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Exposer Picasso... quand même

La misogynie du célèbre artiste n’est pas cachée dans Picasso. Figures

Au fil de toiles et de sculptures, toutes les époques de la carrière de l’artiste espagnol Pablo Picasso sont passées en revue dans l’exposition <i>Picasso.Figures</i>.
Photo Didier Debusschère Au fil de toiles et de sculptures, toutes les époques de la carrière de l’artiste espagnol Pablo Picasso sont passées en revue dans l’exposition Picasso.Figures.

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Quand le Musée national des beaux-arts du Québec a su qu’il pourrait exposer 76 œuvres du légendaire Pablo Picasso en exclusivité canadienne, l’euphorie a vite fait place au questionnement : comment présente-t-on, en 2021, des chefs-d’œuvre créés par un artiste ouvertement misogyne ?

Non seulement le controversé peintre espagnol, fondateur du cubisme, n’aimait pas les femmes, mais il les maltraitait. Viols, séquestrations, voies de fait, actes pédophiles : depuis quelques années, ses rapports pervers avec les femmes sont de plus en plus évoqués dans l’espace public.

Le style singulier du maître du cubisme est bien exposé dans cette toile que présente aux médias le commissaire du Musée Picasso de Paris, François Dareau.
Photo Didier Debusschère
Le style singulier du maître du cubisme est bien exposé dans cette toile que présente aux médias le commissaire du Musée Picasso de Paris, François Dareau.

De lui, le plasticien dano-islandais Olafur Eliasson a dit récemment au quotidien espagnol El Pais qu’il était le « Harvey Weinstein de son époque ».

Au MNBAQ, à l’ère où les agressions commises par des artistes sont plus que jamais dénoncées sur la place publique, on s’est retrouvé devant un dilemme moral. Peut-on l’exposer ?

« Nous étions déchirés parce qu’on ne peut nier que c’est un artiste d’une grande importance dans l’histoire de l’art. Il a défoncé des portes et s’est renouvelé tout au long de sa carrière. En même temps, ce n’est pas un homme extraordinaire. Quand on approfondit nos connaissances sur sa vie personnelle, ça devient troublant, et même difficile d’en parler », convient la commissaire d’exposition, Maude Lévesque.

En tout, 76 œuvres de Picasso sont exposées au Musée national des beaux-arts jusqu’au 12 septembre.
Photo Didier Debusschère
En tout, 76 œuvres de Picasso sont exposées au Musée national des beaux-arts jusqu’au 12 septembre.

Soif de transparence

La solution du MNBAQ ? Ne rien cacher.

Dès l’entrée dans la salle d’exposition du pavillon Lassonde, le vrai visage de Picasso est dévoilé à travers les portraits qu’il a faits de six compagnes qui ont subi ses abus.

L’une de ces toiles, intitulée La lecture, superbe représentation de Marie-Thérèse Walter, constitue une pièce majeure de l’exposition Picasso. Figures, qui dévoile des tableaux et sculptures rarement vus du peintre mort en 1973, à l’âge de 91 ans.

« Les gens ont une soif de transparence, affirme Maude Lévesque. Il fallait regarder de quelle manière son œuvre peut servir notre société aujourd’hui et comment on peut aborder des enjeux importants. Ne pas seulement regarder le génie. »

Il reste que le génie, quand on parcourt cette exposition, saute encore une fois aux yeux. 

Divisé en six thèmes (Figures féminines, Figures cubistes, Figures magiques, Figures sculpturales, Figures défigurées, Figures tardives), cet assemblage d’œuvres produites entre 1895 et 1972, tirées de la collection personnelle de Picasso, fascine autant que l’histoire de son créateur dérange.

Diversité corporelle

En complément, et en lien avec l’obses-sion du peintre de déconstruire les canons esthétiques de la représentation du corps dans l’art, le MNBAQ a mis sur pied l’exposition Ouvrir le dialogue sur la diversité corporelle.

L’auteur Mickaël Bergeron, qui a agi comme consultant pour ce projet, croit que la tolérance face à la diversité corporelle s’installe petit à petit. « Depuis cinq ans, énormément de chemin a été fait. Qu’une institution comme le MNBAQ s’y intéresse et l’inclue dans une exposition, ça marque une étape importante. »


► Picasso. Figures, au Musée national des beaux-arts du Québec, du 12 juin au 12 septembre.

 

Picasso mur à mur à Québec 

Le directeur du Musée national des beaux-arts du Québec ne voit pas d’inconvénient à ce que deux expositions consacrées à Pablo Picasso soient présentées à 1,5 km de distance, cet été, dans la capitale.

Pendant que le MNBAQ accueille Picasso. Figures, le Centre des congrès est l’hôte de l’exposition immersive Imagine Picasso, du 15 juin au 6 septembre.

« Ce sont deux types d’expérience complètement différents. Nous travaillons en collaboration avec eux, d’ailleurs nous allons réaliser une étude de publics. On va fouiller pour savoir si les gens qui vont avoir une expérience immersive sont plus enclins à aller dans un musée. Quelle est la valeur perçue par les gens des deux expériences ? Est-ce que ce sont les mêmes personnes qui y vont ? » détaille Jean-Luc Murray.

« Le Musée Picasso de Paris, qui était un peu embêté par cette proximité, trouve finalement intéressant qu’on en fasse une expérience pour voir comment ces expériences sur l’art cohabitent dans le même écosystème. »

Deux ans de travail

Ça fait plus de deux ans que le Musée tente d’attirer à Québec cette collection d’œuvres appartenant au Musée Picasso de Paris.

« C’est une conjoncture d’événements un peu rocambolesques. Nous sommes arrivés au bon moment en entrant dans une tournée qui s’organisait (les œuvres ont aussi été montrées à Nashville). La pandémie nous a quand même empêchés de dormir, surtout au moment où on ne savait pas si les œuvres allaient être envoyées en Amérique du Nord, parce que la situation aux États-Unis était très préoccupante. »