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Des RPA qui fonctionnent comme des multinationales

Des RPA qui fonctionnent comme des multinationales
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

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Il faut cesser de fiancer les résidences privées pour ainés (RPA) avec les fonds publics, croit une chercheuse l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). Le Gouvernement provincial devrait plutôt transférer le financement public direct et indirect accordé aux RPA pour financer davantage et mieux encadrer les services à domicile publics.  

Dans les conclusions de son étude intitulée «Les résidences privées pour aînés au Québec — Portrait d’une industrie milliardaire», publié mercredi, la chercheuse Anne Plourde a démontré que la place croissante occupée par les chaînes de RPA ouvre toute grande la porte à un processus de financiarisation de l’hébergement. 

Un stratagème qui se produit «notamment sous l’impulsion de partenariats développés par les joueurs dominants du marché québécois avec de grandes multinationales, dont certaines ont été dénoncées ailleurs pour leurs pratiques éthiquement douteuses et financièrement risquées», a écrit la chercheuse dans son rapport de recherche. 

Malgré l’image qu’ils se donnent publiquement, les grands groupes de RPA — en particulier Cogir, Groupe Maurice et Sélection — n’ont plus rien de la petite entreprise familiale québécoise. 

Derrière des résidences d’apparence locale se cachent des structures complexes et multinationales comptant plusieurs dizaines d’entreprises, pour la plupart des coquilles vides sans employés.  

C’est le cas de la résidence Cogir Manoir Outremont, dont la structure de propriété compte 31 organisations à travers le monde, y compris au Luxembourg, un paradis fiscal notoire.  

«C’est aberrant d’accepter que la privatisation des soins constitue une telle manne pour des investisseurs. Dans ce cas-ci, on parle en plus d’entreprises multinationales avec un modèle d’affaires centré sur le profit qui ne devrait pas avoir sa place dans le secteur des soins aux personnes», a déclaré Mme Plourde. 

Des sommes colossales versées au privé

Le gouvernement du Québec a versé, depuis 2007, cinq milliards de dollars aux RPA par l’intermédiaire de ce crédit censé permettre aux personnes âgées de rester à domicile. Pour 2021 seulement, ce sont 529,2 millions $ qui seront ainsi perçus par les RPA, soit l’équivalent du tiers du budget d’aide à domicile qui est 1,7 milliard $. 

«Dans le contexte de vieillissement de la population qui est le nôtre, on doit au plus vite opérer un changement majeur dans l’offre de services aux personnes âgées, à commencer par le logement. Habiter en RPA, c’est bien loin du maintien à domicile», a commenté la chercheuse. 

Selon les données obtenues des CIUSSS par le biais de dizaines de demandes d’accès à l’information, les achats de place et de services à domicile en RPA pour combler le manque de ressources dans les CHSLD sont en très forte augmentation depuis les dernières années dans plusieurs régions du Québec.  

Les achats de services à domicile en RPA par le CISSS du Bas-Saint-Laurent sont passés de 100 000 $ à 2,6 millions $ entre 2017 et 2020, une augmentation de plus de 2500 %