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Monsieur Legault, retrouvez votre sang-froid

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Le premier ministre du Québec, François Legault, accompagné de sa conjointe, Isabelle Brais.

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Cette semaine, vous avez, à l’évidence, traversé une épreuve douloureuse pour vous. Votre ministre de l’Économie redevenu simple député l’a bien mis en mots : il a quitté son poste pour ne pas être « toxique » pour vous.

Hier, j’ai écrit : « Pierre Fitzgibbon aurait dû mettre sa superbe au placard et prendre exemple sur François Legault, son ami, lui aussi millionnaire, mais humble, sans cette flamboyance brutale qui est perçue comme un dédain [...]. » 

À l’évidence, vous aviez peine à contrôler votre émotion en chambre en tentant de défendre votre ministre devant les partis d’opposition trop heureux de vous déstabiliser. 

Car vous les connaissiez. Vous avez, poussé par la colère, rappelé que le gouvernement péquiste dont vous faisiez partie ne s’intéressait pas à l’économie, seulement à la souveraineté. C’est exactement ce qu’attendait le chef parlementaire du PQ, Pascal Bérubé, trop content lui aussi d’écorcher votre image. 

L’argent

Dominique Anglade, la cheffe du Parti libéral, vous a interpellé en déclarant que le véritable enjeu, c’est que notre ci-devant ministre ne voulait pas perdre trop d’argent. Or, cela a fait monter votre pression artérielle. Car vous savez que nombre de Québécois n’ont pas d’affection particulière pour les « riches » en général et pour la bourgeoisie d’affaires canadienne-française en particulier. À cet égard, la désignation de « né pour un petit pain » a laissé sa trace jusqu’à aujourd’hui. Le maudit argent demeure un piège en politique.

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Quant aux porte-parole de Québec solidaire, vous les saviez fous de joie. Enfin, ces anticapitalistes au programme économique délirant trouvaient l’excuse parfaite pour vous enrager, et, espèrent-ils, gruger quelques électeurs de plus à la CAQ lors des prochaines élections. 

En décidant hier de voter contre le rapport de la commissaire à l’éthique, votre gouvernement indique à quel point ce dossier vous accable.

Dossier trop personnel

Or, depuis mars 2020, vous, Monsieur le Premier Ministre, avez su tenir le Québec à bout de bras et l’amener vers le déconfinement avec talent et habileté en réussissant à laisser vos états d’âme au placard. Hélas ! comme on dit au Québec, vous prenez l’affaire Fitzgibbon trop « personnelle ». Votre longue expérience politique devrait vous permettre de retrouver un sang-froid à défaut duquel l’énergie pour gouverner normalement à nouveau risque de vous abandonner.

Tous les chefs d’État et de gouvernement ont subi la pandémie. On sait qui sont les forts et qui sont les faibles. Vous faites partie des premiers, comme le prouve l’appui encore massif et exceptionnel que les citoyens vous accordent. Vous faites l’envie de la plupart des dirigeants de l’Occident.

Les trois partis d’opposition n’ont rien à perdre. Ils n’auront de cesse de vous tendre tous les pièges possibles. Les coups bas et la démagogie seront permanents. Il serait absurde que vous craquiez en fin de ce parcours exceptionnel qui a obligé vos adversaires, même les plus acharnés, à reconnaître votre performance. Tous les citoyens du Québec ont besoin d’être accompagnés au cours des mois qui viennent. Donc il serait sage de prendre quelque repos auprès de vos proches, votre femme au premier chef. Car il serait dommage que la colère vous fasse dévier du comportement mesuré de chef d’État qui fut vôtre.