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Québec et Canada: une relation de couple toxique

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Photo AFP

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Les problèmes des autres servent souvent à relativiser ou à nier les nôtres.

Dans le Canada anglais, le Québec a mauvaise presse depuis longtemps.

Le professeur de l’Université d’Ottawa Amir Attaran – vous vous souvenez de lui ? – parlait pour beaucoup quand il qualifiait le Québec d’« Alabama du Nord ».

Lui aussi

Souvenez-vous de la tuerie survenue à la mosquée de Québec en janvier 2017.

Au Canada anglais, il y eut beaucoup de réactions du style « pas-étonnant-que-cela-survienne-dans-cette-province-arriérée-remplie-d’intolérants-de-racistes-de-suprémacistes-et-ouache-et-reouache-de-nationalistes ».

La tragédie provoqua aussi une énorme prise de conscience chez nous.

Ayoye ! Même un gentil petit peuple comme le nôtre, pas belliqueux pour deux sous, peut servir d’incubateur involontaire à une monstruosité.

Alors, quand un événement similaire survient au Canada anglais, on pourrait s’attendre à un examen de conscience du même genre, non ?

Coudonc, se pourrait-il que ce pays plus-que-parfait, si fier de lui, qui fait la leçon à la planète entière pour ce qui est de la manière de faire cohabiter les groupes ethniques et religieux... ne soit pas parfait ?

Se pourrait-il qu’il abrite lui aussi son quota de racistes, d’islamophobes, de... appelez-les comme vous voulez ?

Je ne doute pas que beaucoup au Canada anglais se posent ces questions.

Mais des journalistes demandèrent plutôt à Justin Trudeau si ce n’était pas la loi 21 sur la laïcité qui expliquait principalement la hausse des crimes haineux au Canada.

Hein, de l’« islamophobie » au Canada anglais ?! Shocking ! Can’t be ! Ça doit être un produit d’importation fabriqué au Québec... 

Dans le Toronto Sun, dans le Toronto Star, des chroniqueurs reprenaient la même rengaine.

La tuerie survient en Ontario, mais c’est la faute du Québec ! Fallait y penser. 

En fait, non, pas besoin d’y penser puisque blâmer le Québec est un réflexe conditionné.

Chers lecteurs, je vous le dis sans détour : ceux parmi vous qui pensent que ces outrances sont des cas isolés et que le bon peuple canadien-anglais, dans ses profondeurs, vous aime... ne savent pas de quoi ils parlent.

Ils vous « aiment » comme on aime un animal de compagnie : s’il connaît sa place et sait se conduire.

Revenons maintenant à ce que je disais plus haut sur les problèmes des autres qui servent souvent à nier les nôtres.

Fierté

Le Canada anglais vomit à répétition sur le Québec, depuis des décennies, et nous réagissons comment ?

Comme une personne piégée dans une relation de couple toxique.

Elle endure parce qu’elle se croit financièrement dépendante, parce qu’elle a peur, parce qu’elle pense que l’autre traverse juste une mauvaise passe, qu’il va changer, que son fond est bon, qu’il ne pense pas vraiment ce qu’il dit, etc.

Mais surtout, la personne endure parce qu’elle manque de confiance, parce qu’elle manque de fierté, parce que son estime d’elle-même est défectueuse ou brisée. 

C’est simple : une personne qui se respecte refuse d’être ainsi traitée.

C’est un peu nous face au Canada anglais. Désolé de vous le dire comme ça.