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Les professeurs doivent valoriser leur propre vocation

Jean-Philippe Lorange
Photo courtoisie

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Dans les pages du Journal du 7 juin dernier, l’enseignant Jocelyn Desaulniers revenait sur les résultats désastreux au test de français des futurs professeurs au secondaire. Pour y trouver une explication, il proposait une lecture axée sur la « logique du jeu de marché », notant qu’il « n’y a aucun gain à faire dans la hiérarchie sociale en devenant prof ».

Face à des programmes aux admissions restreintes et qui mènent à une reconnaissance sociale importante, les professeurs seraient victimes en étant « traités comme des commis de dépanneur » par le gouvernement. Les étudiants talentueux se détourneraient de cette profession pour se tourner vers des programmes débouchant sur des emplois valorisés et payants. 

Responsables de leur sort

Si nous ne pouvons dédouaner les gouvernements successifs de leur responsabilité à l’égard de la qualité des professeurs, il faut noter ceci : les professeurs eux-mêmes sont aussi responsables de leur propre sort. S’ils sont traités en commis de dépanneur, c’est peut-être bien souvent parce qu’un trop grand nombre d’entre eux agit aussi de cette façon. 

Le professeur véritable n’est pas, comme beaucoup le croient dans le réseau de l’éducation, un pédagogue branché qui doit niveler vers le bas pour s’ajuster à ses élèves. S’il veut retrouver son statut et le respect que la société a le devoir de lui rendre, le professeur doit lui-même d’abord apprendre à se respecter en assumant ce qu’il est vraiment. Mais, pour cela, il nous faudra retrouver un idéal en perdition depuis fort longtemps.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela signifie qu’un professeur n’est pas quelqu’un qui se laisse tutoyer, qui s’habille en mou, qui lit peu, qui s’exprime mal, qui zombifie ses élèves à coups de diapositives et qui ne maîtrise pas sa matière. 

Le professeur véritable est un passionné, un érudit, qui abhorre les écrans et qui possède une tenue : non seulement dans l’habillement, mais dans la manière de se tenir, de parler et d’interagir avec ses élèves. 

  • Écoutez l'entrevue avec Philippe Lorange au micro de Richard Martineau sur QUB radio :

Un modèle

Il doit être un modèle qui pousse à l’élévation, qui montre à quoi ressemble un homme ou une femme complet, qui a de la classe et qui détient le sens de l’ouverture à l’autre et de la curiosité sur le monde. Le professeur doit incarner chaque jour un pilier du dur désir de durer. Il est un passeur, un maillon dans la chaîne des générations qui se trouve conscient de se vouer à ses élèves pour assurer la suite du monde. 

Attention : je ne suis pas en train de dire que les professeurs actuels sont indifférents au sort de leurs élèves. Je suis parfaitement conscient que bon nombre d’entre eux se vouent corps et âme à ces derniers. 

Mon propos veut simplement souligner le fait qu’ils ne s’y prennent souvent pas de la bonne manière, en cherchant à toujours s’adapter à l’élève au lieu de le pousser vers le haut. C’est ce sens de l’école comme lieu d’élévation que nous devons retrouver, et au plus vite. 

Philippe Lorange
Bachelier en Science politique et philosophie
Université de Montréal

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