/news/routesenderoute
Navigation

Morts à cause de l’état des chemins

Des coroners pointent du doigt Transports Québec et des municipalités dans des rapports d’accidents mortels

motocycliste est mort
Photo d'archives La motocyclette de Gaétan Chouinard, 60 ans, peu après son accident sur le chemin des Loisirs à Saint-Élie-de-Caxton, le 3 juillet dernier.

Coup d'oeil sur cet article

Au moins trois personnes ont perdu la vie l’an dernier sur les routes du Québec en raison du mauvais état de la chaussée, d’une configuration déficiente ou d’une signalisation inadéquate, révèlent des rapports du Bureau du coroner consultés par Le Journal.

« Il est clair que l’accident est dû au mauvais état de la chaussée et que le mauvais état de la glissière de sécurité a pu contribuer à l’aggravation des blessures », constatait on ne peut plus clairement la coroner Me Mélanie Ricard, dans son enquête sur la mort de Gaétan Chouinard.

Le résident de Shawinigan, en Mauricie, est décédé le 3 juillet dernier, en après-midi, quand il se baladait à motocyclette avec sa femme, à Sainte-Élie-de-Caxton.

Dans une courbe, le conducteur de 60 ans a soudainement perdu la maîtrise de sa moto, qui a traversé le chemin des Loisirs avant de percuter une glissière et d’être propulsée dans un ravin. 

M. Chouinard cumulait plus de 40 ans d’expérience en conduite de moto et était reconnu par ses proches pour sa prudence.

« Toutefois, les enquêteurs ont noté le fait que cette route semblait mal entretenue », fait valoir la coroner Ricard.

Crevasse mortelle

En effet, il y avait présence d’une importante crevasse au milieu de la route. Celle-ci faisait plusieurs mètres de longueur, 15 cm de largeur et 7 cm de profondeur.

La glissière était aussi abîmée sur environ 6 pieds, et ce, depuis près de quatre ans, selon un résident du secteur.

« Je suis fâchée contre l’état de la route. [Gaétan Chouinard] était un passionné de moto et très bon conducteur, a écrit sur Facebook son ex-conjointe, France Garant. Mes enfants ont perdu leur père. Et j’ai une douleur pour son épouse. »

La municipalité a depuis confirmé avoir réparé cette craque peu après l’accident. Il lui a aussi été recommandé de modifier la glissière selon les normes du ministère des Transports du Québec (MTQ).

Un mois plus tôt, le 31 mai 2020, Pierre Dubé, 53 ans, a aussi péri à La Durantaye, dans Chaudière-Appalaches. 

En avant-midi, celui-ci circulait à moto sur la rue du Piedmont, quand il en a perdu la maîtrise après avoir heurté une irrégularité dans la chaussée. Il s’est alors mis à zigzaguer avant de frapper un viaduc. 

L’amas d’asphalte « est d’une épaisseur de près d’un pouce à un pouce et demi de plus haut », note le coroner Jean-Marc Picard, soit « assez [gros] pour faire décoller la roue avant d’une moto ».

M. Dubé a été éjecté de sa moto et s’est lourdement écrasé dans le gravier. Il a succombé à ses blessures une heure plus tard.

La courbe jugée dangereuse où a eu lieu la collision mortelle entre la voiture de Dyna Chamberland et une fourgonnette, le 2 mars 2020, sur la route 281, à Armagh.
Photo d'archives
La courbe jugée dangereuse où a eu lieu la collision mortelle entre la voiture de Dyna Chamberland et une fourgonnette, le 2 mars 2020, sur la route 281, à Armagh.

Réparation fatale

« La mauvaise condition de la route demeure la seule cause de l’accident », conclut le Dr Picard, qui a qualifié la chaussée de « médiocre » et recommandé à la municipalité de revoir son protocole de réparation des routes.

Choqué par la mort de son cousin, Jean-Marc Dubé, 54 ans, a visité le site de l’accident peu après les faits.

« On voyait que la chaussée était en bien mauvais état. Ceux qui ont fait la job n’ont pas ramassé des morceaux d’asphalte qui traînaient. Ç’a été fait par des cabochons », confie-t-il au Journal.

Problématique Depuis 2003

Non loin de là, toujours sur la route 281, à Armagh, une mère de famille de quatre enfants n’a quant à elle eu aucune chance le soir du 2 mars 2020.

Seule à bord de sa Honda Civic, Dyna Chamberland, 36 ans, a fait un violent face à face avec une fourgonnette de livraison qui a dévié de sa voie. 

Dans un rayon de 50 m, la coroner Me Denise McManiman a dénombré 16 collisions avec dommages matériaux et 10 avec blessures, entre 2003 et 2018. 

C’est d’ailleurs en 2003 que la municipalité avait demandé une première fois au MTQ de réaliser une étude afin de modifier la courbe pour la rendre sécuritaire.

En 1997, un jeune dans la vingtaine était aussi mort à cet endroit.

« Il y en a deux maintenant, constate Me McManiman, qui recommande au MTQ de revoir la configuration des lieux. Mes quelques visites m’ont laissé beaucoup d’interrogations sur la dangerosité de cette section de la route 281. » 

À VOIR AUSSI