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Un cauchemar qui ne doit plus se répéter

Accident famille Aubie
Photo courtoisie Le véhicule de la famille Aubie, hors de contrôle, a dérapé sur plusieurs mètres, comme en témoigne cette photo prise après l’embardée.

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Geneviève Aubie et sa famille ont vécu l’été dernier une expérience traumatisante qu’ils souhaitent éviter à d’autres, lors de la traversée des provinces atlantiques pour se rendre aux Îles-de-la-Madeleine. Un an plus tard, ils en gardent toujours d’importantes séquelles.

« Je comprends que c’est la pandémie, mais je me dis qu’il y a quand même une humanité qu’il faut conserver, surtout qu’il y avait les enfants. »

Au bout du fil, Geneviève Aubie raconte ce cauchemar qui lui a causé un choc post-traumatique et de multiples blessures. Tout cela l’empêche toujours de reprendre ses fonctions, qu’elle adore, d’infirmière à la direction de la santé publique. Elle ne peut pas non plus enseigner à l’université. 

Ce choc, lui ont expliqué les spécialistes de la santé, est dû à la non-assistance après cet accident survenu au Nouveau-Brunswick. « Mon hématome temporal est resté encapsulé, mais j’aurais pu faire une hémorragie cérébrale », dit-elle.

La petite famille, qui habite Gatineau, a pris la route le 17 juillet 2020 afin de se rendre aux Îles-de-la-Madeleine, d’où Mme Aubie est originaire. Les enfants de cinq et neuf ans étaient installés dans leurs sièges à l’arrière, avec leur chien.

Étant donné l’impossibilité de s’arrêter pour manger ou dormir, selon les règles encore plus strictes imposées l’été dernier par le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard, le couple s’est arrêté à Dégelis pour se reposer. Il a dû ensuite se relayer derrière le volant.

Peu après le lever du soleil, à environ 30 minutes de Moncton, le conjoint de Mme Aubie, qui conduisait, s’est assoupi, comme les autres occupants.

Sur la remorqueuse 

Le véhicule a dérapé sur la lisière de sécurité, ce qui a réveillé immédiatement le couple. Il a fallu lutter pour reprendre la maîtrise du véhicule. 

« On est chanceux d’être encore là », raconte Mme Aubie, qui a appris plus tard, à l’hôpital des Îles-de-la-Madeleine, qu’elle avait subi un traumatisme crânien, en plus d’un hématome temporal et d’entorses lombaire, dorsale et cervicale.

Son conjoint, qui était en état de choc, ne se souvient plus de l’accident. Les enfants étaient en larmes.

Des gens se sont arrêtés pour leur porter secours, à distance. « Ils avaient bien peur de nous à cause de la COVID, et je comprenais, mais je suis moi-même arrivée sur un gros accident au mois d’avril et je ne me suis pas posé de questions et j’ai porté assistance au monsieur. On s’est senti laissé à nous-mêmes », raconte Mme Aubie.

Quand un policier est arrivé, sa seule préoccupation a été de les faire repartir de la province. Il n’a pas appelé l’ambulance. « La remorqueuse, qui nous a laissés dans notre van attachée avec des câbles sur le dessus, ce qui n’est même pas légal. Les enfants pleuraient et nous on avait super peur, car c’était visiblement dangereux. On a roulé comme ça en pleine autoroute. »

Rendu au garage, le policier a donné l’instruction de réparer tout de suite la van, que la famille a dû reprendre malgré son état plus que douteux. Personne n’a pu voir de médecin, et Geneviève Aubie a dû reprendre la route même si elle n’était vraiment pas en état de conduire.

« La van tremblait de partout, elle était complètement désenlignée, elle n’était même pas carrossable, à ce qu’on a su après », raconte Mme Aubie. Cette dernière espère pouvoir retourner aux Îles cet été, afin de voir ses parents, dont l’état de santé l’inquiète. « Mais nous espérons vraiment que ce ne sera pas dans les mêmes conditions », dit-elle.

Moyens exagérés

Pour le député des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, cette situation où l’on a « manqué d’humanité, de respect et d’empathie a méprisé les règles élémentaires de sécurité ». 

Cela illustre bien pourquoi il faut absolument que le Nouveau-Brunswick lève les interdictions touchant les Québécois qui doivent se rendre aux Îles. 

« La sécurité routière n’est pas assurée, il faut permettre aux gens de se reposer, soulève-t-il. Ça brise des vies essentiellement. On ne parle pas de décès ici, mais l’impact presque un an plus tard est fort », déplore l’élu.

Le député a bon espoir que la province maritime lève bientôt l’obligation de quarantaine, avec preuve de vaccination. « Ce serait vraiment une bonne nouvelle », se réjouit le député, évoquant la saison touristique qui arrive à grands pas.