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Le Québec a retrouvé son sourire économique

Certains secteurs ont déjà des résultats supérieurs à ceux du début de 2020

Francois Lemieux
Photo d'archives François Lemieux, fondateur et propriétaire de Lemieux Assurances, dans ses bureaux de Lévis. Le cabinet compte 90 travailleurs et offre des assurances auto, habitation et entreprise.

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Malgré les impacts de la pandémie et les nombreux confinements, plusieurs industries au Québec ont déjà rattrapé le terrain perdu durant la crise. Certaines affichent même, aujourd’hui, meilleure mine qu’en février 2020.

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Ces derniers jours, l’équipe économique du Mouvement Desjardins a dévoilé une étude portant sur l’économie du Québec après un an de pandémie. Dans ce document, on compare le PIB par secteur de février 2020 à celui du même mois en 2021.

Résultat : le niveau d’activité de la province se situait, en début d’année, à «99,4 %» de ce qu’il était un an plus tôt. 

L’économie a été soutenue par une dizaine d’industries qui ont enregistré une croissance, alors que les gouvernements tentaient de limiter la propagation de la COVID-19 avec différentes mesures. 

«Agriculture, foresterie, pêche et chasse» est la branche d’activité qui a le mieux tiré son épingle du jeu ces derniers mois. «Les deux secteurs les plus pesants dans cette catégorie sont agriculture et forêt. Ce qui peut avoir joué, c’est l’appréciation des prix des matières premières. Les prix des céréales ont monté passablement depuis août pour différentes raisons. Pour la forêt, les prix du bois ont aussi grimpé», explique au Journal Joëlle Noreau, économiste principale chez Desjardins.

Sans surprise, la construction figure au deuxième rang pour les meilleures performances. Le marché immobilier a connu un boom, ce qui a notamment fait exploser le prix des résidences et créé une surenchère dans différentes régions du Québec. Les taux d’intérêt à des niveaux très bas ont également contribué à ces résultats.

Programmes d’aide

Les autres secteurs ayant dépassé leur niveau (PIB réel) établi avant la pandémie sont « ommerce de détail», «finance et assurances», «services professionnels, scientifiques et techniques», «soins de santé et assistance sociale», «commerce de gros», «administrations publiques», «fabrication» et «services publics», toujours selon l’étude de Desjardins.

«On voit que les programmes gouvernementaux ont permis de limiter les pertes chez les particuliers et les entreprises», note Mme Noreau.

Pour le commerce de détail, plusieurs détaillants ont écopé en raison de la fermeture des commerces non essentiels durant plusieurs mois, alors que d’autres ont fait des affaires d’or, comme les «marchands de matériaux de construction», les «magasins d’articles de sport» et les «magasins de meubles et d’accessoires de maison».

Secteurs malmenés

Quatre secteurs ont toutefois davantage été malmenés et ne sont toujours pas parvenus à rattraper leur retard, soit les «stations-service», en raison de la diminution de l’utilisation des véhicules avec le télétravail et les confinements, les «magasins de vêtements», les «concessionnaires de véhicules automobiles et pièces» et les «magasins de marchandises diverses». 

Si certaines industries ont retrouvé le sourire, plusieurs secteurs d’activité ont toujours du mal à se relever, et la traversée du désert pourrait être encore longue, en fonction de la campagne de vaccination et de la reprise mondiale de l’industrie touristique.

C’est le cas notamment du secteur des «arts, spectacles et loisirs» qui était en février à la moitié de son niveau d’activité du début de 2020. «Services d’hébergement et de restauration» est aussi un secteur qui a subi de lourdes pertes.

  • Écoutez la chronique économique d’Yves Daoust, directeur de la section Argent du Journal de Montréal, sur QUB radio:

Selon Mme Noreau, la restauration devrait reprendre plus rapidement que l’hôtellerie. Elle n’est toutefois pas en mesure de fournir un échéancier.

«Les gens [...] sont prêts à dépenser pour les restaurants. Cela va monter assez rapidement. Le frein va être au niveau du défi de la main-d’œuvre», précise-t-elle. «Pour l’hébergement, cela va être moins rapide. Les Québécois ne font pas des séjours aussi prolongés que des gens qui viennent de l’extérieur, de l’Europe ou des États-Unis».

Au troisième rang des industries ayant le plus de cicatrices liées à la pandémie, on trouve le «transport et l’entreposage». 

Payant pour la finance et les assurances  

La pandémie n’a pas ralenti les activités dans le monde de la finance et des assurances. La diminution du nombre d’accidents sur les routes ces derniers mois a notamment rapporté aux assureurs.

Dans une récente étude dévoilée par le Mouvement Desjardins, le secteur de la finance et des assurances figure parmi les industries du Québec qui sont encore plus fortes qu’avant la pandémie, selon leur PIB réel.

«Nous n’avons pas eu beaucoup de réclamations, l’an dernier, les gens sont restés dans les maisons», indique François Lemieux, de Lemieux Assurances. «Les commerces ont aussi été fermés», poursuit-il.

Le cabinet de courtage québécois compte 90 travailleurs et offre des assurances pour l’automobile, l’habitation et aux entreprises.

Selon M. Lemieux, les consommateurs étant à la maison, ils ont davantage pris le temps d’analyser leurs besoins en assurance. L’explosion des rénovations et l’achat de piscines ont également pu influencer les primes. 

«Cela provoque des renouvellements à la hausse. Il y a aussi eu des mises à jour de dossiers qui ont eu des impacts», avance l’expert. «Les assureurs ont augmenté leurs primes entre 8 % et 15 % pour l’auto et l’habitation et encore plus du côté commercial, l’an dernier», ajoute-t-il.

Économies de 1,6 milliard $

Le patron du cabinet souligne avoir déjà constaté ces dernières semaines, depuis le début du déconfinement, une augmentation du nombre de réclamations liées à des accidents sur la route.

En janvier dernier, un rapport de la firme Hellosafe.ca affirmait que les assureurs automobiles auraient réalisé des économies de près de 1,6 milliard $ au Québec en 2020.

En 2020, chez IA Groupe financier, la filiale Assurance auto et habitation a enregistré des ventes de 395 M$ (+13 %). Le taux combiné, qui correspond à la somme du taux des frais d’exploitation et du taux de sinistres, est passé entre 2019 et 2020 de 93,1 % à 78,7 %.

Chez Desjardins, les excédents nets en assurance de dommages sont passés en l’espace d’un an de 187 à 622 M$. Les conditions météorologiques plus clémentes ont aussi favorisé les assureurs en 2020, note la coopérative dans son rapport annuel. 

Le manque de talents

Selon Éric Dufour, vice-président régional et leader national en transferts d'entreprises chez Raymond Chabot Grant Thornton, les entrepreneurs québécois ont su s’adapter aux impacts de la pandémie. 

«C’est une situation qui a demandé aux entrepreneurs d’être très alertes», a-t-il confié à l'émission Mélez-vous de vos affaires sur QUB radio. 

Ce dernier est toutefois d’avis que ces efforts pourraient être freinés par le manque de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs. 

«Il y a le stress de la main-d’œuvre, il y a le stress du modèle d’affaires et il y a la notion de cash flow. (...) Cela demande aux organisations de revoir complètement leur modèle», conclut-il.

Les meilleurs secteurs   

  • Services publics : 100,1 %  
  • Fabrication : 100,1 %  
  • Administrations publiques : 101,7 %  
  • Commerce de gros : 101,9 %  
  • Soins de santé et assistance sociale : 102,7 %  
  • Services professionnels, scientifiques et techniques : 103,9 %  
  • Finance et assurances : 105,3 %  
  • Commerce de détail : 109,7 %  
  • Construction : 111,3 %  
  • Agriculture, foresterie, pêche et chasse : 112,9 %   

Note : À 100 % le secteur a atteint son PIB réel de février 2020 

Sources : Statistique Canada, Institut de la statistique du Québec (isq) et Desjardins, Études économiques

Les pires secteurs   

  • Arts, spectacles et loisirs : 51,9 %  
  • Services d’hébergement et de restauration : 55,7 %  
  • Transport et entreposage : 81,2 %  
  • Gestion de sociétés et d’entreprises : 81,3 %  
  • Autres services (sauf les adm. publiques) : 89,3 %  
  • Services administratifs : 90,2 %  
  • Industrie de l’information et industrie culturelle : 96,8 %  
  • Services d’enseignement : 96,9 %  
  • Extraction minière : 99 %  
  • Services immobiliers : 99,1 %   

Sources : Statistique Canada, Isq et Desjardins, Études économiques

Commerce de détail   

  • Stations-service : 88,6  
  • Magasins de vêtements : 95,1 %  
  • Concessionnaires de véhicules automobiles et de pièces : 96,1 %  
  • Magasins de marchandises diverses : 97,3 %  
  • Magasins d’alimentation : 106,7 %  
  • Magasins d’appareils électroniques et ménagers : 107,5 %  
  • Magasins de détail divers : 108,3  
  • Magasins de produits de santé et de soins personnels : 109,7 %  
  • Magasins de meubles et d’accessoires de maison : 132,3 %  
  • Détaillants hors magasins : 137,4 %  
  • Magasins d’articles de sport : 143,6 %  
  • Marchands de matériaux de construction : 150,2 %   

Sources : Statistique Canada, ISQ et Desjardins, Études économiques

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