexique.

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C’est à la fois débile et malheureux. David Lemieux, Simon Kean et Erik Bazinyan se battent demain soir au Mexique. À 1500 mètres d’altitude, à quelques dizaines de kilomètres de Mexico, la capitale mégapole.

Débile de voir ces trois joyaux d’Eye of the Tiger Management se battre un vendredi soir au réseau Punching Grace, en même temps que le match du Canadien à Winnipeg. Et malheureux parce qu’on parle de trois combats qui auraient donné une solide finale au Centre Bell ou au Centre Vidéotron dans n’importe laquelle autre période. 

Mais la pandémie, la sainte pandémie...

TOUT OU RIEN POUR LEMIEUX

Comme d’habitude, David Lemieux devra livrer une performance spectaculaire. À 168 livres, Lemieux est condamné à impressionner les dirigeants des fédérations professionnelles. Il est présentement classé deuxième ou troisième dans deux de ces fédérations. Ces classements ont été mérités par les combats titanesques livrés par Lemieux au fil des ans. Allez consulter son BoxRec et vous allez comprendre. Ça inclut Gennady Golovkin, Hassan N’Dam et Billy Joe Saunders en passant par Curtis Stevens et Gary « Spike » O’Sullivan. Des grosses pointures.

Son coach Marc Ramsay accompagne son boxeur. Et Ramsay, toujours sévère et exigeant, est enchanté par le travail de Lemieux : « Il y a un bon côté à la pandémie. Un homme comme David Lemieux qui a livré des guerres à répétition a pu reposer son corps. Nos athlètes brûlent la chandelle par les deux bouts. Dans le sens qu’ils exigent beaucoup de leur corps. Il a pu travailler la technique de base et pousser son entraînement général. Il n’avait pas à se préparer spécifiquement pour un adversaire. Mais ça ne change rien à la situation. Non seulement il doit gagner, il doit gagner d’une façon décisive », de dire Ramsay.

SIMON KEAN... ET MAKHMUDOV

Simon Kean en a un gros lui aussi. Un défi. Il doit gagner son combat, il doit montrer qu’il a fait de gros progrès depuis qu’il s’entraîne avec Vincent Auclair. Et il doit montrer qu’il a sa place dans le cœur des amateurs de boxe malgré la présence écrasante d’Arslanbek Makhmudov. 

Son promoteur Camille Estephan reste tout aussi confiant : « Simon Kean a d’énormes qualités comme Makhmudov. Son jab est lourd et sa droite est très puissante. Nous sommes choyés d’avoir deux poids lourds de cette qualité dans l’équipe », soutient Estephan.

Au Mexique, Simon Kean sourit. Il fait ses affaires, travaille très dur, mieux qu’avant, et entend défendre sa place dans les classements mondiaux : « C’est certain que Makhmudov est très puissant. Mais je suis plus athlétique. J’ai vraiment modifié beaucoup de choses. Je m’entraîne avec plaisir, j’adore ce que je fais. J’adore la boxe », dit-il.

Ce ne fut pas toujours le cas. Ses dernières années avec Jimmy Boisvert à Trois-Rivières ne furent guère heureuses : « Je ne veux pas diminuer notre collaboration mais je n’étais plus bien. Même si Vincent Auclair est plus jeune que moi, je sens que nous visons le même objectif », d’expliquer Kean.

DE LA SYNTHÉTIQUE OU DE LA 10-30 ?

On a diagnostiqué un déficit d’attention chez Simon Kean. Ça explique peut-être pourquoi il a toujours été très lent à démarrer ses combats. Son coin soupirait de soulagement quand il passait à travers le premier round sans dommage. Et il était évident qu’il n’était pas toujours concentré comme il l’aurait dû pendant certains combats : « Dans les grosses guerres comme mon combat contre Adam Braidwood ou le deuxième contre Dillon Carman, j’étais concentré. Mais dans le premier Carman ou dans mes combats contre le gros Mexicain Ignacio Esparza à Québec ou Siarhei Liakhovich au Centre Bell, je perdais complètement mon focus pendant les rounds. Je me posais des questions sur mon prochain changement d’huile. C’est pas trop bon », de raconter Kean en riant.

Mais il est le genre d’homme à laisser entrer dans sa psyché les mésententes ou les tiraillements d’une relation qu’il vivait avec son coach.

On va voir ce que le bonheur fait au beau Simon. Si ça lui va bien, c’est Don Haynesworth qui va payer le prix. Une couple de gauches et la grosse droite devraient faire la job.

Et après, les rêves... 

La dépression de Naomi Osaka

Ce qui a débuté comme un conflit de vedette avec la direction de Roland-Garros à propos des conférences de presse que tiennent les joueurs après leurs matchs est devenu une poignante histoire de santé mentale.

Le comportement de Naomi Osaka, deuxième au monde et joueuse la plus riche du sport, était inexplicable. Quand on a vécu une centaine de ces points de presse, on sait que les questions corsées sont rarissimes. La plupart des journalistes sont des réguliers qui suivent le grand cirque aux quatre coins de la planète et qui sont plutôt gentils avec leurs sujets.

Pas de quoi terroriser une professionnelle.

À moins que...

Naomi Osaka s’est retirée du tournoi. Elle a parlé de sa profonde dépression dont elle tente de se sortir depuis deux ans déjà. Elle a dit qu’elle devait prendre soin d’elle.

On sous-estime constamment l’ampleur de la maladie mentale dans la société actuelle. Quelles sont les souffrances que doit endurer Naomi Osaka pour renoncer à Roland-Garros et à Paris ?

Allez plus loin, quelle maladie est capable de tenir Jonathan Drouin loin d’une fabuleuse épopée, que vivent ses coéquipiers ? Faut-tu que ça fasse mal ? Faut-il que ce soit effrayant ?

On a le pardon facile pour un malade du cancer ou pour une fracture...

Mais le cancer de l’esprit, la fracture de l’âme, qui donc s’en soucie ?