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Le danger de s’intoxiquer aux fausses nouvelles

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Voici la défense que présenteront les avocats d’accusés de l’insurrection au Capitole de Washington. Si ces gens ont attaqué un parlement et confronté les policiers, c’est qu’ils étaient intoxiqués aux fausses nouvelles.

Ces avocats devront bâtir un argumentaire prouvant qu’une fois enferré dans le tourbillon des fausses nouvelles, un adulte en perd son libre arbitre. Il ne peut plus distinguer le vrai du faux, ni le bien du mal.

Sauveurs !

Dans le cas des fanatiques de Trump ayant pris d’assaut le Capitole, on les avait convaincus que des malfaiteurs avaient truqué les résultats électoraux pour sortir du pouvoir leur héros Donald Trump. Une fois enfermé dans une telle théorie complotiste, l’individu n’a plus aucun regard détaché sur la réalité.

Pire, il est appelé à se radicaliser dans ses actions. Il faut user de la violence comme dernier recours puisque tout le monde est complice de l’arnaque : les fonctionnaires électoraux, les médias, les tribunaux. La personne ne peut se raccrocher à rien et se sent appelée à faire partie d’une poignée de héros lucides qui sauveront la nation.

Cette défense peut porter à rire. Des gens qui se proclamaient mieux informés que les autres se posent maintenant en victimes de la désinformation. Un adulte doit être tenu responsable de ses gestes et aussi tenu responsable de s’informer à une variété de sources valables.

J’espère qu’avant de laisser leur avocat étaler cette défense, ils ont fait une tournée téléphonique de leurs parents et amis pour s’excuser. On imagine à quel point ils ont pu les harceler avec leurs théories et avec leurs partages de fameuses « vidéos où la vérité sort enfin » !

Mais après réflexion, je ne ris plus. Le phénomène menace l’avenir de notre société, peut-être plus que nous l’imaginons. Et il change des vies.

En mourir

Pensons à Bernard Lachance, ce chanteur célèbre pour avoir rempli une salle de concert à Chicago en vendant lui-même les sièges. Le type avait de l’énergie et de la détermination. Mais il a glissé dans les théories du complot jusqu’à cesser de prendre sa médication et en décéder.

Le pauvre homme se faisait une fierté de ne pas se laisser emberlificoter par le « Big Pharma »... mais achetait à fort prix des cargaisons de produits naturels inutiles. La rumeur veut qu’il ait aussi convaincu d’autres porteurs du VIH de cesser leur médication.

Victime ou coupable ? Pas simple. Surtout qu’il en est décédé. Faut-il rappeler que quiconque commence à regarder des fausses nouvelles sur les réseaux sociaux s’en fait offrir constamment ? Les algorithmes sont programmés ainsi pour vous faire passer un maximum de temps sur le réseau. De quoi perdre le nord.

L’avocat d’un accusé du Capitole a parlé de la désinformation comme d’une « maladie qu’on peut attraper ». C’est gros. Mais souvenons-nous de complotistes qui furent intubés pour les sauver de la COVID-19 et qui disaient au médecin, avant d’être plongés dans le coma : « Je ne crois pas à la COVID. »