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O’Toole pris dans la cage à homards

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Pour paraphraser les mots célèbres de Jacques Parizeau, Erin O’Toole est de plus en plus prisonnier de la cage à homards de son propre parti.

Les réformistes de son parti n’ont guère de sympathie pour lui. Ils multiplient les embûches sur la route de celui qu’ils ont élu à la direction il y a moins d’un an. La semaine dernière, O’Toole a dû voter contre un projet de loi de sa députée Cathay Wagantall, de la Saskatchewan, visant à interdire l’avortement sélectif. Le projet fut néanmoins appuyé par 81 conservateurs malgré l’opposition de leur chef.

Même si O’Toole a enregistré une vidéo pour célébrer le mois de la fierté gaie, son parti retarde toujours l’adoption du projet de loi C-6, qui rendrait illégale la pratique de la « thérapie de conversion ». Cette pseudothérapie prétend pouvoir faire changer l’orientation sexuelle d’une personne afin de la rendre hétérosexuelle.

LE PROJET DE LOI C-10 EN PÉRIL

En s’opposant bec et ongles au projet de loi C-10 de Steven Guilbeault, ministre du Patrimoine, les conservateurs risquent d’enfermer leur chef dans une cage dont il ne pourra pas s’extraire. Avec ce projet de loi, le ministre veut, entre autres choses, forcer les géants du net à contribuer financièrement à la création de contenu canadien, qu’il s’agisse de télévision, de cinéma ou de musique. La loi donnerait aussi au CRTC le pouvoir d’obliger les géants du net à promouvoir les œuvres canadiennes auprès de leurs abonnés.

Cette ponction sur les revenus des géants du net s’ajouterait à une autre sur laquelle les pays du G7 (dont le Canada) se sont entendus à Paris, samedi dernier. En vertu d’un mécanisme complexe, les multinationales du numérique verseraient un impôt équivalant à 15 % des bénéfices réalisés dans le pays. Pareil impôt pourrait rapporter au Canada de 2 à 3 milliards $ par an. Hélas ! cette réforme fiscale n’est pas pour demain. Au mieux, elle pourrait entrer en vigueur d’ici à deux ou trois ans.

C’est à peu près le temps qu’il faudra, si la loi C-10 est adoptée, pour que le CRTC récolte la quote-part que devront verser les géants du net pour la création de contenu canadien. Hier, aux Communes, libéraux et bloquistes ont voté en faveur d’une motion qui force le comité permanent du Patrimoine à terminer l’étude du projet C-10 en moins de cinq heures. Mais le mal est fait. Le projet doit ensuite être voté aux Communes, puis envoyé au Sénat. Compte tenu des délais, il mourra peut-être au feuilleton, une élection générale en octobre prochain devenant de plus en plus probable.

L’INDIFFÉRENCE DES CONSERVATEURS

L’interminable débat au comité du Patrimoine montre bien l’indifférence, voire le mépris de trop de conservateurs pour la culture. Tous les milieux culturels appuient le projet C-10. À preuve, la page de pub que viennent de publier 30 organismes et sociétés canadiennes dans plusieurs quotidiens. Rachael Harder, députée conservatrice de Lethbridge et critique de l’Opposition pour le numérique, a résumé la pensée de plusieurs de ses collègues dans une entrevue au Lethbridge Herald, vendredi dernier.

« Le gouvernement veut, a-t-elle déclaré, verser l’argent des géants du net à une petite élite d’artistes qui vivent encore en 1990. Comme ils n’ont pas réussi à maîtriser les plateformes numériques, ils doivent se fier aux octrois pour subsister et produire des œuvres que les Canadiens ne veulent pas voir ! »

Voilà des propos qui pourraient refermer solidement la cage à homards sur le pauvre Erin O’Toole.