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Réseau structurant: le tramway retardé d’un an

Deux consortiums sur trois ont renoncé à faire une soumission pour le mégaprojet

La Ville de Québec a décidé de retarder le projet de tramway pour susciter de la concurrence parmi les firmes et les fournisseurs. Le maire Régis Labeaume a parlé jeudi d’une décision « difficile », mais essentielle, aux côtés du directeur de projet, Daniel Genest.
Photo Didier Debusschère La Ville de Québec a décidé de retarder le projet de tramway pour susciter de la concurrence parmi les firmes et les fournisseurs. Le maire Régis Labeaume a parlé jeudi d’une décision « difficile », mais essentielle, aux côtés du directeur de projet, Daniel Genest.

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Nouveau rebondissement dans la saga du tramway de Québec qui sera retardé d’un an. Un seul soumissionnaire a signifié son intérêt pour le mégaprojet de 3,3 G$, ce qui force la Ville à reprendre son processus d’approvisionnement à zéro. 

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Le maire de Québec s’est adressé jeudi après-midi aux médias en avouant avoir dû prendre « une décision difficile » dans l’intérêt des contribuables. La semaine dernière, la Ville de Québec a découvert qu’un seul consortium a répondu favorablement à l’appel de propositions publié le 30 avril. 

La Municipalité a donc choisi d’annuler carrément le processus en cours et d’en démarrer un totalement nouveau. Le but avoué est celui d’obtenir « le meilleur projet au meilleur prix » et de susciter « une saine concurrence », selon les mots du maire.

« C’est la recherche de l’intérêt public qui doit dicter toute prise de décision, aussi difficile et aussi lourde de conséquences soit-elle, a insisté M. Labeaume. La Ville refuse la possibilité de négocier de gré à gré un contrat d’une telle ampleur et d’une telle durée.      

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Dans sa nouvelle façon de faire, la Ville va diviser le projet en deux séquences. Elle se donne d’abord pour mission de dénicher le fournisseur du matériel roulant. En parallèle, elle veut sélectionner un « civiliste » (firme de génie-conseil) chargé de la conception et de la construction des infrastructures.

Ce changement occasionne un retard d’un an par rapport au dernier échéancier connu et oblige le maire Labeaume à réclamer un nouveau décret auprès du gouvernement du Québec, à peine quelques semaines après avoir durement arraché un premier décret.

Coûts supplémentaires

Le retard aura également un coût. Au cours des derniers mois, le vérificateur général (VG) de la Ville a d’ailleurs chiffré à 100 millions $ le coût d’une année de retard.

Tout en affirmant que les chiffres du VG sont justes, le maire n’a pas voulu dire qui devra éponger cette hausse. Il a juste répété que des discussions devront être engagées avec le gouvernement du Québec.

Comment expliquer que la Ville ait reçu une seule réponse positive la semaine dernière, alors que pas moins de trois consortiums avaient été présélectionnés à l’été 2020 ? La Municipalité a évoqué une importante « modification » du marché des fabricants de matériel roulant à la suite de l’acquisition de Bombardier Transport par Alstom, en janvier 2021.

Gosselin pas convaincu

Jeudi, Jean-François Gosselin, chef de Québec 21, a qualifié cette explication de « prétexte ». D’après lui, « ça aurait été intéressant de connaître le fond de l’histoire, parce que tout le monde au Québec était au courant de la transaction entre Alstom et Bombardier ».

Ces derniers mois, Régis Labeaume a régulièrement pointé du doigt le risque de voir des consortiums quitter le navire à cause des incertitudes entourant le projet. Il ne s’était pas gêné pour critiquer la lenteur des discussions avec le gouvernement du Québec sur le tracé du tramway. 

Sans renier ses paroles passées, M. Labeaume a choisi jeudi de ne pas les répéter. Il a également fait savoir que cette péripétie ne change rien à sa décision de ne pas se présenter à la mairie en novembre.     

Le nouvel échéancier du tramway    

  • Bientôt : Régis Labeaume espère obtenir rapidement un nouveau décret gouvernemental  
  • Été 2021 : Lancement d’un appel de qualification pour choisir le fournisseur du matériel roulant (soit 20 % des coûts du mégaprojet). La sélection du partenaire est prévue pour l’hiver 2022.  
  • Automne 2021 : Lancement de l’appel de qualification pour un « civiliste » (une grande firme de génie civil) qui s’occupera de la conception et de la construction des infrastructures municipales et de transport. La sélection du partenaire se fera au printemps 2023.   
  • Été 2023 : Début des travaux.  
  • Fin de l’été 2028 : Mise en service du tramway.    

Source : Bureau de projet du tramway de Québec 

Un « chemin de croix »   

« C’est une espèce de chemin de croix depuis 12-13 ans, mais ça va finir par se bâtir. »

– Régis Labeaume, maire de Québec

« Dans les circonstances, la reprise du processus d’appel de propositions semble être un mal nécessaire. Le projet conserve toute sa pertinence et notre gouvernement continue de l’appuyer. »

– Jean-Yves Duclos, ministre libéral fédéral

« Le maire a sauté des étapes parce qu’il était pressé et qu’il voulait aller vite. »

– Jean-François Gosselin, chef de Québec 21

« Afin d’éviter l’explosion des coûts, je demande à ce qu’il y ait une fusion ou une intégration des deux bureaux de projet pour la portion souterraine des projets de tramway et du troisième lien sous-fluvial. »

– Jean Rousseau, chef de Démocratie Québec

« Cette situation est directement imputable à la façon dont ce projet a été mené. En plus de causer une perte de temps coûteuse, ce retard contribue à éroder la confiance du public envers le projet. »

– Bruno Marchand, chef de Québec forte et fière

« Je suis évidemment déçu [des délais] [...]. Ceci dit, c’est la chose responsable à faire. »

– Étienne Grandmont, directeur général d’Accès transports viables

« On aurait pu faire avancer ce dossier-là plus rapidement. [...] Je trouve ça dommage »

– Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec

« Ce n'est pas une nouvelle réjouissante. [...] Il n'est pas question qu'on ampute un seul kilomètre, à nouveau, de ce projet de transport collectif dont la capitale nationale a tant besoin »

– Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de Québec solidaire

« Ce qui m'inquiète le plus dans le projet de tramway, [...] c'est l'ingérence politique. [...] Il y a des conséquences, quand, au niveau du caucus (caquiste), du conseil des ministres, on refait le tracé »

– Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

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