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Santé mentale: l’anxiété exacerbée par la pandémie

Plusieurs Québécois ont dû apprendre à vivre avec des troubles anxieux depuis un an

Lylia Masson
Photo Chantal Poirier Lylia Masson, 28 ans, a vu sa personnalité changer avec la pandémie et le confinement, faisant pour la première fois des crises de panique plusieurs fois par jour, et commençant à avoir peur de voir du monde et de l’avenir.

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Angoisse d’être dans un endroit fermé avec des inconnus, peur d’attraper la COVID ou encore crainte de ce que sera l’avenir : la pandémie a radicalement chamboulé la vie de certaines personnes qui ont développé pour la première fois des troubles anxieux.

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« J’ai toujours été une personne super joviale, bonne vivante et qui ne faisait pas d’anxiété.
Mais (...), je ne suis plus la même. Je fais en moyenne trois crises de panique par jour », relate Lilya Masson, une jeune femme de 28 ans qui vit près de Vaudreuil-Dorion, en Montérégie.

Habituée à travailler sous pression, Mme Masson ne pensait pas qu’un jour elle serait aux prises avec des crises de panique. Grâce au travail effectué avec son psychologue, elle comprend que son anxiété est liée au fait que les choses ont beaucoup changé et qu’elle ne sait plus où elle s’en va. Selon elle, le début de ses crises concorde avec le premier anniversaire de la pandémie.

« La première fois que ça m’est arrivé, en mars 2021, je croyais que je faisais un AVC donc je suis allée à l’hôpital. Au final, ils m’ont dit que j’avais fait une crise d’angoisse », explique celle qui travaille dans une gazonnière.

  • Écoutez l’entrevue de Dre Christine Grou, psychologue et présidente de l'Ordre des psychologues du Québec

Frein au quotidien

De son côté, une résidente de Québec âgée de 29 ans, Élyse Gaumont-Falardeau, a commencé à faire de l’agoraphobie, quelques mois après le début de la pandémie.

« Je ne vais plus à l’épicerie et si j’y vais, j’y vais avec mon conjoint pour être sûre de pouvoir partir rapidement au besoin. En gros, dans tous les espaces fermés avec des gens, c’est la crise de panique assurée » lance-t-elle.

« C’est comme si je n’étais plus habituée à sortir et à être enfermée avec plein de gens », souffle celle qui travaille dans une garderie.

Pour Ariane Champagne, une Montréalaise de 25 ans qui a eu un diagnostic de trouble d’anxiété et de dépression il y a deux ans, la pandémie a aussi chamboulé son quotidien.

« J’ai commencé à avoir peur de mes collègues et des clients à la pharmacie [où elle travaille]. Dans le métro, j’essaie de garder mon équilibre pendant mon heure de trajet pour ne rien toucher et éviter d’attraper la COVID. Et aller à l’épicerie aussi, c’est devenu difficile », explique-t-elle.

Augmentation

Depuis le début de la crise sanitaire, les professionnels de la santé constatent qu’il y a plus de gens qui souffrent de troubles anxieux et d’anxiété au Québec.

À l’organisme Relief, qui soutient les personnes vivant notamment avec l’anxiété, le nombre d’interventions auprès de gens n’ayant pas de problèmes a doublé en une année.

« La pandémie est un énorme stress social et c’est venu affecter tout le monde d’une manière ou d’une autre », laisse tomber le directeur de l’organisme, Jean-Rémy Provost.

Selon un sondage réalisé par l’Ordre des psychologues du Québec auprès de ses membres, près de 86 % des répondants affirment avoir une augmentation des consultations pour l’anxiété et les troubles anxieux.

Normal d’être anxieux, selon des spécialistes  

En période de crise, il est totalement normal de faire de l’anxiété ou de voir ses symptômes s’accentuer, rappellent des spécialistes.

« C’est la situation qui est anormale. Elle est très anxiogène, d’une part parce qu’elle est imprévisible et qu’on n’a aucun contrôle, mais en plus, pour beaucoup de personnes, c’est une menace sur la santé », souligne Christine Grou, psychologue et présidente de l’Ordre des psychologues du Québec.

Depuis un an, les facteurs de stress se multiplient : peur du virus, pression avec le télétravail, pression financière, enfants à la maison ou distanciation sociale. 

« C’est une situation qui nous prive des contacts humains qui sont souvent un facteur de protection pour la santé psychologique des gens », explique-t-elle.

Jean-Rémy Provost, directeur général de l’organisme Relief, abonde dans le même sens.

« Tout d’un coup, au même moment, nous n’avons plus d’échappatoire. Si ça faisait du bien d’aller au théâtre, de jouer au hockey, d’aller à un souper entre amis, ça pouvait compenser une anxiété qui était là, mais pas trop présente, explique-t-il. Là, quand ça a été coupé, ça a enlevé les facteurs de protection et ça devient de plus en plus difficile ».  

Ne pas hésiter

Pour M. Provost, il faut accepter le fait d’être plus anxieux et surtout ne pas hésiter à consulter.

« Quand on sent que notre vie quotidienne est chamboulée, qu’on sent que ça ne va vraiment pas bien, que le sommeil, l’appétit, l’attention sont moins présents, il ne faut pas hésiter à consulter », soutient M. Provost.

Et pour faire baisser son niveau d’anxiété, il ne faut pas hésiter à faire des activités quotidiennes qui nous rendent heureux, explique-t-il.

« Ça peut être une marche pour quelqu’un [...] écouter de la musique pour un autre ou regarder une série qui nous fait décrocher. L’important c’est de se demander : qu’est-ce qui me procure du plaisir », ajoute-t-il.

Que faire en cas de crise de panique ?   

  • Ne faites rien : lâchez prise, ne tentez pas de contrôler votre panique, car elle va passer rapidement, comme une vague.      
  • Faire une méditation dirigée via une application      
  • Prendre de grandes respirations pendant cinq minutes afin de faire baisser son rythme cardiaque.        

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