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Le bon docteur

Team of Surgeons Operating.
Photo Adobe Stock Des médecins dans une salle d’opération.

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En février, il me restait peu de temps à vivre si on ne me transplantait pas de nouveaux poumons.

Une course contre la montre s’était engagée depuis janvier, alors que ma fibrose pulmonaire progressait rapidement et que la pandémie freinait les dons d’organes et les chirurgies.

Ma vie continue grâce à une personne qui a fait don de ses organes, à une équipe médicale hors pair et au soutien de mon entourage.

La bienveillance

Le bon docteur, c’est Charles Poirier, le directeur médical du programme de transplantation pulmonaire du CHUM. Il passe régulièrement à ma chambre pour savoir comment je vais et me faire part des résultats d’examens et d’interventions.

Fort généreux de son temps, il considère important d’établir un rapport de proximité avec ses patients, car il les suit pendant plusieurs années.

Il quitte la chambre généralement en me disant de ne pas lâcher et il me touche la jambe ou l’épaule. Même si certains croient que je suis un miraculé, je sais que ce n’est pas l’imposition de sa main qui m’a guéri. Elle m’a toutefois gardé de ce côté-ci du mur.

Il faut vivre l’expérience d’une greffe pour réaliser le nombre impressionnant de ressources humaines mobilisées pour te soigner et te garder en vie, entre autres, pneumologues, cardiologues, anesthésistes, chirurgiens thoraciques, intensivistes, infirmières, préposées, inhalothérapeutes, physiothérapeutes, ergothérapeutes, nutritionnistes et orthophonistes, sans oublier le personnel d’entretien en cette période de COVID-19.

Toutes ces ressources partagent le même dévouement que le docteur Poirier. Rapports humains chaleureux et bienveillance habitent chacune de mes journées.

Hospitalisé depuis cinq mois, j’apprécie encore mieux notre système de santé, son accessibilité et sa célérité lorsqu’une vie est en jeu !

Le don d’organes

J’ai vécu la peur de ne pas avoir de nouveaux poumons avant que les miens lâchent et que je prenne le chemin du cimetière. Une telle expérience te transforme rapidement en militant du don d’organes.

Un premier réflexe incite à proposer des modifications aux lois pour que chacun soit présumé donneur à moins de s’être désisté valablement.

Une telle proposition susciterait probablement un autre débat sur les libertés individuelles avec des complotistes à l’avant-plan pour faire croire qu’on prélèvera des organes sur des personnes qui ne sont pas mortes.

Je ne nourris pas de crainte sur cette éventualité, car la mort cérébrale est constatée avec des instruments fiables. Encore mieux, les médecins qui opèrent les transplantations et ceux qui déclarent cliniquement morts les donneurs ne sont pas les mêmes et ne communiquent pas entre eux.

Pour le docteur Poirier, la meilleure solution consiste toutefois à en parler avec son entourage et à inscrire sa volonté de donner ses organes dans un acte notarié. Transplant-Québec serait avisé immédiatement de cette volonté.

Ces conversations et ces engagements à donner ses organes ne font mourir personne avant son temps, mais ils peuvent prolonger des vies.

Pensez à vous et à vos proches tout en donnant au suivant.