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Une chance qu’il y avait Le Journal

Conf presse Mélanie Joly Pierre Fitzgibbon
Photo d'archives, Chantal Poirier Pierre Fitzgibbon

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J’ai souri en coin, cette semaine, à la vue d’une publication triomphante de Québec solidaire sur les réseaux sociaux à propos du ministre de l’Économie.

« Gain solidaire. La commissaire à l’éthique demande de suspendre le ministre Fitzgibbon », pouvait-on y lire en caractères orange, apposés sur le front du ministre dans une photo peu avantageuse.

Le co-porte-parole de QS Gabriel Nadeau-Dubois a aussi publiquement félicité son député Vincent Marissal, « qui a finalement fait triompher le bon sens et l’éthique ».

Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, lui, faisait ses choux gras du fait qu’un quatrième blâme et une demande de suspension d’un député par la commissaire à l’éthique, c’est du « jamais-vu ».

C’est de bonne guerre que QS et le PQ se bombent le torse. Vrai que Vincent Marissal a probablement été l’élu qui a le plus souvent déchiré sa chemise à propos de Pierre Fitzgibbon dans les derniers mois.

Mais rendons à César ce qui appartient à César, s’il vous plaît.

La plupart du temps, lorsqu’ils se sont levés en Chambre pour s’indigner à propos des intérêts de Pierre Fitzgibbon, ou bien lorsqu’ils ont écrit à la Commissaire à l’éthique pour porter plainte, les députés de l’opposition s’appuyaient directement sur ce qu’ils avaient lu dans Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec le matin même.

Revenons en avril 2019, au moment où les choses ont commencé à tourner au vinaigre pour l’homme d’affaires, qui était devenu député et ministre moins de six mois auparavant.

Nos reportages

Notre Bureau d’enquête a d’abord révélé que le ministre avait été copropriétaire d’une entreprise, Move Protéine, avec celui qu’il venait tout juste de nommer à la tête d’Investissement Québec, Guy LeBlanc. Les deux hommes avaient modifié leur participation commune dans la firme moins de 10 jours avant l’annonce de la nomination de LeBlanc.

Le ministre avait-il contrevenu aux règles en donnant des instructions pour se départir de ses actions, pourtant placées dans une fiducie sans droit de regard ? 

Dans les heures suivant la publication de notre premier reportage, le 18 avril, QS et le PQ expédiaient des lettres à la commissaire Ariane Mignolet pour lui demander de se pencher sur le cas du ministre.

À partir de là, la commissaire n’a pas manqué de boulot et est revenue embêter régulièrement Pierre Fitzgibbon.

En parallèle, nos révélations se sont poursuivies et elles ont été multiples. 

Par exemple, quand nous avons publié que l’homme à qui Fitzgibbon avait vendu ses actions de Move Protéine, Luc Laperrière, était... un lobbyiste actif auprès de lui.

Ou encore, quand nous avons montré des images du ministre qui participait à une annonce à Las Vegas en compagnie de la PDG d’ImmerVision, une entreprise dont il essaie encore de vendre ses actions.

Questions morales

Aux questions de conflits d’intérêts potentiels s’ajoutaient la nature même de certains investissements, très discutables sur le plan moral. ImmerVision a été liée à une société chinoise qui fabrique des caméras utilisées dans les camps de détention des Ouïghours en Chine.

Parlant de morale, nous avons aussi révélé que son autre investissement à vendre, dans le fonds White Star, était géré depuis un paradis fiscal bien connu.

Autant de reportages qui n’ont cessé d’alimenter les partis de l’opposition et la commissaire à l’éthique jusqu’à ce jour.

Pour qu’une démocratie fonctionne, ça prend l’heureux mélange d’une opposition politique frondeuse, d’une commissaire à l’éthique qui ne se laisse pas impressionner et d’une presse forte qui déterre la vérité.

Dans l’affaire Fitzgibbon, cet heureux mélange semble avoir joué son rôle. 

Jean-Louis Fortin
Directeur du Bureau d’enquête

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