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Cette députée a-t-elle un coeur?

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Photo Adobe Stock Vivre avec une déficience intellectuelle ne doit plus être un motif d’exclusion sociale, économique, politique ou de lieu de résidence.

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Son nom est Lorraine Richard. Sous la bannière du PQ, elle est députée de Duplessis. Si vous ne la connaissiez pas, malheureusement pour de très mauvaises raisons, vous ne pourrez plus l’oublier.

La semaine dernière, Mme Richard s’est dite opposée à la présence de personnes ayant une déficience intellectuelle dans la future maison des aînés prévue dans sa région

Ses paroles, rapportées par Radio-Canada, étaient blessantes. « J’ai pas besoin d’être gériatre pour savoir qu’une clientèle de personnes aînées ne se mélange pas avec des personnes qui ont des déficiences intellectuelles ». 

Elle se disait même inquiète de voir des aînés obligés de partager des « aires communes », dont la cafétéria, avec « ces gens » -là. Ça ne s’invente pas. 

Mme Richard n’est pas gériatre. Soit. Sa sortie devrait néanmoins alerter un cardiologue. Question de voir si son cœur, au sens figuré, fonctionne.  

Dans les médias sociaux, ses propos hautement discriminatoires lui ont valu une volée de bois vert. Familles outrées. Organismes en colère. Médecins et chercheurs interloqués. 

Voilà qui, en même temps, aura eu le mérite de braquer les projecteurs sur un grave problème. Celui de la rareté inquiétante de formules résidentielles diversifiées et adaptées aux personnes ayant une déficience intellectuelle (DI), jeunes adultes, vieillissantes ou aînées.

Hybrides et flexibles

Pour ces adultes plus autonomes, il manque d’appartements bien supervisés. Pour tous ceux qui, majoritaires, ne le sont pas, des familles aimantes, par manque de soutien sérieux à la maison, s’épuisent en vivant avec leur enfant adulte, frère ou sœur handicapé. 

Certaines familles se voient même obligées par des CIUSSS d’accepter un « placement » dans la ressource subventionnée intermédiaire (RI) ou de type familial (RTF), qu’on leur impose. Et ce, même si ça ne répond pas aux besoins de leur être cher. 

Si une famille la refuse, on la menace de la rayer de la liste d’attente. Imaginez vivre un tel cauchemar. Imaginez le vivre quand votre être cher vieillit à son tour et se fragilise.  

Certains adultes ayant une DI, même jeunes, atterrissent déjà dans des CHSLD. Est-ce vraiment là qu’ils peuvent s’épanouir ? Poser la question... 

Et dans les futures maisons des aînés, dont Mme Richard parle ? Promises comme des milieux de vie à échelle humaine, certains aînés ayant une DI plus lourde y seront sûrement bien accueillis. Ce qui, je crois, s’appelle le « vivre ensemble ».

Et les autres ?

La question qui tue demeure toutefois entière. Que fera-t-on pour les milliers d’autres adultes en situation de handicap intellectuel, jeunes et vieux, dont les besoins et aspirations sont spécifiques à chacun et chacune ? 

Au gouvernement, il faudra penser « en dehors de la boîte ». Écouter les personnes handicapées, leurs familles et les organismes qui les défendent. Ils foisonnent d’idées novatrices. 

S’inspirer à l’étranger de modèles plus humanistes. Offrir un vrai soutien continu à domicile, que la personne handicapée vive ou non avec sa famille. 

Pour l’hébergement, il faut multiplier des formules hybrides et flexibles, dont des RI à temps partagé avec la famille, des répits prolongés, etc. 

Des vedettes bien intentionnées lancent des fondations pour financer un nombre restreint de places innovatrices, mais qu’arrive-t-il à la multitude qui n’y aura jamais accès ? 

Les personnes ayant une DI ont droit au bonheur. Elles ont le droit de vivre au sein de la communauté et non pas ghettoïsées. Comme ma « petite » sœur Manon, toutes et tous NOUS rendent meilleurs. 

Vivre avec une déficience intellectuelle ne doit plus être un motif d’exclusion sociale, économique, politique ou de lieu de résidence.

Leur vraie « place », pleinement soutenue par des services publics imaginatifs et de qualité, est parmi nous.