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La peine d'amitié

Hands of man and woman at the time of separation in neon light. Concept of breakup between two people.
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Nous les croyions éternelles, mais comme nos amours, les amitiés ont parfois une fin. Elles peuvent faire aussi mal que les ruptures amoureuses, preuve de leur importance dans nos vies.

C’est d’autant plus vrai quand la relation amicale était jusque-là solide, de longue date, profonde et chargée de souvenirs. Certains en ont peut-être fait l’expérience depuis le début de la pandémie, un contexte éprouvant pour plusieurs, et qui a parfois mis à rude épreuve les amitiés. 

Une séparation douloureuse aux causes multiples 

Une rupture amicale entraîne un deuil, et si chacun le traverse à sa manière, certains sentiments dominent, comme la colère, la frustration et l’incompréhension... avant de faire place au chagrin. Car après la liste de nos griefs à l’égard de l’autre, un vide s’installe de même qu’une foule de questions, dont la plus importante : comment en sommes-nous arrivés là ? 

Avant toute chose, une relation, quelle que soit sa nature, est plus que la somme de ses parties : elle implique deux personnes, et tout ce qui se passe entre celles-ci. Tant d’événements se produisent et chacun évolue, ce qui peut mettre en péril la relation. De plus, au fil des ans, l’autre ne répond pas toujours à nos besoins et à nos attentes. Parfois, celui-ci en demande peut-être trop, semble trop exigeant, trop rigide, se comporte de façon peu respectueuse à notre endroit, ou encore manque d’empathie. Parfois aussi, les idées et les opinions divergent, les conversations avortent... et certains peuvent éventuellement être amenés à se demander ce qu’il reste de leur relation d’amitié. 

Il arrive aussi qu’une tierce personne vienne se greffer à la relation, particulièrement un conjoint, ce qui modifie la dynamique amicale. Et que dire d’une personne si proche de nous qui décide de changer d’emploi, de déménager, d’avoir des enfants, ou qui perd son conjoint, pour ne nommer que quelques exemples ? Sans compter certaines situations douloureuses. Par exemple, perdre à la fois son conjoint et son ami, parce que partis ensemble, ou alors, lorsque quelqu’un nous rejette sans explication. C’est alors une double peine, et celle-ci est d’autant plus lourde à porter.  

Une pandémie qui a mis à mal nos amitiés

Depuis mars 2020, nos nerfs ont été mis à rude épreuve, et le stress, tant individuel que collectif, a augmenté de plusieurs crans, nous empêchant souvent de prendre le recul nécessaire à la tolérance et à l’empathie dans nos relations, incluant nos liens d’amitié.  

D’autant que pendant cette pandémie, la formule maintes fois répétée, « L’enfer c’est les autres » prenait tout à coup un sens inédit... Nous devions tout à coup nous priver de la présence de nos amis, souvent rassurante et bienfaisante. L’ami n’était plus source de réconfort, mais plutôt une menace à notre santé, ce qui a donné lieu à des compréhensions et des interprétations différentes du lien d’amitié.  

Cet isolement nous aura aussi forcés à un questionnement important, entraînant chez plusieurs un désir de départager les relations qui comptent de celles plus superficielles. Qui sont les personnes réellement importantes à nos yeux ? Qui nous a vraiment manqué ? Et à qui avons-nous manqué ? 

Repenser la relation 

Une peine d’amitié prouve une chose : nous tenions à cette personne. Sinon, à quoi bon cette peine ? Mais au-delà de la tristesse, il y a également une démarche d’introspection à mener.
Tenons-nous à cette relation ? Est-ce que la cassure est définitive ? Pouvons-­nous tenter un processus de réparation ? À moins que cet ami soit disparu ou décédé, une certitude demeure : il n’y a rien d’irréversible dans la vie, pas même les peines d’amitié. Il faut aussi se rappeler que les tensions et les petites ruptures font partie des relations. 

De plus, une relation, quelle que soit
sa nature, implique deux personnes : nous n’avons pas de contrôle sur l’autre, mais nous en avons sur nous-mêmes. Pour qu’un processus de réparation soit possible, il faut savoir se comprendre et se respecter, et en faire de même avec autrui. Ainsi, que ce soit pour prévenir ou encore rétablir un conflit ou une rupture amicale, il faut
savoir communiquer avec l’autre, exprimer ses inconforts, recadrer certaines choses, rectifier le tir, et aussi
réparer lorsque nécessaire. Le tout doit être fait dans le respect et dans l’écoute : il ne suffit pas de dire ce que l’on a à dire, encore faut-il écouter l’autre avec ouverture. Il faut aussi éviter d’entamer de telles discussions lorsque les tensions sont vives et l’atmosphère à couper au couteau, car autrement, c’est un désastre assuré : nous n’aurons ni le recul ni l’écoute nécessaire ! 

Et ma place à moi, dans l’amitié ?

Si les relations jouent un rôle indé­niable dans notre existence et constituent un facteur de protection pour notre santé mentale, nous avons également la responsabilité d’accepter l’autre dans ses différences. Nous nous devons aussi de nous rappeler que personne n’est sur cette terre pour combler tous nos besoins et toutes nos attentes. 

Tout en reconnaissant la richesse de ces relations, et surtout sans minimiser l’impact d’une peine d’amitié, il ne faut pas perdre de vue que nous demeurons, malgré tout... l’artisan de notre bien-être.