/opinion/columnists
Navigation

Pour la CAQ, c’est le béton avant le monde

Coup d'oeil sur cet article

Personne n’a été surpris d’apprendre, hier, en lisant Le Journal que la facture des projets de maisons des aînés, dont au moins 35 sur 46 se trouveront dans des circonscriptions caquistes, se chiffre désormais à 2,4 milliards de dollars. 

Initialement estimée à 1 milliard, vous pouvez être certains que l’addition va encore augmenter. Avec l’inflation, les coûts des matériaux et la surchauffe dans la construction, partiellement causée par le plan d’infrastructures du gouvernement pour favoriser la relance, il ne faut pas s’étonner que certaines places pour un seul aîné en soient rendues à nous coûter plus d’un million.

C’est beaucoup, beaucoup d’argent, surtout quand on sait qu’il est infiniment moins coûteux de garder les gens qui le désirent chez eux pour vieillir, en leur offrant du soutien financier et des services. Accessoirement, c’est ce que la plupart des personnes désirent.

Sortez le chéquier

Mais faut-il s’en étonner ? Parce que pour notre premier ministre ayant effectué sa formation académique au détour des années 70 et 80, il y a pour chaque problème une solution d’asphalte et de béton.

L’économie souffre d’avoir été ralentie par la pandémie ? Faisons des routes et des bâtisses, comme au temps de Duplessis ! L’investissement dans la recherche, la techno et l’énergie verte, c’est pour quand les choses vont bien.

Les enfants souffrant de difficultés d’apprentissage ont besoin d’être connus plus tôt et de recevoir les services professionnels appropriés ? Parfait ! Construisons des maternelles 4 ans mur à mur, alors que même les plus ardents promoteurs de cette approche disent qu’elle ne vaut rien si on n’ajoute pas plus d’orthopédagogues et d’éducateurs spécialisés. Face à la pénurie, les représentants syndicaux de ces derniers se battent pour bonifier leur échelle salariale à la faveur des actuelles négociations du secteur public, ce que le gouvernement refuse. Et il manque encore 50 000 places en services éducatifs à la petite enfance, notamment parce qu’on manque d’éducatrices.

Il y a de la congestion automobile à Québec et un des ponts la reliant à la rive sud est vétuste ? Pas de problème ! On va élargir les autoroutes et construire le plus gros tunnel autoroutier de l’histoire. Ça coûtera ce que ça voudra, 10 milliards, s’il le faut. Pas de danger qu’on investisse d’abord pour maintenir les actifs existants, qu’on bonifie les sommes arrachées de mauvaise grâce pour le transport en commun et qu’on essaie de réajuster les temps de déplacement sur des routes qui ne sont vraiment sous pression que deux heures par jour.

Ainsi il en va sous François Legault. 

Couper des rubans

C’est une vieille façon de voir les choses. Le Québec est un pays vaste, avec un réseau d’infrastructures très développé et coûteux à entretenir et à déneiger.

On pourrait croire qu’en 2021, après une pandémie qu’on a pu traverser en mobilisant la capacité d’adaptation des gens, le savoir-faire technologique du Québec et le dévouement des employés du secteur public, c’est là-dedans qu’on investirait en priorité.

Mais non. Les firmes de génie-conseil et l’industrie de la construction ont beau nous avoir roulés pendant des décennies, elles ont le mérite de ne pas être syndiquées (pas officiellement, en tout cas...). Et puis quand on signe une nouvelle convention collective ou qu’on envoie plus de préposées chez les aînés, il n’y a ni ruban à couper, ni pelletée de terre à lever, ni plaque commémorative à poser.

Voilà pourquoi, pour les problèmes 2021, on continue d’avoir les solutions de 1971 et qu’on payera pour colmater le plafond des maisons des aînés en 2071.

Parce qu’au Québec, on préfère dépenser dans le béton plutôt que d’investir dans notre monde.