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Le coup de circuit de Québec solidaire

Conf presse Mélanie Joly Pierre Fitzgibbon
Photo d’archives, Chantal Poirier

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Le départ de Pierre Fitzgibbon dépasse la simple affaire d’éthique. Le ministre n’a pas été pris la main dans le sac, ni à s’enrichir, ni à remplumer un ami, ni à aider le financement de son parti. 

Malgré tout, il devait absolument partir à cause d’un problème légal et politique réel. Le Québec s’est donné un code d’éthique appliqué par un commissaire à l’éthique. Notre Bureau d’enquête avait démontré les risques de conflit d’intérêts ou au moins d’apparence de conflit pour ce ministre. On ne peut pas ignorer le code et on ne peut pas non plus le changer en chemin pour accommoder un individu.

J’insiste pour dire que cette affaire est seulement à moitié un enjeu d’éthique. L’autre moitié, peut-être plus importante, est un enjeu d’idéologie. Il a à voir avec la présence en politique de personnalités d’envergure issues du monde des affaires.

Plainte déposée 

L’intervention de la commissaire à l’éthique faisait suite à une plainte. Il ne faudrait pas voir comme un hasard l’origine de ladite plainte. Elle a été déposée par le député Vincent Marissal de Québec solidaire. Pour ce parti, l’histoire du code d’éthique n’est qu’un moyen et non pas le but final. Le but est de démontrer le danger des gens de la « business » en politique.

Hier les porte-parole de Québec solidaire disaient le contraire. Pourtant, ils ont maintes fois dénoncé à visière levée les dangers d’élire des individus ou des partis trop proches des milieux économiques. Ils n’hésitent pas à mettre en contradiction les succès du monde des affaires québécois et l’intérêt général. Ils utilisent d’ailleurs l’expression « affairistes ».

Leur position est légitime et fréquente parmi les partis très à gauche. On se méfie de ce qui est privé, on dénonce les profits des entreprises en oubliant des nuances comme la prise de risque et la création d’emplois. Comme tous les partis de gauche, Québec solidaire se présente comme le rempart qui, grâce à un gouvernement gros et fort, protégera le peuple contre les grandes corporations.

Coup de circuit !

De ce point de vue, avoir la tête du ministre de l’Économie constitue un véritable coup de circuit. La décision extrêmement sévère et intransigeante de la commissaire à l’éthique arrive comme une bénédiction. Les intérêts privés de Pierre Fitzgibbon l’ont poussé en bas de son siège, voilà un succès probablement au-delà de leurs espérances.

Fiez-vous à ma parole, lorsque vous entendrez Québec solidaire raconter cette aventure victorieuse, ils parleront d’une bataille de vision fondamentale. Ce n’est pas seulement un accroc à l’éthique qui a été corrigé, mais plutôt un message concernant ce qu’on veut voir comme futurs élus : des syndicalistes, des écologistes, des militants communautaires, mais pas des affairistes.

Personnellement, je crois que nous avons besoin d’une diversité de regards et de vécus au Parlement. Pour bâtir une économie forte et bien gérer les fonds publics, l’expérience des milieux d’affaires est indispensable.  

Quelles que soient les circonstances, l’épisode Fitzgibbon leur passe le message de rester loin de la politique. C’est malheureux.