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Religion et politique: rien de surprenant

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Photo d’archives Sa Majesté, la reine Élisabeth II, défenderesse de la foi.

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Saviez-vous que seuls les protestants ont le droit d’être chefs d’État du Canada ?

C’est vrai. En vertu de la loi britannique sur la succession à la Couronne, seuls les membres de l’Église d’Angleterre peuvent devenir reine ou roi.

La religion et la politique sont, et ont toujours été, intimement reliées.

Dans les pays modernes avec garanties démocratiques des droits individuels, les différences religieuses font rarement partie du débat public.

Aux États-Unis, un des pays au monde où les droits individuels sont les mieux défendus, il y a néanmoins eu de nombreuses attaques contre des minorités religieuses dans la foulée du 11 septembre.

On dirait que la tolérance religieuse de surface cache souvent de l’intolérance qui peut surgir à tout moment.

PARTISANERIE ET DROITS

C’est triste, mais puisque la religion et la politique vont de pair, il y en aura toujours qui essaieront de tirer un avantage partisan de l’intolérance, sans jamais avouer que c’est ce qu’ils font.

J’ai fait quatre campagnes électorales fédérales au Québec et chaque fois, il y avait un ou des partis politiques qui essayaient d’utiliser la question religieuse à leur avantage.

En 2007, dans le sous-sol de notre bureau de campagne avec Ed Broadbent, Alexa McDonough et nos organisateurs, on essayait de trouver les meilleurs mots pour combattre l’islamophobie utilisée par un de nos adversaires comme arme politique.

Théoriquement, le débat portait sur le droit pour « une femme voilée » de voter.

Peu importe que le directeur général des élections explique que c’était légal, car on devait néanmoins s’identifier, leur but était atteint.

Nous sommes restés sur nos principes et nous avons gagné l’élection partielle dans Outremont.

Lors de l’élection générale suivante, j’ai fait de nombreuses entrevues, parfois hallucinantes, au sujet d’une de nos candidates qui portait un foulard comme symbole de sa religion.

Une des plus mémorables était à la radio d’État où la journaliste a parlé sans cesse de notre candidate comme d’une femme « voilée », sans jamais mentionner, par exemple, qu’elle détenait un doctorat en économie de la Sorbonne !

Par la suite, dans le corridor, la journaliste m’avait invectivé en disant, devant témoins, qu’il fallait « choisir son camp » !

Je savais que j’étais dans une bataille électorale, j’apprenais que cette journaliste avait aussi décidé que c’était une bataille religieuse.

L’INTOLÉRANCE DE L’ÉTAT

Le Québec est la seule juridiction en Amérique du Nord à avoir adopté une loi qui interdit à un jeune homme sikh qui porte le turban de devenir policier, à un avocat juif d’être procureur s’il porte la kippa ou à une femme d’enseigner si elle porte un foulard, symbole de sa foi.

Cette intolérance rejaillit très négativement sur nous, au Québec, une province qui est, selon toute mon expérience, très majoritairement composée de gens qui acceptent la diversité et qui aiment leur prochain, peu importent leur origine ou leur langue maternelle ou leurs croyances religieuses.

La rationalisation d’une soi-disant « laïcité de l’État » est vue, chez beaucoup de nos voisins, comme l’intolérance de l’État.

On peut ne pas aimer ça, mais on ne peut pas, non plus, faire semblant d’être surpris.