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Famille musulmane décimée: Trudeau dénonce l’attaque «terroriste» de London

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Après un moment de silence à la Chambre des communes mardi matin, Justin Trudeau et les oppositions ont pris la parole pour dénoncer l’attaque «terroriste» et «motivée par la haine» de London, dans lequel quatre membres d’une famille musulmane ont été tués.

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«Ce n’est malheureusement pas un cas isolé», a déclaré le premier ministre, en prenant pour exemple la tuerie de la mosquée de Québec, l’attaque au couteau devant une mosquée de Toronto en septembre et les attaques contre les musulmanes noires à Edmonton.

Ce nouvel incident s’est produit dimanche dernier, alors que la petite famille faisait une promenade de soirée, lorsque l’assaillant en véhicule a foncé en leur direction à toute vitesse. Seul un membre de la famille, un enfant de 9 ans, a survécu. Il se trouve actuellement à l’hôpital.

C’est au lendemain de l’attaque que le chef de la police de London a affirmé que avait été «planifiée, préméditée et motivée par la haine».  

  • Écoutez l’entrevue de Boufeldja Benabdallah, cofondateur du Centre culturel islamique de Québec 

«On ne doit pas s’habituer à cette violence. On ne doit pas se laisser désensibiliser. On ne peut pas accepter que ça devienne normal. Chaque fois qu’on est témoin de cette haine, on doit la dénoncer», a poursuivi M. Trudeau.

Le gouvernement continuera de «combattre la haine en ligne et hors ligne», a promis le premier ministre, en rappelant que le Canada avait désigné le groupe d’extrême-droite des Proud Boys comme entité terroriste au début de l’année.

Justin Trudeau se déplacera à London mardi soir pour participer à une vigile en mémoire de l’attentat.

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«C’est ça, notre Canada»

Les chefs des oppositions se sont joints au gouvernement pour offrir leurs condoléances aux musulmans du pays et dénoncer la haine.

Dans un discours enflammé, Jagmeet Singh, chef du NPD, a déploré que «les musulmans ne sont pas en sécurité au pays». «C’est un pays où vous pouvez être tué parce que vous portez le hidjab. On ne peut pas le rejeter, on ne peut pas le nier, parce que ça ne sert personne», a-t-il lancé.

M. Singh, qui a passé cinq ans de sa vie à London, a fait un rapprochement entre cette plus récente attaque et la découverte des 215 dépouilles d’enfants autochtones sur le site d’un pensionnat indien à Kamloops, en Colombie-Britannique, et plus globalement, au «génocide» commis contre les nations autochtones.

«J’aime le Canada. J’aime ce pays. Mais la réalité, c’est que c’est ça, notre Canada. C’est notre Canada», a-t-il prononcé.

Selon lui, «certains politiciens ont utilisé de l’islamophobie pour des gains politiques», ce qui contribuerait à la violence. Il n’a toutefois pas offert de noms.   

  • Écoutez l'analyse de Caroline St-Hilaire et d'Antoine Robitaille avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio: 

Le chef conservateur Erin O’Toole a déclaré que «le Canada que nous avons est un pays où quatre de ces personnes ne rentreront jamais chez elles. Le Canada que nous voulons, a-t-il poursuivi, c'est ce que nous devons à cet enfant de neuf ans».

M. O’Toole assistera lui aussi à la vigile de mardi soir, à London. Il a cité en Chambre un passage du Coran : «le Bien et le Mal ne sont pas égaux. Repoussez le Mal par le Bien et soyez patients».

«Dimanche, une promenade de début de soirée en famille s’est terminée en tragédie, victime d’une haine insensée et dégradante à l’égard des musulmans», a souligné le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet.

Il a déploré «un événement qui n’est pas sans rappeler la tragédie de Québec» et a offert ses condoléances à la communauté musulmane, à la famille des victimes, aux résidents de London et aux Ontariens.

«Il faut en finir avec la haine, il faut en finir avec l’islamophobie et toutes les formes de racisme, a-t-il poursuivi. Il faut en finir avec la violence, il faut en finir avec les tragédies. On est dus pour que l’amour, la fraternité et la famille reprennent leurs droits.»

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Un millier de personnes à la vigile à la mosquée de London

 Agence QMI

Une vaste vigile, à laquelle a participé notamment le premier ministre Justin Trudeau, s’est tenue mardi soir à la London Muslim Mosque pour commémorer la mémoire de la famille décimée dans un attentat antimusulman dimanche.

Les gestionnaires de la mosquée avaient invité la population à participer à la vigile à partir de 19 h.

L’événement a été supervisé par les forces de l’ordre, tandis que des volontaires distribuaient des bouteilles d’eau aux participants. Selon les estimations de «The London Free Press», près d’un millier de personnes étaient rassemblées sur les lieux du drame, respectant du mieux qu’elles le pouvaient la distanciation sociale.

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Une grande quantité de bouquets de fleurs ont été déposés près de Hyde Park et on encourageait les jeunes et les moins jeunes à écrire des messages d’espoir et à dessiner des cœurs sur les trottoirs.

Le premier ministre Justin Trudeau, qui a qualifié l’attaque au camion-bélier «d’acte terroriste» mardi matin, était présent parmi les dignitaires attendus sur place, tout comme le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford. Ce dernier avait d’ailleurs déclaré en après-midi travailler avec la santé publique locale pour atténuer les mesures contre la COVID-19 afin de permettre aux gens d’assister à la commémoration.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, ainsi que celui du Parti conservateur, Erin O’Toole, se sont adressés à la foule. Si le premier a reçu un chaleureux accueil, le second ainsi que M. Ford ont été hués par le public. Le premier ministre ontarien a toutefois regagné la foule en qualifiant maintes fois l’incident d’attaque terroriste.

Si une minute de silence avait été observée en matinée à la Chambre des communes, l’exercice a cette fois été répété devant les nombreux participants à la vigile, en compagnie de la famille et des proches des défunts.

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Islamophobie

En parallèle, la mosquée a réclamé, dans son invitation, que soit organisé rapidement un «sommet national d’action contre l’islamophobie» auquel participeraient des dirigeants municipaux, provinciaux et fédéraux afin de prendre des mesures contre «l’islamophobie systémique».

«Ces actions sont nécessaires pour s’assurer que personne d’autre ne vive ce que la famille de London a souffert», a-t-on expliqué.      

  • Écoutez la chronique politique d’Emmanuelle Latraverse sur QUB radio: 

Dimanche soir, un homme de London âgé de 20 ans, Nathaniel Veltman, aurait foncé directement sur une famille de cinq au volant d’une camionnette, tuant quatre membres de la famille et blessant grièvement une cinquième personne, un petit garçon de 9 ans. Mardi soir, celui-ci était toujours hospitalisé, mais sa vie ne serait pas en danger.

L’homme, qui s’est dénoncé peu après à la police, fait face à des accusations de meurtres prémédités et aurait été motivé par sa haine des musulmans, a indiqué la police de London.

Une communauté en deuil

«C’était la famille la plus aimante et compatissante qui soit et elle vous accueillait toujours avec le sourire», a confié à Global News Sana Yasir, une amie de la famille qui a partagé un communiqué des survivants en leur nom.

«Nous devons comprendre que la destruction d’une famille de façon aussi brutale et horrible est une chose à laquelle nous devons nous opposer. Nous devons nous tenir face à la haine et à l’islamophobie», ont déclaré par communiqué le frère et la belle-sœur du père de famille tué, Salman Azfaal.

Une levée de fonds pour organiser les funérailles de la famille et pour soutenir le garçon de 9 ans, mise sur pied par la mosquée de London et le Conseil national des musulmans canadiens, avait permis d’amasser 700 000 $, au moment d’écrire ces lignes.

Une autre cagnotte de 400 000 $ a été amassée grâce à l’initiative d’un proche et de l’association des musulmans de l’Université Western Ontario.

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Les victimes de la tragédie 

Né au Pakistan, Salman Afzaal, 46 ans, était très impliqué dans la communauté de la mosquée de London, selon plusieurs témoignages d’amis et de proches qui ont paru dans les médias. Physiothérapeute pendant plus de sept ans dans des établissements de soins de longue durée et des maisons de retraite en Ontario, M. Afzaal était décrit comme un homme bon et bienveillant.

Sa femme, Madiha Salman, 44 ans, a aussi poursuivi des études au Pakistan avant d’étudier à l’Université Western, à London, selon son profil LinkedIn. Formée en ingénierie environnementale, elle souhaitait trouver un emploi qui l’aiderait à «régler des problèmes géo-environnementaux et contribuer à la remise en état de notre environnement naturel.»

Ils étaient parents de Yumna Afzaal, une adolescente de 15 ans qui a aussi péri dans l’incident, et de Fayez Afzaal, le jeune garçon qui a été grièvement blessé. Yumna était en neuvième année, à l’école secondaire, et était perçue comme une leader parmi les étudiants d’origine musulmane de la Oakridge Secondary School. Comme sa mère, elle était une brillante étudiante, ont rapporté des amis et des proches.

La mère de Salman Afzaal, âgée de 74 ans, compte aussi au nombre des victimes. Son nom n’a pas encore été dévoilé, mais elle a été décrite comme «le pilier familial».

Avec l'AFP