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[EN IMAGES] Voici 11 anciennes publicités murales toujours visibles à Québec

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Anciennement, des commerçants de toutes catégories utilisaient les murs de bâtiments pour y faire peindre des annonces publicitaires de leurs entreprises ou de leurs produits. On les retrouvait sur leurs propres édifices, ou encore ils louaient un mur particulièrement bien situé.

Québec n'a pas échappé à cette façon de faire. Il fut une époque où des dizaines de réclames murales ornaient les rues. Cette pratique est disparue, mais il demeure plusieurs de ces anciennes publicités. Certaines sont très belles. Elles nous donnent un échantillon de l'histoire commerciale de la ville. 

Malheureusement, ces reliques pâlissent et plusieurs disparaissent, par l'usure du temps et simplement parce qu'elles sont sacrifiées par un propriétaire qui ne voit pas l'intérêt de la conserver. Ce patrimoine commercial, voire artistique, est très fragile. 

Suivez-nous dans ce parcours des anciennes publicités murales.

1) Hayden's & Wexford House (448-450, rue Champlain)  

Photo Jean-François Caron

La raison sociale de l'auberge Hayden's & Wexford House peinte sur un édifice de la rue Champlain date probablement des années 1880 et elle est associée à l'aubergiste James Hayden (Heyden). Il s'agissait d'un Irlandais, probablement originaire du comté de Wexford en Irlande. 

La première mention documentée qu'on a de lui à Québec remonte à janvier 1848, dans le registre de la paroisse Notre-Dame de Québec, à l'occasion du mariage de sa fille Maria avec Francis McLaughlin. Par la suite, il apparaît une première fois dans l'annuaire des adresses de la ville en 1850. Il est alors sur la rue Champlain et il tient une taverne. Ce statut est confirmé dans le recensement du Canada pour 1851. 

Au fil du temps et comme plusieurs autres, il aura probablement été victime des nombreux incendies et éboulis qu'a connu ce quartier au XIXe siècle. Par conséquent, il changera souvent d'adresse. Ainsi, l'édifice sur lequel est peinte la publicité dont nous discutons actuellement n'apparaît pas encore sur la carte d'assurance de Québec pour 1871. D'une année à l'autre, les annuaires le désignent parfois comme tavernier, aubergiste, hôtelier et même épicier. 

Il meurt en 1868 et c'est son épouse, Margaret Corcoran, qui prend la relève. Lorsqu'elle décède à son tour en 1881, c'est leur fils Michael qui prend les commandes l'auberge. C'est probablement ce dernier qui s'installe dans l'actuelle maison de la rue Champlain. Lorsqu'il meurt en 1902, ce commerce disparaît définitivement des annuaires. 

Néanmoins, l'édifice a retrouvé sa fonction d'antan puisqu'on y retrouve aujourd'hui un établissement «Couette et café» qui utilise la raison sociale d'autrefois.

2) Miles Howe (427, rue Champlain)  

Photo Jean-François Caron

Près de la rue des Sapeurs se trouve une annonce publicitaire sur laquelle on peut toujours lire «181 M. HOWE 181». Il s'agit de la résidence de Miles Howe. Il a habité cette maison avec sa famille pendant près de 40 ans. 

Il était natif de Thurles, comté de Tipperary, en Irlande, et il était arrivé à Québec vers 1853. En 1855, il épousait Elizabeth Christie à la basilique de Québec. 

À l'instar de bien des Irlandais du Cap-Blanc, il était débardeur. Il acquiert cette maison vers 1860 et dès lors, en marge de son travail sur les quais du port de Québec, il y tient un commerce. Son épouse y jouait certainement un rôle majeur. Durant une dizaine d'années, ils opéreront une épicerie puis, en 1870, une taverne. L'année suivante, ils fermeront boutique, mais l'annonce demeurera en place. Elle indiquait son nom, mais également son adresse, soit «181». 

Il meurt en janvier 1897 d'une pneumonie, à Pensacola, dans le nord-ouest de la Floride. Sa veuve continuera d'habiter l'endroit encore quelques années, malgré le fait que la Cité de Québec leur avait saisi cette maison en 1889 pour défaut de paiement.

3) Sweet Caporal (113, rue Saint-Pierre)  

Photo Jean-François Caron

L'une des anciennes annonces publicitaires murales les plus connues à Québec est sans doute celle de la marque de cigarettes Sweet Caporal, Sweet Caps comme on l'appelait. Elle est peinte au sommet d'un édifice de la rue Saint-Pierre et elle est visible depuis la rue Saint-Paul. 

Cette marque était manufacturée par l'Imperial Tobacco. Elle était très populaire, notamment en raison du fait qu'on incluait au paquet de cigarettes des cartes de baseball et de hockey à collectionner. Cette marque a existé jusque dans les années 1970.

4) Apothecaries’ Hall (sur la rue Sainte-Famille, au coin de la côte de la Fabrique)  

Photo Jean-François Caron

Au sommet de la rue Sainte-Famille, immédiatement au coin de la côte de la Fabrique, subsiste le vestige délavé d’une ancienne publicité. Il s’agit de l’Apothecaries’ Hall, jadis le site d’une pharmacie. 

Ce secteur, voisin de la basilique-cathédrale, était depuis longtemps prisé par les apothicaires. En effet, l'édifice à la façade courbée situé juste en face et occupé aujourd'hui par le pavillon d'accueil du Musée de l'Amérique francophone a accueilli des «droguistes» dès 1829; d’abord, John James Sims, puis George Germain Ardouin, et enfin John E. Burke. Ce dernier y tiendra son commerce jusqu’en 1895 alors que la Quebec Bank prend sa place. 

Photo Jean-François Caron

La même année, dans l’édifice du coin opposé et occupé récemment par la Boutique Feejos, William Henry LaRoche ouvre son «apothecary». Il prenait la place d’un bureau du Canadian Pacific Railway. Depuis 1870, LaRoche occupait un édifice situé au coin des rues De Buade et du Trésor. Son fils John Henry opérera l’Apothecaries’ Hall jusqu’en 1942. Seule l’ancienne annonce nous rappelle son existence.

5) Henri Turcotte Limitée (734, rue Saint-Joseph Est)  

Photo Jean-François Caron

Au début des années 1930, Henri Turcotte est voyageur de commerce. En 1936-1938, il est à l'emploi du Service de Radio Frontenac. En 1938, il ouvre un magasin de meubles sur le boulevard Charest. Les affaires prospèrent et en 1942, il emménage dans un nouveau local situé sur la rue Saint-Joseph. Il y demeurera jusqu'en 1963 alors qu'il déménage sur la rue de la Couronne. Le commerce y sera en activité jusqu'en 1980. 

À la fin des années 1940 et au début des années 1950, l'entreprise aura eu un entrepôt sur la rue Saint-Paul. Le seul souvenir qui demeure de cette entreprise commerciale est son ancienne annonce publicitaire peinte sur un mur de briques du commerce Artopex de la rue Saint-Joseph. On peut toujours la voir au sommet de la façade ouest de l'édifice.

6) P.T. Légaré Ltée (600, rue Saint-Joseph Est)  

Photo Jean-François Caron

Au début du XXe siècle, la Compagnie P.T. Légaré Limitée est un véritable empire commercial au Québec. Fondée à la fin du XIXe siècle par Pierre-Théophile Légaré, on y fabrique et on y vend des voitures, de la machinerie agricole et des meubles. 

L'entreprise a des succursales dans 25 villes, dont Montréal et Sherbrooke. Le siège social de la compagnie est situé à Québec, sur la rue Saint-Paul. 

Un des rares souvenirs qui demeurent de cette ancienne entreprise jadis florissante est sa publicité peinte sur la façade ouest d'un édifice de la rue Saint-Joseph Est, au coin de la rue de la Chapelle, occupé aujourd'hui par la boutique Chaussures Fillon.

7) La Quebec Heel Co. Limited (185, rue Christophe-Colomb Est)  

Photo Jean-François Caron

Pendant cent ans, des années 1860 aux années 1960, l'activité économique du quartier Saint-Roch est dominée par l'industrie du cuir, soit par la fabrication des chaussures et par les tanneries. Les manufactures et les usines sont concentrées dans le quadrilatère délimité par les rues Dorchester, Arago, Langelier et le boulevard Charest. Il reste bien peu de traces de cette époque, sinon cette vieille annonce peinte sur une façade de la rue Christophe-Colomb, au coin de la rue Nazaire-Fortier (anciennement la rue Alfred). Nazaire Fortier était d'ailleurs un tanneur de la rue Saint-Vallier.

Cette annonce rappelle la présence de la Quebec Heel Co. Lmited. Comme son nom l'indique, il s'agissait d'une manufacture de talons, mais également de renforts, d'articles entrant dans la fabrication des chaussures et dans le commerce du cuir. En plus de l'usine, l'édifice abritait un entrepôt. 

L'entreprise reçoit ses lettres patentes en 1919 et elle sera légalement dissoute en 1963. Elle sera toujours sous l'administration du Montréalais Louis-Henri Dupré, mais elle sera gérée à partir de Québec par Joseph-Aquila Rodrigue. Cette ancienne publicité témoigne donc de l'âge d'or de l'industrie du cuir à Québec.

8) Parisian Corset Manufacturing Company Limited (face au 71, rue Christophe-Colomb Est et au fond de la cour voisine)  

Photo Jean-François Caron

Fondée en 1894 par Alfred Ross, la Parisian Corset Manufacturing Company Limited était d'abord située sur la rue Caron. Il s'agissait d'une entreprise de fabrication de corsets. Elle était en compétition directe avec sa rivale la Dominion Corset, mais sans jamais lui avoir vraiment nui. 

Vers 1910, l'entreprise déménage sur la rue Saint-Vallier, au coin de la rue Turgeon (aujourd'hui la rue Richard-Burke), immédiatement à l'est du boulevard Langelier. Elle a deux façades à l'arrière, sur la rue Colomb Est (aujourd'hui rue Christophe-Colomb). C'est sur celles-ci qu'apparaissent les publicités peintes. 

Photo Jean-François Caron

La première, au fond d'une cour, annonce un produit de la Parisian Corset, soit le corset Nature's Rival. L'autre se trouve directement sur la rue et annonce un autre produit, le corset Le Gant. Est bien malin celui qui aurait pu associer ces deux marques à des corsets. 

La Parisian Corset sera en activité à Québec, à cet endroit, jusque dans les années 1960.

9) Dr Ed. Morin & Cie (260, rue Saint-Vallier Ouest)  

Photo Jean-François Caron

Édouard Morin étudie au Séminaire de Québec, puis il fait sa médecine à l'Université Laval. Il devient médecin en 1878. Il ouvre dès lors une pharmacie dans le faubourg Saint-Jean, sur la rue éponyme, au coin de la côte Sainte-Geneviève. Il y demeurera jusqu'en 1896 alors qu'il déménage sur la rue Saint-Pierre puis, en 1904, dans la côte de la Montagne. Son commerce y aura pignon sur rue jusqu'en 1934. 

À partir de 1887, il lance ses médicaments brevetés. Il vendra ses produits partout au Québec et aux États-Unis où, à partir de 1897, il aura un agent à Boston. Il produira notamment un onguent miraculeux contre les maladies de la peau, des pastilles contre les vers, du sirop calmant pour les enfants (l'ancêtre du Ritalin?), du vin au créosote anti-consomptif et du vin au quinquina contre l'anémie. 

C'était l'époque des remèdes miracles. Il faisait beaucoup de publicité dans les journaux et les annuaires, de même que sur des murs d'édifice des rues passantes, comme sur la rue Saint-Vallier Ouest, face à la rue Père-Grenier. 

Édouard Morin est décédé en 1909. C'est son fils Louis-Édouard qui a par la suite pris sa relève.

10) L'épicerie Cantin (423, rue Bagot)  

Photo Jean-François Caron

Dans le quartier Saint-Sauveur subsiste le vestige d'une épicerie de coin de rue, celle de Raymond Cantin. Celui-ci était commis-épicier à Québec alors que son frère Ludger était teneur de livre. 

En 1910, ils s'associent sous la raison sociale de Cantin & Frères, épiciers, ayant pignon sur la rue Saint-Joseph. Le 24 mai 1911, Raymond annonce qu'il quitte l'association pour ouvrir sa propre épicerie dans la maison qu'il vient d'acquérir au coin des rues Bagot et Saint-Germain. C'est vraisemblablement à cette occasion qu'il fait peindre son annonce sur sa maison. 

À peine quatre mois plus tard, le 1er octobre, l'intérieur de l'édifice est complètement détruit par un incendie. Il est aussitôt reconstruit, mais sera dorénavant occupé par un autre épicier, Alphonse Turgeon. 

Quant à Cantin, il ouvre une nouvelle épicerie sur la rue Saint-Olivier du faubourg Saint-Jean. Il est tout de même étonnant que, dans ce contexte, Turgeon ait conservé cette publicité sur son commerce. Peut-être voulait-il profiter de la notoriété de Cantin.

11) Les cigarettes Grads (1384, chemin Sainte-Foy)  

Photo Jean-François Caron

C'est en 1841 que Barthélemi Houde ouvre sa manufacture de tabac, la B. Houde & Cie. À la suite de l'incendie du faubourg Saint-Jean survenu le 28 juin 1845, elle s'installe sur la rue Richelieu, au coin de la rue Sainte-Claire. À Montréal, dans les années 1880, Louis-Ovide Grothé crée la L.O. Grothé & Cie, une autre manufacture de tabac, rivale de celle de Houde. Les produits de Grothé étaient en vente à Québec, dont les cigares Ovido, Boston et Peg Top. En 1942, l'Imperial Tobacco acquiert Grothé et, l'année suivante, Houde. La Compagnie B. Houde & Grothé Limitée est ainsi créée.

Déjà avant la fusion, Grothé produisait les cigarettes Grads. La nouvelle compagnie continuera à les fabriquer. Cette marque de cigarettes est oubliée depuis longtemps. Néanmoins, dans le quartier Saint-Sacrement, sur l'édifice du restaurant La Girolle, la publicité de cigarettes Grads est toujours visible, bien que très pâle. Elle date certainement d'avant 1943 puisque seule la maison Grothé y est mentionnée.

Un texte de Jean-François Caron, historien, Société historique de Québec  

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