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La CAQ, un parti qui gouverne par sondages ?

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Gérer par sondages : le gouvernement Legault prête le flanc à cette accusation

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Au sortir de cette saison parlementaire et politique, le recours exagéré aux sondages s’inscrit comme une tache au bilan du gouvernement de François Legault. Ils ne sont pas les premiers à recourir aux sondages, mais on sent qu’il y a eu exagération.

A priori, le prétexte utilisé pour expliquer tant de sondages tient la route : en temps de pandémie, il faut suivre de près les perceptions du public. La population comprend-elle les consignes ? Dans quelle proportion les citoyens prévoient-ils s’y conformer ? Combien veulent être vaccinés ? Dans quels groupes d’âge se trouvent les plus réticents ? De telles données sont précieuses pour mieux gérer la pandémie.

Sondages partisans

Mais nous avons bien saisi qu’une fois la machine de sondages lancée, le gouvernement de la CAQ n’a pas pu se retenir d’élargir ses recherches à une foule d’autres considérations. Faisant cela, il a ausculté l’opinion publique sur des enjeux bien plus proches de la politique partisane. La popularité des ministres par exemple.

En fait, l’impression qui se dégage de la dernière session parlementaire, c’est celle d’un parti qui gouverne par sondages. Il ressort du travail et des questions de l’opposition que les sondages sont omniprésents autour des prises de décision du gouvernement. Perception exagérée ? Probablement. Mais cette perception s’est créée à partir de faits.

Cette exagération comporte trois problèmes majeurs 

  1. Il y a un problème éthique à payer avec les fonds publics des sondages qui ont une valeur partisane. Si la CAQ veut des sondages, ce que font tous les partis à un moment ou l’autre, que ce soit payé à même les budgets du parti. Étirer le concept des sondages pandémiques ne trompera personne : le jupon dépasse. 
  2. Trop suivre les sondages représente un pari risqué. Les citoyens demandent parfois des choses, mais lorsqu’ils en voient les coûts ou les conséquences, ils n’en veulent plus. L’opinion publique change, évolue... et se contredit. Pire encore, suivre les sondages peut être un exercice agréable lorsqu’ils sont globalement favorables. Or, lorsqu’ils sont mauvais, voire très mauvais, il faut savoir s’accrocher à ses convictions et poser des gestes courageux pour remonter la pente et ramener les électeurs. 
  3. Ce qui est le plus dommageable dans cette histoire de sondages, c’est surtout que cela fait ombrage à l’une des qualités du premier ministre. Je l’ai écrit plus d’une fois dans ces pages, François Legault est une personne de décisions. Il n’a pas la tendance à tataouiner en espérant que le temps arrange les choses par magie. Nous l’avons vu dans la pandémie, il tranche, il décide, il annonce. Même si les décisions ne sont pas toujours parfaites, elles se prennent, et la population respecte cette capacité de leadership.    

La CAQ pourrait faire un sondage pour savoir si cette histoire de sondages a choqué les Québécois. Pour constater que ce n’est pas une crise qui a outré l’opinion publique pour l’instant. Mais un voyant lumineux clignote dans le tableau de bord.