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Ils étaient cinq

Ils étaient cinq
Capture d'écran, TVA Nouvelles

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C’est l’histoire d’une famille sans histoire, se promenant un dimanche après-midi à London, question de prendre l’air et de se délier les jambes. Une habitude que nous sommes plusieurs à avoir adoptée durant la dernière année.

C’est l’histoire de trois générations: la grand-mère, les parents et leurs enfants qui ont quitté leur domicile avec la certitude d’y revenir. 

C’est l’histoire de néo-Canadiens enracinés dans leur communauté, fiers et convaincus d’être citoyens d’un pays où la liberté, la démocratie et le respect de la différence sont des valeurs cardinales. 

J’imagine Faez et sa sœur qui rigolent, se taquinant comme le font tous les enfants du pays, j’imagine les adultes discuter des plans de la semaine, des soucis quotidiens, de la pandémie et de l’été qui arrive à grands pas, porteur d’un espoir tant attendu.

Ils ne savaient certainement pas qu’ils étaient visés, identifiés et traqués, et qu’une âme troublée, que dis-je, un terroriste, avait décidé de les faucher lâchement, mettant fin à leurs ambitions et aux instants de bonheur qu’ils se sont accordés.

Les autorités policières de London ont rapidement découvert les motivations du démon: la haine du musulman

Loin d’être un cas isolé

Les musulmans canadiens subissent depuis plusieurs mois, voire des années, une augmentation des agressions, des crimes et des attaques meurtrières. 

On se rappelle le crapuleux attentat de la mosquée de Québec en 2017, qui a coûté la vie à six Québécois en prière. On s’était dit: plus jamais! 

À Toronto, il y a eu le meurtre, en septembre dernier, d’un musulman à la sortie d’une mosquée, poignardé au couteau. Un meurtre gratuit, alimenté par la haine. 

Deux femmes ont également été agressées à Edmonton en février dernier. Leur crime? Être musulmanes. 

Ce ne sont que quelques exemples d’agressions subies et rapportées. Combien de femmes et d’hommes se font apostropher dans les rues, dans les transports publics, dans les centres d’achats, mais préfèrent se taire, courber l’échine et oublier? La montée de l’islamophobie au Canada est réelle, documentée et prouvée. 

Combien de lieux de culte à travers le pays ont dû renforcer les mesures de sécurité, installer des caméras, ajouter des cadenas de peur que le lieu de recueillement devienne une énième scène de crime? 

Beaucoup trop. 

C’est assez

Les grands discours ne suffisent plus. Les autorités, qu’elles soient fédérales, provinciales ou municipales, doivent reconnaître formellement que l’islamophobie est bel et bien un fléau qui nous menace collectivement, que celui-ci, à l’instar de l’antisémitisme, du racisme et de l’homophobie, est un ennemi de notre société et que nous ne ménagerons aucun effort pour l'éradiquer. 

Il est temps de rappeler que les Canadiens et les Québécois de confession musulmane font partie intégrante de notre société et qu’une attaque contre eux est une attaque contre nous tous. 

Il est temps de mettre fin aux discours visant à ériger les musulmans en menaces perpétuelles à notre identité, à nos valeurs et à notre culture.

On le doit à Faez. On le doit aux orphelins des victimes de l’attentat de Québec. On le doit à ceux qui sortent, la peur au ventre, marcher en famille un dimanche après-midi.