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Systémique ou non?

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Photo AFP Une partie de la foule qui s’est recueillie mardi à London.

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Dans la tragédie de Shakespeare, Hamlet se pose une question existentielle : « To be or not to be ? » 

Si le vieux dramaturge anglais vivait aujourd’hui au Québec, il prêterait peut-être à Othello la même question, mais à propos du racisme : « Systemic, or not, that is the question ». Othello est l’une des rares tragédies du répertoire où la tension dramatique tient uniquement à la couleur de peau du héros. 

Malgré cela, plus d’un metteur en scène fut tenté de confier le rôle à un acteur blanc. Toujours sous prétexte qu’il n’y avait pas d’acteurs noirs disponibles ou capables d’incarner un personnage aussi exigeant. Ce fut longtemps l’excuse de notre télévision et de notre théâtre pour ne pas mettre en scène des acteurs et des actrices de couleur.

Depuis la mort de George Floyd et, plus près de nous, celle de Joyce Echaquan, notre show-business découvre tout à coup des dizaines d’artistes noirs, jaunes et rouges. Il s’en trouve autant qu’on en veut pour les pubs dans lesquelles on crée même des familles « recomposées », pour les séries où se multiplient les personnages de couleur, voire pour des galas et des émissions spéciales.

RADIO-CANADA PRIS DE COURT ?

Aurions-nous enfin vaincu nos démons ? Même ceux qui voudraient le croire furent ramenés à la dure réalité par la tragédie de London en Ontario. La tuerie à la mosquée de Québec n’aura donc pas été la dernière, comme l’avaient espéré le maire Régis Labeaume et tous les dignitaires ayant pris la parole le 29 janvier 2017 et les jours qui suivirent.

CBC/Radio-Canada avait dû l’espérer aussi, car on semble bien avoir été pris par surprise par le tragique événement. Quarante-huit heures plus tard, lors de la diffusion en direct de la cérémonie devant la mosquée de London, RDI et CBC News ont eu l’air aussi désorganisés que des télévisions communautaires. La pauvre Anne-Marie Dussault était désemparée de n’avoir pas reçu de feuille de route détaillant la cérémonie. 

Pas plus au réseau anglais qu’au réseau français, on a pensé, par exemple, à embaucher un interprète capable de traduire simultanément de l’arabe au français ou à l’anglais. On devait bien se douter qu’il y aurait des allocutions et des prières en arabe. Il n’y a pas de « feuille de route » au hockey ou au soccer, mais cela n’empêche ni les commentateurs ni les caméras de suivre l’action. 

DES MOTS, TOUJOURS DES MOTS

Durant la cérémonie, les discours furent plus nombreux qu’au cours d’une soirée électorale. Presque aussi partisans de la part des personnages politiques présents. Si un seul orateur a cité notre loi sur la laïcité comme un exemple à ne pas suivre, plusieurs autres ont lâché tout naturellement le fameux mot en « S » (pour systémique). Un mot que les loyaux ministres du premier ministre François Legault ont de plus en plus de mal à garder sur le bout de la langue.

Que le racisme soit systémique ou non, ses conséquences sont les mêmes et ses victimes aussi. L’attentat de London n’est pas différent de celui de la mosquée de Québec. Les deux ont été perpétrés par de jeunes hommes sous l’empire des aboyeurs extrémistes qui sévissent sur les réseaux sociaux. Peu d’orateurs les ont dénoncés, s’en prenant plutôt à l’inaction des élus. À Ottawa, une loi sur les propos haineux et les abus des réseaux sociaux attend son tour pour adoption. Il ne viendra probablement pas avant qu’on ait à déplorer d’autres tragédies.