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Duplessis, De Gaulle et l’ami Lacoursière

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C’était une autre époque, celle où Radio-Canada croyait encore qu’une télévision publique est investie d’une mission.

Maurice Duplessis était de cette époque. Mais c’était un autre Québec. L’Église et l’État étaient alors (dans cet ordre, d’ailleurs) les deux mamelles du pouvoir. À peu près dans le même temps, il y a eu De Gaulle en France. C’était une autre France. Celle qu’un homme seul tentait désespérément de sauver de la défaite pour lui redonner sa grandeur.

Aucun historien n’a raconté le Québec comme Jacques Lacoursière. Le petit gars de Shawinigan (eh ! oui, il y en a eu deux) vient de mourir après une longue maladie. En partie oublié, comme tant d’autres, mon ami Lacoursière avait compris le rôle que peuvent jouer la radio et la télévision pour la connaissance de l’histoire. Son Histoire populaire du Québec en quatre volumes est une œuvre monumentale qui raconte nos origines jusqu’à la mort de Maurice Duplessis à Schefferville le 7 septembre 1959.

LA TÉLÉ FAIT MIEUX QUE LE CINÉMA

Aucune œuvre audiovisuelle n’a fait connaître le régime sous lequel le Québec a vécu sous Duplessis comme la minisérie éponyme qu’on doit à la plume de Denys Arcand. Pendant qu’il en écrivait les sept épisodes, Jacques Lacoursière regardait de temps à autre par-dessus son épaule pour s’assurer qu’Arcand ne prenait pas avec l’histoire de trop grandes libertés. 

De Gaulle, l’éclat et le secret, l’émouvante minisérie de France 2, que j’ai vue à TV5 au printemps, m’a rappelé la série de Denys Arcand. Malgré ce que pensent les cinéastes pur jus, la télévision fait souvent mieux que le cinéma. L’hiver dernier, par exemple, j’ai regardé le long métrage intitulé De Gaulle, dans lequel l’acteur réputé Lambert Wilson joue sans doute le plus mauvais rôle de sa carrière. D’habitude brillant, Wilson n’a fait qu’empirer un film mou, hyper convenu et, pour être franc, assez ennuyeux.

Par contraste, l’acteur suisse Samuel Labarthe, pourtant peu connu, tire vers le haut la minisérie de France 2. C’est ce qu’a réussi Jean Lapointe dans la série Duplessis qu’a réalisée Mark Blandford pour Radio-Canada. Même si Lapointe en était à son premier grand rôle dramatique à la télévision, le Duplessis auquel il a donné vie est plus vrai que nature. Tous ceux qui l’ont vu en gardent un souvenir indélébile. 

LE DEVOIR DE RADIO-CANADA 

C’est le même tour de force que réussit Samuel Labarthe dans la peau du général De Gaulle. Grâce à lui surtout, la minisérie porte un souffle dramatique puissant. La fidélité de la série à des événements dont la plupart sont connus est loin de diminuer notre intérêt. Elle donne plutôt à L’éclat et le secret une grande crédibilité. On apprend l’histoire en se divertissant.

La série Duplessis n’a pas été produite avec les mêmes moyens financiers que celle de France 2 sur De Gaulle. En 1978, on n’avait pas non plus les possibilités techniques d’aujourd’hui. N’empêche que ceux qui ont vu Duplessis en 1978 sont convaincus qu’ils connaissent bien un pan de notre histoire que les autres ignorent.

Au lieu de produire comme de la saucisse des séries qui se ressemblent toutes, ne serait-ce pas du devoir de Radio-Canada de porter à l’écran d’autres périodes marquantes de notre histoire ? Jacques Lacoursière n’est plus, mais il a inspiré nombre de jeunes historiens qui rêvent d’imiter le rôle qu’il a joué auprès de Denys Arcand.