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Infatigable Sophie Lorain

Infatigable Sophie Lorain
Photo leconsulat.ca, Jocelyn Michel

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C’est bien connu, la pandémie a frappé de plein fouet l’industrie culturelle, freinant les élans de nos artistes. Sophie Lorain n’y a évidemment pas fait exception. Mais après une pause de tournage, elle a repris le travail à vitesse grand V, amorçant ce qu’elle qualifie de « marathon »... et dont elle commence à peine à voir poindre le fil d’arrivée.

Le nom de Sophie Lorain est sur toutes les lèvres, ces temps-ci. Et son visage, sur tous les écrans (enfin, presque). Les séries Portrait-Robot et Sortez-moi de moi cartonnant sur leurs plateformes respectives – Club illico et Crave –, les téléphiles ont présentement droit à une double dose de la comédienne de 63 ans.

Et c’est loin d’être tout. Car en marge de ces sorties, elle pilote deux autres projets, qui la placeront cette fois-ci derrière la caméra. 

D’autres projets en chantier

Le premier : Un lien familial, l’adaptation télévisuelle du roman à succès de Nadine Bismuth qu’elle réalise et coproduit par ALSO, la société fondée avec son conjoint, Alexis Durand-Brault.

Le second : Mégantic, une série s’inspirant de la tragédie ayant coûté la vie à 47 victimes à l’été 2013, pour lequel elle compte se coiffer du seul titre de productrice. 

Bref, Sophie Lorain ne chôme pas. Ç’aurait d’ailleurs été mal la connaître que de penser que la pandémie allait la paralyser longtemps. 

« En fait, on a harcelé le gouvernement pour pouvoir reprendre le travail », dit en riant celle qui a défendu le rôle-titre de la série Fortier au début du millénaire.

« On savait qu’il y avait des pays qui avaient recommencé des tournages avec des protocoles spécifiques. On en a proposé plusieurs – certains ont été refusés –, mais on s’est finalement entendus sur celui qui est utilisé présentement », ajoute-t-elle. 

Réalité transformée

Le chemin de retour vers les plateaux de tournage a toutefois été une route sinueuse. Car la réalité – tant devant que derrière les caméras – s’est transformée considérablement au fil des derniers mois (et des mesures sanitaires). 

Non seulement les coûts de production ont grimpé en flèche avec la flambée des prix des matériaux de construction, mais la réalité pandémique et la distanciation physique qu’elle impose causent bien souvent des maux de tête sur le terrain.

« Tout est beaucoup plus long, les mises en scène doivent être repensées de manière complètement différente. Il faut être créatif, faire toutes sortes de pirouettes pour ne pas que ça paraisse à l’écran, surtout dans les scènes où une proximité est nécessaire », explique Sophie Lorain. 

Un « casse-tête »

Pour Portrait-Robot et Sortez-moi de moi, la transition s’est faite sans grand heurt, les intrigues amoureuses étant relayées au second plan. Mais pour Un lien familial, dont le tournage s’achève au moment d’écrire ces lignes, les mesures sanitaires se sont avérées plus contraignantes.  

« Tourner une histoire d’amour, en pleine pandémie, c’est tout un casse-tête. Est-ce que je le referais ? Je n’en suis pas certaine », avance Sophie Lorain. 

« Mais en même temps, on a accepté ces conditions, alors il faut les assumer. Et on est chanceux de travailler. Il y a tellement de corps de métier qui sont encore aujourd’hui au ralenti. On ne peut qu’espérer que tout va être plus facile quand on sera tous vaccinés », ajoute-t-elle.   


♦ Les séries Portrait-Robot et Sortez-moi de moi sont présentement diffusées sur Club illico et Crave, respectivement. 

♦ Un lien familial est attendu sur Tou.tv en août. 

Mégantic: «C’est plus grand que nous »  

Sophie Lorain savait très bien qu’elle se frottait à un sujet délicat avec son projet de série sur la tragédie de Lac-Mégantic. Mais elle assume complètement sa démarche. « C’est important de reconnaître cette histoire, cette tragédie », plaide-t-elle. 

Les événements de Lac-Mégantic, où 47 personnes ont perdu la vie lors d’un déraillement ferroviaire à l’été 2013, ont marqué au fer rouge les Québécois. Ça, la comédienne en est bien consciente. Il fallait donc s’attendre à ce qu’une série s’en inspirant en froisse certains. 

« Est-ce que j’ai été surprise des réactions négatives ? Pas du tout. Mégantic, c’est une histoire choquante, une tragédie qui est arrivée chez nous », avance celle qui agira à titre de copro-ductrice avec Alexis Durand-Brault. 

« Chaque personne vit son deuil différemment. Pour certains, il ne sera jamais terminé, alors pour eux, il n’y a plus rien à dire. Ils sont en colère, et c’est totalement justifié. Mais il y a des gens – et ils sont nombreux – qui ont besoin de se confier, de partager leur témoignage », poursuit Sophie Lorain. 

Ces derniers, le scénariste Sylvain Guy leur a tendu une oreille attentive, recueillant leurs confidences et témoignages au fil des trois dernières années. C’est ainsi qu’il a bâti une série dramatique, articulée autour de sept personnages dont le destin sera chamboulé par les événements de la nuit du 5 au 6 juillet 2013. 

Pas un documentaire

Sophie Lorain est d’ailleurs catégorique : il ne s’agit pas d’un documentaire. On y revivra la tragédie et ses contrecoups, mais dans la perspective de personnes touchées de près ou de loin par les événements. 

« La tragédie, on l’a vue aux nouvelles. On l’a absorbée. Ce qui nous intéresse, c’est le côté humain, de voir comment le parcours d’une vie entière peut basculer en un instant. On n’a pas envie d’aller dans le côté politique ou ferroviaire », insiste-t-elle. 

Et ne vous attendez pas à voir la comédienne apparaître à l’écran dans cette série, attendue l’an prochain sur Club illico. Car Sophie Lorain a bien l’intention de bâtir sa distribution sans s’appuyer sur les stars du petit écran. 

« On a fait le vœu de prendre des acteurs moins connus du grand public. Je pense qu’il en va de la crédibilité de l’histoire. Parce que Mégantic, c’est plus grand que nous ; ça n’a pas besoin de figure de proue pour être raconté », avance-t-elle. 


♦ Le tournage de Mégantic s’amorcera en août.