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Un clin d’œil aux histoires romantiques

Margaret Atwood
Photo courtoisi, Liam Sharp L'écrivaine Margaret Atwood

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Les inconditionnels des romans de Margaret Atwood – depuis La servante écarlate, maintenant présenté en série télé primée, jusqu’à la suite très attendue, Les testaments – sont choyés cette année avec la publication d’un roman indisponible en français depuis des décennies, Lady Oracle. Publié en 1976 dans sa version originale anglaise, le troisième roman de Margaret Atwood raconte la quête d’identité désespérée d’une femme qui décide de disparaître pour refaire sa vie ailleurs. 

Lady Oracle trace le portrait fascinant de Joan Foster, une héroïne lucide et drôle, en quête d’identité, qui porte sur elle-même un regard plein d’ironie. À bout de souffle, elle décide de recommencer sa vie en Italie... mais doit d’abord mettre en scène une mort fictive.

<strong><em>Lady Oracle</em></strong><br>Margaret Atwood<br>Éditions Robert Laffont<br>550 pages
Photo courtoisie
Lady Oracle
Margaret Atwood
Éditions Robert Laffont
550 pages

Jointe à Toronto pour une entrevue téléphonique, Margaret Atwood partage les souvenirs liés à ce roman qui, dit-elle, n’a cessé d’être réédité et republié en anglais « avec de nouvelles couvertures » depuis 1976.

Elle se souvient avec humour des aléas de son travail d’écrivaine, dans les années 1970. Il n’y avait pas d’ordinateurs à l’époque, rappelle-t-elle. Elle a écrit tout Lady Oracle à la main, mais devait fournir une version dactylographiée avec sa machine à écrire électrique, car son écriture était difficile à lire. « Nous utilisions des copies carbone et du correcteur blanc Liquid Paper. C’était très laborieux. »

Portés disparus

Pour créer ce roman, elle s’est inspirée de plusieurs sujets, en particulier de gens qui sont portés disparus, puis qui refont surface ailleurs, sous un nom différent. « Ce genre d’histoire s’est produit à plusieurs reprises, mentionne-t-elle. Ce sont souvent les hommes qui disparaissent, mais pas toujours. »

Elle s’est également intéressée aux photo-romans, très populaires en Italie, où elle a vécu dans les années 1970, puis a porté son attention sur les magazines True Romance. « On y voyait toujours toujours une fille avec une larme sur la joue. En arrière-plan, il y avait une autre fille et un garçon. C’était l’histoire : quelqu’un avait volé son petit ami. »

Margaret Atwood raconte aussi qu’elle avait lu dans un magazine spécialisé en littérature que ce qui pouvait rapporter le plus d’argent était une histoire true romance. « J’ai pensé écrire de la true romance pour gagner ma vie, et ensuite écrire mes chefs-d’œuvre littéraires à temps perdu. J’ai essayé d’écrire une histoire de true romance, mais je n’y arrivais pas. Je pense que c’est un créneau spécialisé et il faut y croire. »

Ces sujets l’ont passionnée et Joan Foster, l’héroïne de Lady Oracle, écrit de telles histoires dans le roman. « C’est une comédie. Ce n’est pas seulement un petit clin d’œil aux histoires de true romance – c’en est un gros ! Les jeunes filles qui grandissent en lisant ces histoires ont une vision erronée de la vie. Elles s’imaginent que lorsqu’un homme est déplaisant, c’est qu’il doit secrètement être gentil, au fond, et riche. C’est rarement vrai ! »

Margaret Atwood fait aussi remarquer que « les personnages qui sont amusants à écrire ne sont pas le genre de personnes qu’on voudrait avoir comme colocataires ».

« Une personne intéressante à décrire est habituellement dans une situation problématique quelconque. Et celle qu’on veut avoir comme colocataire est bien élevée, tranquille. Mais alors... il n’y a pas d’histoire. En fiction, il faut que quelque chose se produise. Mais dans la vie, ce qu’on souhaite le plus souvent, c’est la paix et le calme ! »

Joan Foster est une drama queen. « Elle était très amusante parce qu’elle n’arrête pas de prendre les mauvaises décisions et de faire les mauvais choix. Vous connaissez le dicton : le bon jugement vient de l’expérience et l’expérience vient du mauvais jugement. » 

Extrait

« J’avais planifié soigneusement ma mort ; pas comme ma vie, dont les méandres défiaient mes faibles tentatives de contrôle. Ma vie avait tendance à s’éparpiller, à s’avachir, à dessiner autant de volutes et de festons qu’un cadre de miroir baroque, car je suivais la ligne de moindre résistance. Je voulais que ma mort, par contraste, soit nette et simple, sans exagération, même un peu sévère, comme une église de quakers ou la petite robe noire toute simple portée avec un seul rang de perles, si vantée par les magazines de mes quinze ans. » 


  • Margaret Atwood est l’auteure de plus de 50 œuvres de fiction, recueils de poésie et essais critiques, ainsi que de romans graphiques.
  • Ses livres ont été publiés dans 45 pays.
  • En plus de La servante écarlate, devenu une série primée, elle a écrit Œil-de-chat (nommé pour le Booker Prize 1989), Captive (Giller Prize au Canada et Premio Mondello en Italie), Le Tueur aveugle (Booker Prize 2000), Le dernier homme (nommé pour le Man Booker Prize 2003), Le temps du déluge et Les testaments.
  • En 2019, elle est devenue membre de l’Ordre des compagnons d’honneur pour ses services rendus à la littérature.