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Pénurie de main-d'œuvre: les patrons à blâmer?

GEN-TERRASSES
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Le déconfinement s’accélère, l’économie rebondit, et notre patronat recommence à se plaindre de la pénurie de main-d’œuvre.

Ne me dites pas que vous êtes surpris.

Beau temps, mauvais temps, cette complainte ne cesse jamais.

Solutions

Le taux de chômage au Québec (6,6 % en mai) est le plus bas au Canada.

Cela signifie tout de même que des dizaines de milliers de personnes ne travaillent pas et seraient théoriquement disponibles.

Alors comment ce manque de bras est-il possible ?

La réponse qui vient spontanément est que les gens disponibles n’ont pas les compétences requises pour les emplois vacants.

Mais là, oups, on découvre quoi ?

On découvre que les domaines qui se plaignent le plus de manquer de monde sont l’hôtellerie, la restauration et le commerce de détail.

Sans vouloir manquer de respect à quiconque, ce ne sont pas des emplois qui exigent de longues études.

Alors pourquoi les gens disposés à travailler ne se ruent-ils pas sur ces postes vacants ?

Il suffit de les écouter : les salaires offerts ne valent pas la peine quand on tient compte des coûts de déplacement, de la garderie, etc.

En théorie, quelles seraient les solutions ? Théoriquement, les patrons pourraient offrir de meilleurs salaires, rendre ces emplois moins pénibles, outiller les candidats potentiels avec les compétences requises, etc.

Pourtant, les organisations patronales n’ont qu’un mot à la bouche quand il est question de solutions : immigration, immigration, immigration.

Pourquoi ? Parce que les mesures évoquées plus haut sont complexes et coûteuses. Elles réduisent les profits.

  • Écoutez la chronique de Joseph Facal avec Sophie Durocher à QUB radio:

Il est infiniment plus simple et plus rentable de s’appuyer sur un pauvre immigrant prêt à travailler à des conditions que n’acceptera pas un natif d’ici.

Je ne blâme pas le patronat : c’est la logique de base du capitalisme.

Évidemment, c’est une logique strictement économique, qui ferme les yeux sur les enjeux linguistiques, culturels, politiques, etc.

Ici encore, je ne blâme pas les patrons de se concentrer sur leur métier. Leur boulot premier n’est pas de se soucier de l’état de la langue française et de nos valeurs communes.

Mais nous ne sommes pas pour autant obligés de prendre leurs jérémiades pour des vérités absolues.

Leur jupon dépasse et je ne suis pas le seul à m’en rendre compte.

Vite, nommez-moi plusieurs sociétés qui accueillent plus d’immigration que le Québec en pourcentage de leur population. Bonne chance.

Et ce n’est pas encore assez ?

Les plaindre ?

Ici et là, des patrons confient qu’ils sont obligés d’offrir des salaires beaucoup plus élevés que ce qu’ils auraient souhaité pour attirer des candidats.

Bref, pour une fois que le marché du travail donne un meilleur rapport de force aux petits salariés, il faudrait plaindre les patrons ?

Non.

L’excellente journaliste Hélène Baril citait récemment l’économiste américaine Heidi Shierholz.

Mme Shierholz n’y allait pas par quatre chemins : quand un employeur dit « je ne trouve pas d’employés », il est, en réalité, en train de dire « je ne trouve pas d’employés au prix que je veux payer ».