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Jacob deGrom, le meilleur lanceur

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Photo AFP Jacob deGrom a redéfini les critères pour l’obtention du trophée Cy Young.

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L’art du recrutement et le phénoménal lanceur Jacob deGrom sont indissociables. Je vous explique. 

Les directeurs-gérants au baseball se fient beaucoup à leurs recruteurs pour flairer les joueurs qui représenteront l’avenir de leur concession. 

À l’époque, l’ancien directeur du recrutement et du personnel des joueurs des Expos, Mel Didier, tenait une réunion au parc Jarry pour décortiquer les forces et faiblesses des Expos. Didier convoquait les entraîneurs pour analyser la qualité des joueurs ainsi que celle de ses adjoints, dont je faisais partie, et des responsables de certains secteurs du recrutement.

Dans le plan de travail de Mel, une équation dominait. Celle d’analyser sous toutes ses facettes le rendement des recruteurs. Le travail du dépisteur doit être analysé chaque année selon les sélections des trois années précédentes. 

Le plus bel exemple de la nécessité de ces réunions est celui de septembre 1975. Le président des Expos, John McHale, est arrivé à la rencontre sans avertissement. Il voulait des précisions sur des choix des Expos lors des repêchages précédents. Il commence la discussion en félicitant le personnel pour les choix de 1972, la meilleure cuvée de l’histoire des Expos, qui comptait parmi ses élus Ellis Valentine, en deuxième ronde, et Gary Carter au tour de table suivant.

L’analyse de Bob Zuk

Le recruteur des Expos en Californie, Bob Zuk, avait fait un travail exceptionnel. Il a souligné que les deux joueurs étaient blessés au moment de la séance de repêchage. Il a déclaré avant la sélection que les deux joueurs pourraient devenir des vedettes dans le baseball majeur et qu’il mettait en jeu sa carrière avec les Expos. Je me souviens encore de la conversation au téléphone entre Mel Didier et lui avant l’encan de juin. J’entendais résonner la voix de Didier, avec son accent de la Louisiane, qui lui disait tout simplement avec fermeté : « Bob, ne sois pas inquiet si tes choix ne s’avèrent pas justes, tu n’auras pas à mettre ta carrière en péril avec les Expos... tu seras tout simplement congédié ». J’ai observé longuement Mel après cette conversation en lui demandant s’il n’avait pas dépassé les bornes. En me regardant droit dans les yeux, il m’a expliqué son point de vue. Ce n’est pas compliqué, m’a-t-il dit, si Bob Zuk s’est trompé, tous les trois nous étions pour être congédiés !

L’affaire Warthen

La réunion a continué et tout le monde a semblé heureux, jusqu’au moment où M. McHale a eu d’autres points à éclaircir. Le président des Expos n’a jamais élevé la voix, mais ses questions ont placé certaines personnes dans une position inconfortable.

Du haut de ses 6 pi 4 po, debout dans la salle, il voulait obtenir des explications bien claires sur les motifs qui avaient incité les recruteurs, en 1970, à recommander hautement le lanceur gaucher Dan Warthen, alors que George Brett et Mike Schmidt étaient disponibles. Tous les amateurs de baseball se souviennent des glorieux parcours de ces deux joueurs qui ont trouvé leur niche au Temple de la renommée.

Ses propos sont devenus encore plus mordants quand il a évoqué que les spécialistes du recrutement avaient fermé les yeux quelques années auparavant sur des jeunes prometteurs. Il s’agissait de Jim Rice et de Fred Lynn, qui ont connu des moments de gloire avec les Red Sox de Boston et Eddie Murray, qui allait devenir un des cogneurs les plus redoutables du baseball majeur. Incidemment, ces trois joueurs ont aussi été immortalisés à Cooperstown. Ces cinq joueurs auraient marqué l’histoire des Expos. En passant, êtes-vous surpris de lire qu’après la réunion, certains dépisteurs ont été libérés de leurs fonctions ?

Recrue de l’année 

Après vous avoir expliqué l’importance du recrutement, je suis certain que plusieurs autres dépisteurs ont été congédiés à la suite de l’évolution fulgurante et des performances du lanceur droitier Jacob deGrom, un choix en 9e ronde des Mets de New York. Chez les Mets, un recruteur a fait une lecture juste de l’athlète, qui a été converti de lanceur de relève à partant lors de son apprentissage dans le réseau de développement de l’organisation.

En 2014, deGrom est désigné recrue de l’année de la Ligue nationale. Cette année-là, dans un match contre les Astros de Houston, il a égalé un record en retirant sur des prises les huit premiers frappeurs qu’il a affrontés. Il a terminé la saison avec une fiche de 9-6 et 144 retraits sur trois prises. L’année suivante, au match des étoiles à Cincinnati, il a réalisé un exploit en retirant trois frappeurs sur trois prises en seulement 10 lancers.

Trophée Cy Young

Le Cy Young est décerné au meilleur lanceur des deux ligues. Parmi les critères pour déterminer le récipiendaire, il y a le nombre de victoires. Jacob deGrom a chambardé à tout jamais les critères. Il a gagné deux trophées Cy Young : en 2018, avec 10 victoires et une moyenne de points mérités de 1,70 ; et en 2019, avec 11 victoires et une moyenne de points mérités de 2,43. La meilleure moyenne de points mérités de 0,96, en 1914, appartient à Dutch Leonard. Au cours de la dernière décennie, aucun lanceur n’a pu abaisser la marque de 1,12, en 1967, du grand lanceur des Cards de Saint-Louis, Bob Gibson. Après son dernier départ contre les Padres, samedi dernier, la moyenne de points mérités de l’as lanceur des Mets a chuté à 0,62.

Jacob deGrom a des chances d’être élu au Temple de la renommée avec le plus petit nombre de victoires par un lanceur partant.

Est-ce le meilleur lanceur de l’histoire du baseball ? J’ai tendance à croire qu’il le deviendra.