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Quand Justin est plus Mulroney que Trudeau

Conférence Legault & Trudeau
Photo d'archives

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En matière d’excuses officielles présentées par le dominion pour des erreurs passées, Pierre Elliott Trudeau et son fils Justin ont des positions diamétralement opposées.

Le fils s’excuse à répétition, on le sait.

Le 27 mai, il a même réitéré, pour les rendre « officielles », d’anciennes excuses que Brian Mulroney avait offertes comme premier ministre, à la fin des années 1980.

En 1984, lors d’une des dernières présences de Trudeau père à la Chambre des communes, Brian Mulroney, alors chef de l’opposition, avait justement suggéré à son vis-à-vis d’offrir des excuses officielles aux Canadiens d’origine japonaise, « lésés dans leurs droits durant la guerre ».

Un ami historien a attiré mon attention sur cet intéressant épisode, que Mulroney raconte dans ses mémoires (Éditions de l’Homme, 2007, p. 171).

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Trudeau père, de mauvaise humeur, avait rejeté d’un revers de main cette demande ainsi que toute autre du même type.

« Je ne pense pas que le gouvernement ait pour rôle de corriger les erreurs commises par le passé. Il ne peut pas réécrire l’histoire », avait-il conclu.

Poussant la logique de Mulroney, Trudeau père lui demanda pourquoi ne pas promettre, tant qu’à y être, de s’excuser pour « ce qui est arrivé à [Louis] Riel » !

Puis, il ajouta : « Pourquoi n’adresse-t-il pas des excuses, pour ce qui est arrivé pendant la Seconde Guerre mondiale, aux mères et aux pères de ceux qui, parmi nous, sont allés dans des camps de concentration ? J’en connais quelques-uns [...]. Il ne s’agissait pas de Nippo-Canadiens. C’étaient des Canadiens d’origine italienne ou allemande ou même quelques vieux Canadiens français qui sont allés en prison ou dans des camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi ne pas leur présenter des excuses ? » ironisait-il, tenant pour acquis qu’il était ridicule d’agir de la sorte.

Trudeau père prêtait des visées électoralistes à Mulroney : « Je ne suis pas très bien le raisonnement du chef de l’opposition, qui me reproche mon esprit de parti. Pourquoi s’intéresser soudain aux Japonais, monsieur le président ? [...] Est-ce parce qu’il a des votes à gagner ? [...] Est-ce parce qu’il n’y a pas de votes à gagner au sein des autres groupes ? »

Mulroney avait trouvé triste la réponse du premier ministre. Selon lui, « pour cicatriser les plaies, pour édifier un meilleur pays, il faut effectivement de la passion et non de la raison stérile et froide ». On croirait lire des phrases écrites pour Justin Trudeau.

Une fois au pouvoir, M. Mulroney s’excusa non seulement aux Nippo-Canadiens, mais aussi aux Italo-Canadiens. « C’était la responsabilité du Canada, une responsabilité qu’il aurait dû exercer depuis bien longtemps », a-t-il opiné.

1970

Et les mesures de guerre de 1970 ? Justin, plusieurs l’ont souligné depuis octobre dernier, est davantage « Pierre Elliott » que Mulroney à ce sujet !

Ce dernier, encore dans ses mémoires, mentionne non pas des excuses officielles au sujet de 1970, mais souligne tout de même avoir « modifié de fond en comble » la fameuse loi à l’aide de laquelle on avait « blessé tant de gens ».