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Fitzgibbon, la star du monde des affaires

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En décembre dernier, j’ai signé une chronique dans Le Journal sur Pierre Fitzgibbon, qui a démissionné mercredi de son poste de ministre de l’Économie. 

J’écrivais alors que nombre de défenseurs du ministre issus du monde des finances « doivent comprendre qu’on ne dirige pas un gouvernement selon les règles de l’entreprise. Ils doivent savoir ce que signifie l’intérêt supérieur de la nation et comprendre le rôle des serviteurs de l’État. » 

Visiblement, l’ex-ministre avait continué à ne pas respecter le code d’éthique concernant un possible conflit d’intérêts à cause de ses parts dans deux entreprises qu’il refusait de vendre à perte. 

Madame Ariane Mignolet, qui est une femme entêtée en apparence, mais surtout investie de sa mission de commissaire à l’éthique, veut appliquer la loi, aussi discutable soit-elle. La commissaire considère qu’un ministre doit se départir de ses intérêts dans des entreprises qui font affaire avec l’État. 

Allié

À l’évidence, l’ex-ministre ne pouvait ignorer la loi lorsqu’il a fait le saut en politique, mais il a réussi à obliger en quelque sorte son ami fidèle jusqu’à ce jour, François Legault, à devenir son allié, du moins jusqu’à cette semaine. 

Bien sûr, Pierre Fitzgibbon possède de grandes et exceptionnelles qualités d’entrepreneur. Mais comme toutes les fortes personnalités, il tend à penser qu’il peut s’extraire des contraintes qu’il juge irrecevables, inapplicables et, pour tout dire, inacceptables. 

Pierre Fitzgibbon est un homme dont la sensibilité politique est à l’évidence défaillante. Le peuple, pour parler comme les démagogues, ne versera pas de larmes sur sa supposée perte d’un million de dollars s’il vendait aujourd’hui ses deux entreprises. Il s’imagine que l’on peut parler à voix haute de ses millions comme on le fait dans le monde des affaires. 

Or, aux yeux de nombreux Québécois, les « riches » doivent faire profil bas. On peut le regretter, croire qu’ils sont envieux, qu’ils préfèrent les perdants aux gagnants, cela se constate, mais ces propos profanateurs aux oreilles des Québécois ordinaires ne doivent pas être le fait de politiciens.

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Flamboyance

Pierre Fitzgibbon aurait dû mettre sa superbe au placard et prendre exemple sur François Legault, son ami, lui aussi millionnaire, mais humble, sans cette flamboyance brutale et qui est perçue comme un dédain pour les « petits, les obscurs et les sans-grade ».

Dommage. Mais cette démission « d’un commun accord » était inévitable. Le premier ministre Legault était en train de se mettre en péril. Oui, la présence du ministre de l’Économie était depuis des mois devenue toxique. 

La politique de nos jours ne se déroule plus dans des antichambres à l’abri des adversaires et des électeurs. La notion d’apparence de conflit impose sa tyrannie, car l’apparence n’est qu’une image. Cependant, la politique est un théâtre, une mise en scène. Le contenu est fait de mots qui ne sont jamais innocents. 

Il est possible que les règles, dont les lois qui régissent l’Assemblée nationale, ne conviennent pas à certaines personnes dont les activités professionnelles s’appliquent difficilement à l’éthique du conflit d’intérêts. Comment assouplir ces lois sans régresser sur le plan démocratique ? Est-ce possible que, dans le monde des affaires, on ne puisse trouver les candidats qui consentiront à faire le saut en politique tout en se pliant aux règles ?