/entertainment/tv
Navigation

Retrouver «Des dames de cœur» 35 ans plus tard

Les quatre actrices principales de la série, Andrée Boucher, ainsi que les regrettées Michelle Rossignol, Luce Guilbeault et Louise Rémy.
Photo Courtoisie, ICI ARTV Les quatre actrices principales de la série, Andrée Boucher, ainsi que les regrettées Michelle Rossignol, Luce Guilbeault et Louise Rémy.

Coup d'oeil sur cet article

Est-ce que «La galère» ou «Les Simone» auraient pu exister si «Des dames de cœur» n’avait pas pavé la voie dans les années 1980? Retour sur une œuvre pivot de la télévision d’ici, alors qu’ICI ARTV entame jeudi la rediffusion du mythique téléroman, berceau de l’inoubliable personnage de Jean-Paul Belleau.

• À lire aussi: «Retour vers la culture»: nouveau magazine culturel à ICI ARTV

Pas une journée ne passe sans qu’on parle des «Dames de cœur» à Sylvie Payette. Aux dires de celle-ci, qui coécrivait (à la dactylo) le téléroman avec sa regrettée maman, Lise Payette, cette dernière a longtemps espéré que ses «Dames de cœur» soient rediffusées à la télévision, et aurait été ravie que ça soit enfin le cas (pour la première fois!) en 2021.

«Maman aurait été enchantée. Elle en parlait très souvent. Elle-même aurait aimé la revoir», glisse Sylvie Payette en entrevue.

Sylvie Payette avoue elle-même n’avoir jamais revu les épisodes, qui ont pourtant été charnières à tellement d’égard, tant télévisuellement que socialement. Après en avoir présenté une heure l’an dernier en guise d’hommage à Michel Dumont, décédé quelques jours plus tôt, ICI ARTV a reçu énormément de courriels réclamant la présentation de l’œuvre complète. On reverra donc celle-ci le jeudi et vendredi, à raison de deux épisodes à la fois, à 17 h et 18 h.

«Ça vaut la peine que les gens écrivent ou téléphonent aux diffuseurs, remarque Sylvie Payette. Ils sont toujours à l’écoute de leur public; c’est leur raison d’être...»

Acteurs disparus

Diffusée de 1986 à 1989 à Radio-Canada, «Des dames de cœur» et ses quatre personnages féminins principaux étaient au centre d’une trilogie amorcée avec «La bonne aventure» (1982-1986), qui mettait en vedette un autre quatuor d’amies, celles-là dans la trentaine. Puis, dans «Un signe de feu» (1989-1991) se croisaient les protagonistes de «La bonne aventure» et «Des dames de cœur» réunis.

De l’immense galerie de personnages de ces trois séries, c’est du tombeur Jean-Paul Belleau (Gilbert Sicotte), devenu l’icône des hommes infidèles, qu’on se souvient le plus aujourd’hui. Cette deuxième vie des «Dames de cœur» donnera l’occasion aux plus jeunes de (re)découvrir toute une génération d’acteurs peu connue des millénariaux, dont plusieurs nous ont hélas quittés dans les dernières années : Luce Guilbeault (Claire), Louise Rémy (Lucie), Michelle Rossignol (Véronique), Michel Dumont (Gilbert).

Pierre Curzi, Raymond Bouchard, Dorothée Berryman et Yves Soutière, entre autres, y jouaient aussi.

Les quatre actrices principales de la série, Andrée Boucher, ainsi que les regrettées Michelle Rossignol, Luce Guilbeault et Louise Rémy.
Photo Courtoisie, ICI ARTV

Pour les femmes

Dire que «Des dames de cœur» a marqué un tournant à l’époque de sa diffusion relève de l’euphémisme. Dans cette période où le divorce devenait commun, où les femmes commençaient à investir massivement le marché du travail et à s’affranchir des hommes pour créer le bonheur qui leur convenait à elles, les thématiques de l’émancipation, de la séduction, de la carrière, de l’infidélité, du couple qui bat de l’aile et de la violence conjugale, pour ne nommer que celles-là, qui prévalaient dans l’intrigue, tombaient parfaitement à point.

Pour une rare fois, une production d’ici braquait ses projecteurs sur les femmes au travail et non sur une famille ou sur un pan du passé, comme le faisait «Le temps d’une paix».

«L’objectif de ce type de série est toujours de faire évoluer la société en servant de miroir, indique Sylvie Payette. Sans donner de réponses, en donnant des choix, sans être moralisateur. En montrant les deux côtés de la médaille.»

«Après "Des dames de cœur", il y a eu beaucoup plus de personnages féminins à la télévision, et plusieurs femmes auteures ont dit par la suite que "Des dames de cœur" les avait inspirées à écrire. Maman a participé toute sa vie à l’émancipation des femmes. Elle les incitait à trouver les chemins qui les rendaient heureuses. Elle avait des amies mères au foyer qui étaient très heureuses, et d’autres qui détestaient ça. Elle disait : faites des choix en fonction de vos propres besoins. Avec "Des dames de cœur", c’était fou le courrier qu’on recevait, de femmes qui s’étaient accomplies professionnellement.»

Plus lent

Au plan technique, c’était une tout autre ère. «Des dames de cœur» fut l’une des premières fictions d’une durée d’une heure à la télévision québécoise. Un épisode comptait entre 15 et 18 scènes. Sitôt embarquée sur son projet suivant, «Chambres en ville», Sylvie Payette avait demandé d’augmenter la cadence à une trentaine de scènes, puisqu’elle s’adressait à un public jeune, habitué à l’instantanéité des vidéoclips. Et encore, on était loin du rythme haletant des «District 31» d’aujourd’hui.

En ce sens, l’auteure espère que le produit, nécessairement plus lent, a bien vieilli, mais elle se dit certaine que oui.

«J’espère que les gens vont penser à regarder l’émission avec des plus jeunes, pour qu’ils voient ce qu’étaient les années 1980», espère Sylvie Payette.

«Des dames de cœur», le jeudi et vendredi, à 17 h et 18 h, à ICI ARTV.