/weekend
Navigation

«On vend tous une certaine image de nous-mêmes»

0612 WE Ventre
Courtoisie Sarah-Maude Ravenelle

Coup d'oeil sur cet article

Outiller les ados à voir au-delà de l’image et à être plus critique en s’imaginant ce qui peut se cacher derrière les réseaux sociaux : voilà l’objectif de Laurence Beaudoin-Masse. Avec Rentrer son ventre et sourire, la suite, l’autrice pousse plus loin les réflexions sur les origines de la pression sociale, de l’obsession de la minceur et des cultes des diètes et de l’image abordées dans le populaire tome 1.

Originaire du quartier Rosemont, à Montréal, Laurence Beaudoin-Masse a toujours cru qu’elle allait devenir comédienne. C’était sans savoir que c’est à travers l’écriture qu’elle aurait la chance de se glisser dans la peau de (ses) plus beaux rôles. 

« L’écriture est arrivée sur le tard pour moi, explique la jeune femme qui a en poche des études en théâtre et en histoire de l’art. Ce n’était pas dans mes plans, je n’ai pas étudié là-dedans. C’est arrivé un peu par hasard en fait. »

Ce hasard a d’abord pris la forme d’un scénario de série web qu’avait imaginé la productrice télé et rédactrice-conceptrice. Un scénario de fiction écrit conjointement avec son écrivain de mari, Olivier Simard, qui n’ayant pas été retenu par les diffuseurs, s’est transformé en roman.  

<strong><em>Rentrer son ventre et sourire, la suite</em></strong><br><em>Laurence Beaudoin-Masse</em><br>La Bagnole Jeune adulte<br>353 pages
Courtoisie
Rentrer son ventre et sourire, la suite
Laurence Beaudoin-Masse
La Bagnole Jeune adulte
353 pages

« À force de voir mon mari écrire, je me suis dit : je pense que moi aussi, je serais capable, confie l’autrice de 31 ans. Je l’accom-pagnais beaucoup dans l’écriture de ses romans, je trouvais cela tripant. On s’est mis à écrire ensemble, on a écrit trois scénarios, mais ça n’a pas marché. Mais j’ai eu la chance de présenter la prémisse de Rentrer son ventre et sourire à La Bagnole et ils ont aimé l’idée. C’était parfait pour leur collection Jeune adulte. »  

Ce premier roman, écrit en solo et publié en juin de l’an dernier, est alors devenu beaucoup plus personnel pour celle qui a grandi dans une maison remplie de livres. Élie, son personnage d’influenceuse, est devenu un prétexte pour l’autrice pour parler de ses propres combats : la popularité, son rapport à son image et son rapport au regard des autres. 

La fin des illusions

Écrit entre la pandémie et la naissance de sa fille, Rentrer son ventre et sourire, la suite reprend exactement là où il a laissé le lecteur à la fin du premier tome. On retrouve donc Élie, cette influenceuse ayant beaucoup de succès sur les réseaux sociaux, de plus en plus tiraillée entre la popularité, le paraître et ce désir d’être de plus en plus elle-même. 

« On retrouve aussi le thème du deuil, ajoute-t-elle. Le deuil de quelqu’un, mais aussi de la personne qu’on voudrait être, d’un idéal, de l’amour idéal et du corps idéal. C’est la fin des illusions : les choses ne se passent pas comme Élie aurait voulu et elle retombe dans de vieux patterns de contrôle. » 

Le délicat sujet de l’image corporelle et de l’acceptation de soi, l’autrice – qui avoue que ses romans sont beaucoup basés sur sa propre expérience – l’aborde à travers les souvenirs de jeunesse de son personnage principal.

« Notre relation à notre corps est forgée par plein d’affaires et parfois, je trouve que de juste dire “il faudrait s’aimer”, comme si c’était facile, cela me fait me questionner. Je trouve qu’on devrait cultiver l’ambivalence et parler de nos zones grises et de nos contradictions, car cela fait vraiment partie de notre expérience. »

L’authenticité

Dans cette suite bien attendue, l’écrivaine avoue s’être délibérément amusée à casser l’image de ses personnages. Elle explique aussi que sa pensée – notamment sur tout ce qui touche aux influenceurs qui vendent leur image privée – a beaucoup évolué depuis l’écriture du tome 1. 

« Ce n’est pas tant une critique des influenceurs, même si cela en fait partie, dit celle qui écrit : entre la personne que je me sens être et la personne que je voudrais être, il y a un écart. C’est aussi moi qui m’interroge sur mon propre rapport à mon image. Pas besoin de gagner sa vie sur les réseaux sociaux pour avoir ce genre de préoccupations. On a tous un profil, on vend tous une certaine image de nous-mêmes, on se vend aussi. C’est surtout de moi que ça parle en fin de compte. » 

Ce tome 2 l’a aussi amenée à se questionner sur la notion d’authenticité, cette valeur cardinale « vendue » sur les réseaux sociaux. 

« C’est comme si on évacuait toute la notion d’ambivalence ; on a tous des sentiments contradictoires et c’est comme si sur les réseaux sociaux, on faisait la promotion d’un sentiment qui n’existe pas, alors que tout est toujours wow et toujours emballant. Porter en soi des contradictions, ce n’est pas un manque d’authenticité, c’est vraiment humain. »